Les films Matrix : INCONTOURNABLES !!! (topic général sur la franchise)

Prenez la pilule rouge et plongez à la découverte de la matrice en compagnie de Néo, Trinity et Morphéus !
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Les films Matrix : INCONTOURNABLES !!! (topic général sur la franchise)

Messagepar phoenlx » mer. janv. 12, 2005 7:14 pm

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Bon suite à la petite discussion que j'ai mené sur MSN hier soir avec deux membres du forum , Neault et Kawouai, je lance un topic sur la trilogie des frères Wachovski , une de mes oeuvres cinématographiques les plus cultes , et je viens de constater qu'il y a très peu de topics sur elle sur le forum ! un peu un comble !!!

Voilà donc essayez de poster les réactions sur le film, les DVD, les animatrix , réflexions, analyses du film, vos avis, enthousiastes ou même critiques ce topic est fait pour et j'espère qu'il va durer longtemps !!!

Pour commencer on va rappeler l'adresse du site de Néault sur tout ça !! Il est timide il veut pas la donner ( :lol: ) mais vu le travail qu'il y a déjà derrière (même s'il n'est pas encore complet) je décide de le mettre !!!
http://neault.jexiste.fr/

( et évidement on va rappeler aussi carrément l'adresse du forum Agape de Néault qui lui consacre une rubrique entière et extrêmement riche !! : http://neault.jexiste.fr/forum/ )



EDIT :

Je fusionne les deux gros topics du forum notamment celui-ci avec le plus récent où je livre mon analyse globale des films ---> lire plus bas pour les premiers posts de 2009 ..

Mais ce serait bien que ça provoque des échanges ^^
Modifié en dernier par phoenlx le jeu. janv. 14, 2010 1:13 pm, modifié 6 fois.
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Messagepar phoenlx » mer. janv. 12, 2005 7:30 pm

LIVRE : MATRIX , MACHINE PHILOSOPHIQUE

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je rappellerai pour commencer l'existence de ce livre sur tous les aspects philosophiques de la trilogie : Matrix : Machine philosophique, excellent livre sorti il y a environ un an

par Alain Badiou, Thomas Benatouïl, Elie During, Patrice Maniglier, David Rabouin et Jean-Pierre Zarader, qui comme son nom l'indique se veut être une étude des différents thèmes, allégories, portées philosophiques, métaphores diverses présent(e)s dans les 3 films.

A lire pour tous les inconditionnels des films mais J'ai envie de le conseiller aussi (et peut -être surtout) à ceux qui sont très critiques envers Matrix , qui n'ont pas aimé , notamment les volets 2 et 3, n'y voyant notamment qu'une pseudo-philosophie ou un délire de cinéaste et qui n'admettrons jamais que ces films soient autre chose que de bons films d'action à caractère surtout commerciaux.

Je ne suis pas du tout d'accord avec cette vision personellement (malgré d'énormes faiblesses dans les 2èmes et 3èmes films mais plus sur des questions de forme que de fond) et je n'ai pas pu résister à la tentation d'acheter ce livre qui m'a comblé ..

Voici la description qu'en fait l'éditeur pour donner une idée :

<<La trilogie de Matrix est-elle autre chose qu'une formidable machine commerciale ? Oui, c'est une machine philosophique. Et cependant elle n'aurait pas eu le succès que l'on connaît s'il s'agissait seulement d'un film " pour philosophes ". Au cœur de son propos, il y a bien sûr une question " éternelle " aux accents adolescents (" Comment savoir si la réalité n'est pas une vaste illusion ? ") ; le film est saturé de lieux communs philosophiques et de références ouvertes ou occultes à toute la tradition : de Platon à Baudrillard en passant par Descartes. Mais tout cela ne suffit pas à en faire un film philosophique, ni de la philosophie mise en film. L'ambition des réalisateurs de Matrix était de fabriquer un " film d'action intellectuel ". C'est bien de cela qu'il s'agit un film d'action qui, en mêlant allègrement la fable et le concept, le spectacle et la spéculation, produit des effets théoriques. Ces effets concernent des thèmes aussi variés que le réel et le virtuel, la liberté humaine et les raisons du choix, la cohabitation de l'homme et des machines, le statut des lois de la nature, la puissance de l'amour, le syncrétisme religieux. Si Matrix ne faisait qu'illustrer des philosophies toutes prêtes, les philosophes n'auraient rien à en dire : ils n'ont pas besoin d'attendre du cinéma qu'il leur apprenne leurs classiques. Mais le film fait beaucoup mieux : il fournit des protocoles d'expérience, il suggère sans les effectuer toutes sortes d'opérations et de constructions philosophiques. Entre science-fiction et philosophie, une forme de " philosophie-fiction " : le kung-fu dans la Caverne de Platon. Matrix, machine philosophique peut se lire comme un manuel, une sorte de guide de l'utilisateur à l'attention de ceux qui ont aimé le film, qui l'ont détesté, ou qui se demandent simplement ce qu'on peut en penser. On y trouvera treize textes portant sur différents aspects philosophiques, et un glossaire des principaux symboles, concepts et personnages >>
Modifié en dernier par phoenlx le lun. mai 25, 2009 12:37 pm, modifié 2 fois.
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Messagepar Neault » jeu. janv. 13, 2005 4:21 pm

Merci pour la citation du site ! :wink:
En fait, comme ceux qui y jetteront un coup d'oeil pourront le constater, j'ai un peu abandonné les MAJs depuis un bon moment mais il y a tout de même de quoi lire déjà, je conseille surtout les "Dossiers" et la partie "Animatrix" pour ceux qui ne connaissent pas.
En ce qui concerne la rubrique Matrix du forum Agape, c'est effectivement assez développé, je ne fais donc pas de cop/col ici mais par contre je suis toujours ravi de discuter de l'univers Wachowskien quand j'en ai l'occasion. 8)

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Messagepar phoenlx » ven. sept. 23, 2005 1:37 pm

C'est marrant en matant le dessin animé d'animation nausicaa de la vallée du vent l'autre fois (de Miyazaki) j'y ai revu une ressemblance assez flagrante avec la fin de Matrix 3 : lorsque Neo (mort après son combat contre Smith et s'étant laissé fusionner avec Smith) voit ensuite son corps emporté avec les honneurs par les espèces de tentacules des machines , qui lui font comme une civière mortuaire...

ya à peu près la même scène (visuellement) dans nausicaa tout à la fin du dessin animé , lorsque les insectes portent Nausicaa après son sacrifice en lui faisant aussi une sorte de lit (des insectes géants qui rappellent d'ailleurs plus qu'étrangement les machines sentinelles de Matrix)

De plus dans Nausicaa, un peu comme dans matrix, il est un peu question d'un élu qui sauvera la race humaine du péril, je me demande si (en plus de toutes leurs autres clin d'oeil) les frères wachovski n'en ont pas mis un à Nausicaa à travers cette scène finale de Matrix 3 (que j'adore entre parenthèse ............)
Modifié en dernier par phoenlx le ven. sept. 19, 2008 1:42 am, modifié 1 fois.
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Messagepar phoenlx » lun. oct. 22, 2007 8:51 pm

Tiens dernièrement je me suis rematé Matrix 1 et 2 et tout à l'heure j'ai revu l'un des petits documentaires-bonus présents dans le coffret Ultimate Matrix Collection ( Celui qui est consacré aux fondements scientifiques et philosophiques de la trilogie, il est vraiment fascinant et justifie à lui seul l'achat de ce fameux coffret, je le dis pour ceux qui sont fans de la trilogie des frères Wachovski et qui ne le possèderaient pas .. )

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Ca me donne l'occasion de relancer ce topic qui n'a jamais eu la vie qu'il aurait mérité et je me rend compte que c'est un des rares topics sur Matrix du forum. Un comble, pour des films d'une telle ampleur ( y compris parfois polémique :lol: ) Il faut dire qu'à la base je pensais que Neault (grand fan de ces films) en parlerait beaucoup sur le forum malheureusement il n'est plus sur les ailes (il m'avait envoyé dans le temps par mail des magnifiques textes écrits par lui sur ce thème, mais je ne les retrouve plus :( Si jamais je les retrouve je les transmettrai sans son autorisation (vu qu'on s'est faché depuis :roll: ) mais ce sera pour la bonne cause, ils étaient plein de pertinence .. Dommage aussi que son site web semble mort ...

Je le raconte souvent, quand j'avais créé Les ailes immortelles en 2004, c'était sous l'impulsion de Neault et son propre forum était à la base une espèce de mélange thématique autour de Matrix et de Saint Seiya essentiellement , les deux passions nous animant chacun et nous étions co-admin, chacun se chargeant un peu de faire vivre ses rubriques de prédilection respectives, neault plutôt matrix et moi plutôt saint seiya ; En découle l'idée (d'ailleurs un peu boiteuse) que j'ai ensuite repris sur les ailes de faire un mix, cette fois-ci de saint Seiya et du seigneur des anneaux. J'ai d'ailleurs beaucoup hésité au tout début à ne pas ajouter une rubrique carrément indépendante autour de l'univers Matrix.

Matrix est aussi une de mes trilogies cultes, et si je la place souvent derrière le seigneur des anneaux, notamment pour les émotions qu'elle me procure, pour moi elle est numéro un dans mes gouts cinématographique pour son côté fascinant et complexe, ses thématiques. Mais ces films ont tellement été cassés par certains qu'à la longue j'ai presque fini par en être un peu dégouté moi-même, continuant à les adorer mais je n'en parlais plus, même sur les forums. le fait d'en parler est assez récent, et c'est aussi une tentative pour moi de faire le point maintenant qu'ils ont bien mûri dans ma tête.

Je propose donc de relancer ce topic ! On pourrait engager une vraie discussion sur l'universMatrix au sens large , ou sur des aspects précis de Matrix. Je rappelle aussi ces deux topics :
* Matrix : monde réel ou réalité à propos de la question récurrente qui revient souvent : Faut-il préférer le réel et la vérité à l'illusion et l'ignorance.
* Egalement ce topic sur William Gibson qui est l'écrivain qui a un peu inspiré les frères wachovski pour créer leur univers underground , et pour le concept de la Matrix.
* le topic sur les films d'animation Animatrix aussi.

Si certains d'entre vous ont des choses à dire sur les films on le fera ici ; Prochainement j'essairai aussi (pour ceux qui ont pas le coffret Ultimate) de parler un peu du DVD philosophique additionel présent en bonus, je viens de le revoir et la matière est passionnante avec des choses qui concernent l'Intelligence Artificielle, les robots, l'histoire de l'informatique, mais aussi des analyses philosophiques, des évocations de Berkeley, Kant, Spinoza, Descartes, du fameux mythe de la caverne de Platon, des choses sur la conscience ( qu'est-ce qui définit la conscience humaine ? qu'est-ce qui définit la vie ?..) on a également pas mal de choses sur internet dont la nature de réseau mondial décentralisé est rappelée (un peu à l'image des neurones du cerveau) et évidemment , chaque thème abordé a toujours un lien avec Matrix et alimente la réflexion autour des films ; Est présent aussi un docu assez long sur les jeux vidéo massivement multijoueur et la réalité virtuelle, ainsi que des choses autour de la biologie, sur les insectes vivant en société, fourmis abeilles etc , bref beaucoup de choses, et toujours ce lien direct ou indirect à la trilogie. Ca paraîtra obscur à ceux qui me lisent maintenant mais il faut voir ce DVD pour bien saisir , c'est trop long à décrire dans ce post d'intro par contre le topic pourra servir à en parler dans le détail ; Je conseille vraiment à tous d'acheter le coffret ultimate rien que pour posséder le DVD philosophico-scientifique.

Au niveau des intervenants dans le DVD on a des professeurs de philosophie, d'informatique, des scientifiques bref c'est pas des neuneu ou simplement les acteurs ou scénaristes qui parlent ...

Dans ce topic on essaira donc d'aborder un peu toutes les notions fourre tout qu'on trouve dans Matrix (un peu en vrac, j'essairai de le compléter si personne le fait trop à ma place, au fur et à mesure) à savoir évidemment les thèmes et questionnements philosophique sur le réel, sur le libre arbitre, sur les apparences, mais aussi les allégories informatiques , bibliques et mythologiques, les clin d'oeil divers à la philosophie, a la littérature, au reste du cinéma, l'inspiration asiatique, jeux vidéo, le buchido et j'en passe. Bref, on verra tout ce qu'on peut dire de Matrix.

J'avais sans doute eu peur de vraiment lancer un tel topic à l'époque des films (bien que passionné par eux) sans doute à cause du potentiel monstrueux et à cause du fait qu'on trouvait tellement de fuseaux intéressants sur les forums internets, allociné etc (mais en parallèle beaucoup de haine de certains internautes aussi à la suite des volets 2 et 3 beaucoup de gens se sont mis un peu à prendre Matrix en gripe). La remarque de kawouai plus haut est significative. Loin de moi l'envie de faire à tout prix passer l'idée que les opus 2 et 3 sont aussi géniaux que le 1 quoique, en fait je me pose toujours la question moi-même, car par certains côtés je les trouve supérieurs...

En tout cas je trouve que la trilogie Matrix est une espèce de Tout supérieur à la somme de ses 3 parties individuelles aussi bonne et éventuellement "meilleure" que soit la première.. En tout cas j'aime ces films, y compris les deux suites (et malgré leurs défauts un peu énervants qu'il ne s'agit pas de minimiser ici )
Modifié en dernier par phoenlx le sam. déc. 25, 2010 5:45 pm, modifié 8 fois.
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Doctor Jones
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Messagepar Doctor Jones » lun. oct. 22, 2007 10:07 pm

Tu l'acheté ou ce coffret ?

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Messagepar phoenlx » lun. oct. 22, 2007 10:44 pm

Dr.Jones a écrit :Tu l'acheté ou ce coffret ?


Ben je l'ai acheté à l'époque ou il était sorti ya 3-4 ans je sais plus trop. Je l'avais commandé (à priori sur Alapage mais je suis plus sûr) je sais pas si on peut encore se le procurer. Je pense que oui faut se renseigner ....



Je commence un peu mes petits blabla philosophiques sur les allusions dans matrix

Platon et Matrix

Le mythe de la caverne de Platon

Presque tout le monde connait sans doute ça mais peut-être est-il bon de commencer par les fondamentaux ! D'autant qu'en général quand on demande aux gens : Qu'est-ce que ça vous évoque Matrix ? Les gens répondent : La caverne de Platon !!

De quoi s'agit-il ?! Faisons un peu de philo ( Ceux qui dormaient pas en Terminale pendant le cours de philo connaissent mais je le fais pour les autres ou les plus jeunes :lol: ) On va parler de la caverne de Platon mais je vais en profiter pour dériver beaucoup sur la philosophie de Platon en général (qui découle de cette image)
Image

Voici un petit dessin qui illustre.

Platon représente le monde sensible (notre monde matériel où l'on vit) comme un monde ou les êtres humains sont enchaînés depuis leur naissance. (c'est une image bien sûr) Enchaînés à quoi ? Eh bien aux apparences.

Pour celà il prend cette comparaison avec cette fameuse caverne. A l'intérieur de la caverne , on a des prisonniers qui n'ont jamais vu la lumière du jour , car ils vivent en permanence au fond ! Ils ne savent pas comment c'est en dehors de la caverne. La seule chose qu'ils voient du monde extérieur ce sont des ombres qui parviennent au fond de la caverne, déformées. La source de lumière qui produit ces ombres c'est le soleil , qu'ils ne voient pas en tant que tel.

Un jour un prisonnier arrive à s'échapper et à sortir de la caverne. Ce dernier se met à voir le Soleil pour la première fois. L'astre du jour symbolise la Vérité (avec un grand V), la Justice, la Beauté etc. Toutes les notions de perfection qu'on nomme Idées (avec un grand I) propres à la philosophie platonicienne (dite "idéaliste" pour cette raison)

Lorsque ce prisonnier voit le soleil pour la première fois, il est éblouit et d'abord un peu aveuglé, normal vu qu'il n'a jamais vu la lumière du jour , un peu comme lorsqu'on sort d'une pièce obscure en plein été dans laquelle on est resté longtemps. ceci symbolise le fait qu'il est parfois un peu pénible de voir la Vérité en face la première fois.
On a bien sûr la même chose dans Matrix où Néo, après être passé pour la première fois du monde de la matrice au monde réel dans le premier film, se dit aveuglé (" tes yeux voient pour la première fois" lui rétorque Morphéus .. )

Le prisonnier qui s'échappe de la caverne du mythe symbolise le philosophe, qui par son travail de réflexion arrive à voir au-delà du monde des apparences (des ombres)

Comme on le voit sur l'image, le prisonnier échappé de la caverne contemple la Vérité de manière graduelle, par étapes. D'abord aveuglé il ne voit pas grand chose, puis il voit le reflet de la réalité dans un lac, puis il voit de mieux en mieux à mesure que son regard s'habitue à la lumière vive.

Ces étapes symbolisent pour Platon les 4 grands ordres de certitude croissants de sa théorie de sa connaissance : Il faut en effet selon lui distinguer :
* d'abord l'imagination , point de départ de toute connaissance, mais aussi degré le plus bas car elle déforme la réalité.
* la perception : connaissance par l'entremise des organes des sens.
* Ensuite le raisonnement qui consiste à appliquer la réflexion aux données de la perception. C'est lui qui permet les sciences expérimentales.
* et la pensée qui est la "connaissance immédiate des évidences rationelles"

Ainsi selon l'allégorie de la caverne, les ombres dans la caverne correspondent à l'imagination. Ceux qui parviennent à se retourner en brisant les chaînes (les philosophes) et à voir la réalité en face parviennent d'abord à la perception, puis vont se mettre à raisonner sur ce qu'ils voient.
la contemplation du Soleil, source de lumière et de connaissance correspond à l'Idée du Bien, stade ultime de la connaissance (pensée)

Il prend alors conscience qu'il doit accomplir une mission : Retourner au fond de la caverne afin de montrer aux autres prisonniers toujours enfermés qu'ils sont dans l'erreur , en considérant que les ombres qu'ils voient sont la réalité alors que c'est en fait la réalité déformée.
( parabole du philosophe qui cherche à éduquer les gens, les faire sortir de leur préjugés ... )

Mais les prisonniers ne croient pas en le monde des idées. A demi aveugles, ils refusent la version de l'échappé, et l'accueillent très mal, ce qui montre que le premier rapport à la connaissance est l'incrédulité et le refus.

Platon utilise cette allégorie de la caverne pour expliquer sa philosophie idéaliste et ce qu'il entend par "Idées" ; la Vérité (celle qu'on doit chercher à connaître, le but du philosophe) se situe dans le monde des idées, différent du monde sensible qui nous trompe (et qui ressemble à la caverne semi obscure)

Pour lui le monde des Idées (symbolisé par le Soleil éclatant) est le véritable monde, car l'être humain est une âme bien plus qu'un corps. Un être humain est une âme immortelle, appartenant au monde des Idées, qui est enchaîné dans un corps prisonnier des apparences sensibles.

Dit comme ça on voit bien le parallèle avec Matrix. Le monde de la matrice, monde des apparences , étant bien sûr à mettre en parallèle avec le monde de la caverne ; et le monde réel (Sion etc) à celui des Idées. Comme dans le mythe, Néo a d'abord du mal à voir la vérité en face (elle est comme trop aveuglante et dure à avaler) , il le fait par étapes, des étapes bien précises que Morphéus a tracé pour lui faire prendre conscience de la réalité en douceur. A ce titre Morphéus pourrait symboliser l'échappé de la caverne // le philosophe qui part de la caverne puis revient pour sauver les autres (en tant qu'échappé préliminaire de la Matrice avant Néo, qui joue ensuite le rôle de guide pour ce dernier)

Néo joue ensuite lui-même ce rôle de guide et ainsi de suite, et Morphéus précise bien à un moment dans le film que les humains vivant dans la Matrice y sont tellement habitués qu'ils résistent lorsqu'on essait de les faire sortir. A tel point qu'ils peuvent potentiellement être dangereux et favoriser le système, il convient donc de les faire sortir en douceur ; Néo joue ce rôle, notamment dans la phase chronologique qui se situe entre le film 1 et le film 2 ( cf quelques unes des histoires racontées dans Animatrix)

A la fin du premier film, on voit Morphéus se libérer de ses chaînes en les brisant par sa propre volonté. Symbole de la libération de l'esclave. Mais aussi d'une certaine manière un autre symbole du prisonnier de la caverne qui se libère de ses chaînes pour affronter la réalité à ses périls.

Une autre allusion à la caverne platonicienne existe dans Matrix , mais plus subliminale (et explicite à mon avis seulement si on a déjà perçu l'allusion principale évoquée précédement) : Il s'agit de la caverne dans matrix 2 où se déroule la Rave Party sensuelle à connotation vaudou. Scène bizarre et d'ailleurs un peu énervante (moi la première fois elle m'a énervé, notamment par sa longueur exagérée), mais je pense qu'elle a un sens symbolique ; le choix d'une vaste caverne n'est pas anodin dans une oeuvre qui accorde par ailleurs une telle place au mythe de Platon. Mais dans la symbolique universelle, le passage dans une grotte (que ce soit l’estomac de la baleine visité par Jonas, ou la caverne qui accueille le Christ après la crucifixion) précède souvent une renaissance. Le temple de Zion représente donc cet antre maternel d’où une humanité libre doit renaître.


Pour en revenir à Platon, pour ce dernier, dans un monde changeant où toutes les formes sont imparfaites, la régularité des choses ne peut provenir que de l'existence d'un moule commun: l'Idée. Par exemple: l'Idée du cheval, l'Idée de l'homme, l'Idée de la justice, etc.

Monisme / dualisme

Cette théorie de Platon est dualiste car elle sépare le monde en deux entités distinctes (symbolisées par la caverne et le monde extérieur à la caverne) : le monde réel matériel et le monde des idées ;
le corps et l'esprit etc

(et s'oppose à ce qu'on appelle les philosophies monistes ou tout est matériel par exemple. On peut citer Spinoza comme philosophe célèbre moniste ; C'est d'ailleurs une grande différence entre Spinoza et Descartes (on compare souvent ces deux philosophes ; Mais Descartes était dualiste et Spinoza moniste .. ) De manière générale dès lorsqu'on considère par exemple que l'âme n'existe pas (qu'elle est simplement la résultante de l'actualité électrique dans notre cerveau mais qu'elle n'a pas d'entité propre, on est moniste ^^ )

La philosophie de Platon plus en détail .. Implications et répercutions ..

Pour Platon, les deux premiers stades de la recherche de la connaissance (l'imagination et la perception) correspondent au monde sensible, alors que le raisonnement et la pensée sont liés au monde intelligible.

Le monde sensible est le monde qui nous entoure, mais il est incapable, de nous permettre d'accéder à la connaissance car il est impur et changeant , et l'expérience ne peut que nous tromper puisqu'elle correspond à la sensibilité de chacun. Un individu pourra être amené à ressentir les choses différemment d'un autre etc.

Le monde intelligible est le monde de l'abstraction , de l'Idée pure.
Pour Platon , lorsque Dieu ordonna au démiurge de créer le monde, ce dernier copia sur le monde intelligible pour façonner ce qu'il y avait au départ : le chaos , et en faire un monde mixte : mi intelligible, mi chaotique : le notre , monde sensible.

( je fais une petite parenthèse personelle pour dire que ça rejoint par exemple la création du monde chez Tolkien dans le silmarillion : où on a d'abord les esprits angéliques (les Ainur) jouant une Grande Musique devant le Dieu Unique (Eru) , et cette musique induit une IDEE de l'Univers. l'Univers existe en quelque sorte en pensée à ce moment là ( a travers les thèmes musicaux ) et c'est ensuite qu'Eru crée à partir de cette "vision musicale parfaite" le monde réel sensible (Eä : "ce qui est" avec notamment Arda : La Terre .. ) C'est très platonicien comme idée (si vous me permettez l'expression :lol: ) Parenthèse close. revenons à nos moutons (et à la philo de Platon)

je vais essayer d'aborder maintenant les implications pour le développement des sciences (c'est un thème qui m'intéresse notamment par rapport à l'astronomie) :

Platon pense que pour accéder à la vraie connaissance, il faut raisonner par rapport au monde intelligible, celui des idées, de l'essence. C'est ce qu'on appelle le rationalisme platonicien.

Cette tendance platonicienne de rejeter la sensation pour l'idée sera caractéristique de beaucoup de penseurs grecs, notamment Aristote. Et la je fais une mini parenthèse perso sur l'astronomie car la manière dont Aristote et Ptolémée expliquèrent les astres est typique de cette pensée (et en plus ça va me permettre de bien l'illustrer)

Aristote puis Ptolémée voyaient les astres (les planètes, les étoiles, le Soleil .. ) comme se déplacant sur des sphères et la Terre était le centre de tout. Tous les mouvements des astres pouvaient être expliqués par des mouvements, soit de sphères autour de la Terre , soit de sphères tournant elles même autour d'autres points situés eux meme sur des sphères tournant ( etc etc) autour de la Terre ! En bref, des sphères emboitées les unes dans les autre ; Tous les mouvements observables étant expliqués comme une combinaison de rotations.
( Voir aussi ce lien )

Image

Cette idée était très influencée par la théorie platonicienne car elle partait notamment du principe que le cercle ou la sphère en tant que figures géométriques parfaites se devaient d'être à l'origine de tous les mouvements. C'est l'Idée du cercle ou l'Idée de la sphère qui prévaut. En gros les grecs platoniciens comme Aristote partaient de l'Idée qu'ils se faisaient de la perfection (des mouvements parfaits etc) , et ils s'imaginaient que le monde sensible réel avait ensuite été créé à partir de cette Idée.

Au départ la théorie d'Aristote était très élégante. A l'époque des grecs elle semblait expliquer finement le mouvement des astres apparent. C'était une "bonne théorie scientifique" pour l'époque.

Mais le préjugé platonicien qu'elle contenait intrinsèquement eut des conséquences plutôt néfastes par la suite car bientôt (notamment au Moyen âge et à mesure que la renaissance approchait) les hommes en étudiant le mouvement des planètes et des astres de plus en plus finement, avec des instruments d'observation de plus en plus précis, s'apercurent que la théorie ne collait pas , mais on rajoutait à chaque fois des sphères et des cercles au modèle, afin de "corriger" les mouvements. Evidement parceque personne n'osait remettre en cause les sacro saints postulats d'Aristote (cercle : mouvement parfait. Terre : au centre de l'Univers)

Et il faudra des scientifiques courageux comme Copernic avec sa théorie héliocentrique (et Galilée puis Kepler) pour démontrer que cette vision des choses était complètement fausse et pour proposer un modèle beaucoup plus en adéquation avec les observations : c'est l'idée de la Terre tournant autour du soleil de Copernic, ce sont les observations de Galilée avec sa célèbre lunette qui les confirment, et ce sont les équations de Kepler décrivant le mouvement des planètes autour du soleil, non pas circulaire comme on l'a longtemps cru, mais elliptique !!!!

je referme ma petite parenthèse astronomique, (pour éviter de faire trop de HS par rapport à Matrix) mais c'est pour montrer un peu que l'idéalisme platonicien a évidement ses limites et que si c'était une théorie très a la mode dans l'antiquité et au Moyen Age, les découvertes astronomiques qui bouleversèrent la science a partir de la renaissance et qui remirent en cause certaines idées reçues tenaces induites par les successeurs de Platon allèrent permettre à d'autres philosophies importantes progressivement de voir le jour ... ceci me semblait important à rappeler.

Revenons à Platon ...

Platon est un essentialiste : Il souligne qu'un objet (par exemple une table) ne sera jamais totalement identique à un autre objet qui porte le même nom (une autre table) : mais ce sera toujours une table. On peut "voir" un objet, le rencontrer par expérience que quand on en a eu l'idée : L'idée est abstraite et parfaite. Quand on juge une réalité on la juge toujours par rapport au modèle absolu et parfait. Nos pensées et réflexions vont donc chercher à copier et décrire le monde intelligible , non pas le monde sensible. C'est en ce sens qu'il est un idéaliste (par opposition à ceux qui pensent que la réalité première est la matière : = matérialisme)

Il faut également opposer chez Platon l'opinion (doxa ) et la pensée / le concept / l'idée ( noïa ) : L'opinion est un jugement fondée sur l'imagination ou sur un mauvais usage de la perception, donc sur le monde sensible.

Implications de la théorie de Platon pour le libre arbitre :

L'allégorie de la caverne implique que l'ignorence est symbolisée par les chaînes. Elle correspond donc à une contrainte, et à l'inverse la connaissance correspond à la liberté. ca rejoint le point de vue de Spinoza.

De cette vision philosophique Platon induit sa méthode éducative, qu'il expose dans ses 28 dialogues : la dialectique (c'est aussi la méthode de Socrates) : Il s'agit d'un processus par lequel l'âme va s'élever, par degrés, des apparences sensibles trompeuses aux réalités intelligibles. La maïeutique est l'art de faire accoucher les esprits par le biais de cette méthode.

L'importance du rôle du maître est capitale dans cette pédagogie, et ce dernier emploit souvent l'ironie pour parvenir à ses fins (et en feignant devant l'élève de ne pas connaître la vérité)


Voilà pour mon petit topo sur Platon (et notamment le mythe de la caverne, tellement central dans Matrix)

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Platon
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Messagepar phoenlx » jeu. sept. 04, 2008 6:17 pm

Descartes et Matrix

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René Descartes

Je voulais dans le temps aborder un peu les multiples allusions philosophiques et scientifiques de Matrix, je relance ce topic très incomplet.

Après les clin d'oeil bien connus à Platon et l'allégorie de la caverne, on va voir un peu les allusions à Descartes (ça va rejoindre encore nos histoires d'idéalisme)

Descartes, comme Platon, est un idéaliste. On a vu avec Platon que l'idéalisme est un concept totalement opposé au matérialisme. Il exprime que l'esprit est la réalité première, la pensée. la matière n'est que le produit de la pensée ( exemple : création du monde par Dieu, pensée pure).

on a affaire à une théorie philosophique qui cherche à rendre compte des relations entre l’esprit et le monde.

Plus précisément, l’idéalisme cherche à répondre à la question suivante :
* comment l’esprit humain peut-il connaître le monde (extérieur) ?
* Et peut-il le connaître ?

L’idéalisme répond en général à cette question, soit qu’il est difficile de connaître le monde tel qu’il est (indépendamment de la façon dont nous le connaissons, de nos idées), soit qu’il est impossible de le connaître. Il s’agit là d’une problématique épistémologique, qui concerne la connaissance, et ses conditions de possibilité. C’est ce qu’on appelle l’idéalisme problématique.

Mais c'est aussi une problématique ontologique: La question est de savoir :
de quoi le monde extérieur est-il composé ?
existe-t-il même un monde extérieur à l’esprit qui connaît ?
Qui ou qu’est-ce qui nous assure qu’il n’est pas une illusion ?

Exemple d'autres philosophes idéalistes : Berkeley, hegel (j'entre pas pour l'instant dans les variantes)

L'hypothèse du malin génie de Descartes

Tout celà est expliqué dans Méditations métaphysiques

Descartes refait un peu sienne une idée et une méthode qui caractérisait déjà les sceptiques grecs, elle n'est pas nouvelle. Les sceptiques se basaient sur les diverses illusions et hallucinations pour dire que nous ne pouvons pas connaître avec certitude le monde extérieur. Descartes reprend la même question que se posaient les sceptiques : existe-t-il (au moins) une vérité ? l’homme est-il ainsi fait qu’il peut connaître (au moins) une vérité ? Cette question va être traitée par une drôle de méthode : il s’agit du doute " hyperbolique ", un doute exagéré, poussé à tout. haque fois qu’un candidat à la vérité se présentera, Descartes se demandera si on peut ou non trouver une raison de douter de sa vérité. S’il y a la moindre raison de douter, alors, il faudra la déclarer fausse, " faire comme si elle était fausse ".

Il va commencer par se poser la question : Est-ce que ce que nous ressentons est vrai ? Toutes les choses basées sur nos sens. Il va donner deux raisons d'en douter.
La première repose sur l'illusion des sens : nos sens sont imparfaits et nous trompent parfois.
le deuxième repose sur l'analogie avec le rêve (qu'on retrouve bien plusieurs fois dans Matrix symboliquement) : Il est impossible de distinguer clairement si on rêve ou pas. Peut-être que toute la vie est une espèce de songe. Une sorte d'hallucination, une image provoquée dans mon esprit par une sorte de malin génie. Tout ce qu'on voit, ressent, le monde, notre corps, ne serait que le fruit d'une espèce de machination d'une sorte d'esprit supérieur manipulateur.

Bon en fait en lisant bien Descartes on s'aperçoit qu'il n'y croit pas vraiment (et donc il n'est pas exactement adepte de cet espèce d'iséalisme absolu) on parle plutôt d'idéalisme problématique : C'est surtout censé illustrer que le monde réel tel qu'on le perçoit est problématique et qu'il est raisonnable (surtout quand on est scientifique, la science fonctionne un peu sur ces principes) il est raisonnable de douter de tout, même de ce qui peut paraître évident. L'idéalisme absolu au sens strict est plutôt défendu par des philosophes comme Berkeley

( On voit bien à travers tout ça les allusions à Matrix, les films des Wachovski étant une manière ludique d'illustrer ce principe du malin génie)

Le cartésianisme pourrait donc se résumer ainsi : Pour atteindre à la vérité, il faut au moins une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions que l'on a reçu et reconstruire de nouveau, et dès le fondement, tous les systèmes de connaissances. Descartes tentera d'employer cette méthode et arrivera à deux vérités fondamentales (selon lui) , d'où tout découle :
---> Celle de sa propre existence : " Je pense, donc je suis"; c'est le fameux cogito
---> celle de l'existence de Dieu.

Descartes "démontre" l'existence de Dieu comme suit : l'être parfait est celui qui réunit toutes les perfections, or l'existence est une perfection, donc l'être parfait existe ...

oui ? non ? :lol:
Modifié en dernier par phoenlx le sam. déc. 25, 2010 5:49 pm, modifié 3 fois.
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Messagepar phoenlx » jeu. sept. 04, 2008 6:18 pm

Je continuerai progressivement à aborder les diverses philosophies et religions illustrées dans matrix. ces films sont à eux tout seul un résumé du cours de philosophie de Terminale ...
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Messagepar phoenlx » jeu. sept. 04, 2008 6:43 pm

Berkeley et Matrix

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Berkeley, philosophe irlandais ( 1685-1753)

Pour bien saisir Berkeley il faut déjà avoir lu tout ce qui précède sur Descartes et l'idéalisme (notamment l'idéalisme platonicien, mais aussi l'idéalisme cartésien, problématique)

Berkeley, c'est la même idée mais poussée encore plus à l'extrême.

Pour lui : la réalité matérielle n'existe carrément pas, tout est le résultat d'une image dans la conscience : le monde n'existe pas, à part dans mon cerveau.

Si on objecte à Berkeley toutefois que les objets doivent bien exister quelque part quand ils ne sont pas perçus, ni par moi ni par un esprit quelconque ( le bureau et l'ordinateur devant moi doivent forcément exister quelque part même si ni moi ni personne n'existait pour les percevoir, ou encore, qu'ils n'ont pas besoin de moi pour exister et avoir les qualités qu'ils ont : texture, composition, etc en bref leur essence), Berkeley rétorquera à celà que tout ça existe certes, mais soit dans d'autres esprits que le mien, soit dans l'esprit de Dieu.

La source extérieure de nos perceptions mentales n'est pas le monde en soi, mais Dieu, esprit supprême. C'est Dieu qui nous envoie nos perceptions et qui coordonne les perceptions des différents esprits, de façon à ce qu'il y ait un monde commun à tous les esprits.

C'est une conception qu'on nomme l'immatérialisme ( = négation totale de la réalité matérielle) et qui, on le voit, rejoint carrément ce qui se passe dans Matrix.

Descartes avec son hypothèse du malin génie évoquait la même idée sous forme de question , mais comme on l'a vu, il n'y croyait pas vraiment , et c'était surtout une manière de montrer qu'il fallait se méfier des sensations et apparence pour accéder à la réalité, mais dans le fond, il n'allait pas jusqu'à oser nier la réalité matérielle.

Berkeley si. c'est un idéaliste absolu , un idéalisme ontologique ; l'exact opposé des matérialistes pour qui la réalité matérielle nous donne directement accès aux connaissances. Lui la nie complètement. Il va également beaucoup plus loin que Kant, qui est lui aussi un idéaliste mais qui pensait que la réalité existait, mais qu'il fallait passer par des grilles de lectures (une matrice en fait) pour accéder à ce qu'elle est; On verra Kant plus en détail plus tard (car c'est justement lié aussi à Matrix)

Selon Berkeley, l'avantage de sa thèse est d'éviter à la fois le piège du scepticisme et du doute cartésien, imparfait pour accéder à la connaissance...
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Messagepar phoenlx » sam. sept. 13, 2008 1:04 am

Une réflexion intéressante sur les rêves et la réalité (avec reprise de certaines interrogations philosophiques vues précédemment, qui rejoignent souvent Matrix, l'âme, le corps, l'idéalisme, le malin génie de Descartes, les panthéismes orientaux les expériences de transe .. ) :

http://www.bladi.net/forum/36268-univer ... olipsisme/

Je recopie colle le texte en spoiler ( au cas où le site web disparaîtrait un jour)
L’univers est-il un songe: Idéalisme et Solipsisme
Pour meubler vos reves ;-)


1) Philosophie du rêve

Le sage chinois Tchouang Tseu rêva qu’il était un papillon. Au réveil, il s’interroge, malicieux : "Suis-je vraiment ici ? Et si maintenant, c’était le papillon qui rêve qu’il est Tchouang Tseu ?" Ce récit peut nous rendre perplexes, ou amorcer une remise en cause radicale. Plus on réfléchit à la question, plus on se demande si "rêve" et "réalité" sont deux phénomènes véritablement distincts... Et si toute réalité était à l’image du rêve, une sorte de "projection cinématographique" en 3D au sein d’un vide fondamental ? Le bon sens objectera : le phénomène onirique, évanescent et instable, ne peut pas rivaliser avec la vie réelle, solide et autonome. Bien sûr, le rêve habituel, vague et chaotique, se différencie aisément de l’état de veille. La question n’a de sens que par rapport à des états oniriques singuliers, assez peu fréquents, où les caractéres du rêve se rapprochent de ceux de la réalité. Si "rêve" et "réalité" sont nettement différents (même dans les cas des phénomènes oniriques les plus denses), nous reviendrons à une vision réaliste de l’univers, et réduirons le "rêve" à un stade de repos cérébral et de défoulement psychique.

Mais si la distinction entre certaines expériences de rêve particulièrement consistantes et les expériences de veille se révèlait impossible ? Alors, il faudrait considérer l’univers physique comme une apparence parmi d’autres, ni plus ni moins réelle que les mondes oniriques. Nous serions en fait dans un univers muldimensionnel que nous ne percevons que lors d’états exceptionnels.

2) Comment distinguer "rêve" et "réalité" ?

Nous vivons avec l’idée que l’univers matériel est indépendant de notre esprit, et nos rêves ou nos visions, de simples "imaginations" ne subsistant pas par elles-mêmes. Cette idée repose sur les qualités que l’on attribue au monde de veille - consistant, durable, etc.- et qui semblent absentes du rêve. Quoiqu’on trouve des exceptions, comme nous allons le voir ! Il suffit parfois d’un petit fait bien attesté pour changer un paradigme scientifique. Cette séparation entre "rêve" et "réalité" n’est-elle pas sur le point d’être bouleversée, grâce aux recherches minitieuses effectuées sur le rêve ?

Essayons de bien comprendre l’enjeu : dans le monde physique, temps linéaire, séparation et lois mécaniques semblent régner . Mais si d’autres mondes, par exemple ceux qu’Henri Corbin regroupait sous le terme d’Imaginal, sont consistants, tous nos repères basculent. Il devient alors envisageable que l’homme soit un être multiple, ne prenant conscience de sa condition que fugacement, lors de grands songes, d’états de conscience élargis, etc. Chaque individu cesserait alors d’être subordonné aux seules lois du plan physique, puisqu’il existe aussi dans d’autres mondes. On le voit, la question de la mort et de la nature ultime de la personne est concernée ici au premier chef.

Quels sont les critères permettant de distinguer le monde du rêve et le monde réel ? (La suite du chapitre s’appuie sur les nombreux témoignages de rêves non-ordinaires issus de la thèse de Doctorat de philosophie de Christian Marcel Bouchet ou des recherches de Florence Ghibellini, ainsi que des différents collaborateurs de la revue Rêver.)

1. Le sentiment de réalité et la netteté des perceptions.

Certains sujets rapportent des expériences de rêve où ils ressentent la dureté des "objets", la vivacité des couleurs, la gamme des sons, avec encore plus de réalité que... dans la réalité ! La consistance du monde onirique varie énormément, dans certains rêves on perçoit même des odeurs et des goûts, dans d’autres tout semble léger et évanescent. Mais ne peut-on pas dire la même chose du monde de veille, qui suivant notre état intérieur apparaît dense ou factice ?

2. La présence des autres !

"L’existence des autres sujets" n’est pas la preuve certaine que nous sommes dans un monde réel. Il arrive de rencontrer des personnages élaborés, capables de nous surprendre ou de tenir des raisonnements complexes dans quelques rêves (et visions) tout comme dans la réalité !

Il m’est arrivé de dire à un personnage vu en rêve : "Tu n’es qu’un personnage de rêve !" Celui-ci semblait me prendre pour un fou, et réagissait un peu comme à quelqu’un dans le monde de la veille à qui j’aurais annoncé cela.

L’esprit humain a le pouvoir de créer des figures qui, ensuite, semblent vivre d’une vie propre et deviennent "indépendantes". Bien des romanciers le disent. Sans oublier les cas de personnalités multiples hautement élaborées, comme celle du fameux Billy Milligan, qui s’était scindé en 24 subpersonnalités, ayant chacune son caractère, ses aptitudes, et sa mémoire "personnelle". Une de ces sous-personnalités écrivait couramment l’arabe, alors que Billy Milligan, une fois qu’il était redevenu lui-même, ne connaissait pas la langue du Prophète ! (De tels faits servent d’argument au solipsisme : la présence de personnes avec des comportements complexes dans mon champ de conscience, n’est pas une preuve qu’elles existent indépendamment de moi. Ou qu’il ne s’agit pas de mes créations inconscientes. Nous allons y venir.)

3. La continuité.

Chaque jour, je me réveille dans le même monde ; c’est ce fait têtu qui m’incline à donner le nom de "réalité" à ce monde-là plutôt qu’à un autre. Mais... il existe des "rêves continués" : durant de nombreuses nuits d’affilées, certains sujets prolongent une même histoire, avec les mêmes personnages et un environnement stable. Bien sûr, cela ne s’étend pas sur 80 ans. Mais la continuité temporelle n’est pas un élément certain : "la vie est un long rêve dont la mort est l’éveil" nous prévient un proverbe arabe. Si la seule différence entre "vie" et "rêve" est la longueur, on peut imaginer un univers poupée-russes, où à chaque fois l’on croit se réveiller pour tomber dans un autre songe, plus vaste.

D’ailleurs, les rêves de "faux éveils" existent, un sujet entendant sonner son radio-réveil, commençant à ouvrir les yeux, à se lever de son lit, d’humeur maussade... Puis peu à peu, par des détails infimes il pressent qu’il est encore dans un rêve ! On recense même certains témoignages où il y a plusieurs "faux éveils" d’affilée ! A tel point que certains rêveurs ont du mal à "sortir" du rêve, ils entrent à chaque fois dans un nouveau rêve qui débute par une séquence parfaitement banale et réaliste, dans leur décor familier...

Ces exemples tendraient à aller dans un sens inattendu. A savoir : la différence entre "monde réel" et onirique serait quantitative, mais pas qualitative. On retrouverait un peu plus de stabilité dans le monde physique, sans qu’il y ait de différences notables entre certains rêves et la réalité. Tous les faits que nous venons de passer en revue s’expliquent dans une perspective neurologique. Nous percevons la réalité par l’excitation de diverses zones cérébrales ; de même pour le rêve. Leur similitude pour la conscience est donc inévitable. Le rêve serait dû à la stimulation endogène de zones du cerveau rappelant et recomposant les souvenirs. Mais la complexité et le mouvement dans les images de rêve posent encore quelques problèmes. Comment le cerveau fait-il pour calculer des paysages entiers, avec leurs modifications insensibles de plans, de couleurs, etc. ? Admettons que la neurologie nous apportera une explication.

On ajoutera que le rêve nous fait entrer dans un monde totalement subjectif, seul face à nos créations intérieures. En effet, la psychanalyse montre les rapports entre les préoccupations inconscientes du rêveur et l’ensemble des séquences oniriques. Le rêve se réduit à une projection du psychisme personnel, contrairement au monde réel.

Même si la sensation du monde de rêve, sa densité subjective rappelle parfois le monde de veille, en revanche il existe une différence notable : contrairement au monde physique, le monde onirique reflète nos états d’âme et nos obsessions, fantasmes etc., il constitue une mise en scène de notre psychisme. Mais le réel lui-même ne met-il pas quelquefois en scène nos forces inconscientes, d’une façon inexplicable ?

Voyons deux arguments qui risquent de semer le doute. D’une part, il existe quelques phénomènes troublants, où l’individu ressent que "la réalité" extérieure coïncide avec ses processus psychiques les plus profonds. Nous voulons parler ici des coïncidences significatives, ces synchronicités qui ont passionné C.G. Jung et le célèbre physicien Wolfgang Pauli.

Un autre phénomène laisse très perplexe, et semble suggérer que le "rêve" pourrait bien être une forme de réalité plus que subjective. Il s’agit des rêves partagés. En effet, si nous sommes plusieurs à faire un même rêve, cela signifie que ce rêve échappe aux états d’âme d’une seule personne ! Il existe un petit nombre de témoignages de "rêves partagés", où deux individus se retrouvent au même moment dans une même scène onirique.

Comment interpréter de tels faits ? Si le décor du rêve et les personnages qu’on y trouve expriment seulement mes conflits intrapsychiques, comment une autre personne, qui vit des situations complètement différentes, fera-t-elle pour "construire" la même histoire que moi ? Il faut au moins supposer la télépathie entre les sujets. Mais cela ne suffit pas à rendre compte du phénomène. Comment la télépathie pourrait-elle expliquer la "création" d’un même environnement de rêve ? Ou plutôt, comment deux rêveurs feront-ils pour susciter ensemble un décor ? Il faut non seulement admettre la communication mentale, mais aussi un mystérieux pouvoir de "créer" un environnement commun ! Nous verrons un peu plus tard cette idée de "création par la pensée", qui sert de base à diverses techniques psychologiques.

Les rêves partagés restent problématiques. Contrairement à l’apparence, ils affaiblissent la thèse moniste. Ils suggérent l’existence d’un "monde intersubjectif", ou même de réalités "astrales" (théosophie, anthroposophie, etc.). Ce style de doctrines, bien loin de supprimer les séparations au profit de l’Un-sans-second, dessinent un univers architectonique, structuré en plans.

Synthèse. La grande Illusion.

Les rêveurs ont chacun son monde privé, les éveillés voient le même monde. Le phénomène de "monde partagé" existant aussi entre rêveurs, nos vieilles définitions vacillent. On ne peut distinguer certains "rêves" denses et "la réalité" ni par l’intensité des sensations, ni par l’existence de personnages complexes, ni même par l’argument de la stabilité. Cette impossibilité logique pourrait signifier que ces notions n’ont pas de sens, et que "tout est réel, tout est illusoire" . On retrouverait l’idée que l’essence de l’univers est la Grande Maya. Ou encore, que l’univers physique, aussi consistant paraît-il, est la cocréation de toutes les consciences, une sorte de "grand rêve" collectif.

Reste un fait. Chacun de nous ressent de façon certaine quand il est éveillé, et quand le monde alentour appartient au réel. Seules des altérations définies - par exemple la schizoïdie - font pâlir de telles évidences basiques. La réalité de la réalité est une sensation immédiate. Ici et maintenant, je sais que je suis éveillé, sans arriver par démonstration à une telle certitude. De même, on ne peut pas prouver que les autres consciences existent, mais on peut - heureusement - le ressentir ! Il s’agit d’une impression diffuse qui indique que nous sommes dans le monde réel, et non dans un rêve.

On voit bien la faiblesse de ce résultat. Quoi ? Vous ne trouvez aucun critère autre que l’impression subjective pour différencier certains rêves particuliérement denses avec la réalité ? triomphera le philosophe idéaliste. On sait que les impressions subjectives varient et que certains mystiques pleinement conscients éprouvent que "le monde est un effet mental". A ce stade, l’argumentation idéaliste semble démontrée, à condition d’aligner des chevaliers hors de tout soupçon ! Car le panthéisme ne constitue-t-il pas une manière de fuir la réalité dans le mysticisme, les grandes visions ou la douce rêverie philosophique ? Ce serait alors en constatant les effets pervers et la stratégie vitale sous-jacente à ce type de doctrine qu’on chercherait à la "déboulonner". Mais il sera naïf de réduire tout partisan du mysticisme à un personnage asocial qui dissimule son incapacité à vivre derrière de grandes théories. L’hindouisme (et plus généralement le panthéisme) favorise peut-être le détachement du monde, mais il existe aussi des courants comme celui de Ramakrishna et de Vivekananda, qui concilient contemplation et action.

Peut-on affirmer l’identité ontologique du rêve et de la réalité sans "déréaliser" la vie ? Il semble que cela soit possible dans les voies d’éveil, qui privilégient l’attention permanente à ses sens et à ses pensées, la présence à soi-même : en bref, le contraire exact d’une fuite dans les brumes de la spéculation. "L’Eveillé" perçoit son être et le monde comme de plus en plus denses, il intensifie sa conscience jusqu’à ressentir de mieux en mieux et la réalité et le rêve.

Nous en sommes au point suivant : on ne peut distinguer certains "rêve" et la "réalité" que par une impression subjective. Les schizophrénes ressentent tout comme un "rêve" lointain et irréel qui les emprisonne ; les "éveillés" perçoivent tout - y compris les mondes qui nous échappent - comme une Réalité ultime qui les libère. La certitude des mystiques étayée par les arguments idéalistes démontrent-ils que le monde est fondamentalement un univers mental, qui reflète notre état de conscience ? Nous allons rencontrer un phénomène qui permettra de tester la thèse idéaliste. Il s’agit du rêve lucide, de plus en plus étudié aujourd’hui - même en laboratoire, par exemple au sein de l’université de Stanford par l’équipe du psychophysiologiste Stephen LaBerge .

3) Rêve Lucide et Eveil spirituel

En rêve lucide, on devient conscient du fait qu’on est en train de rêver. Cette conscience peut se manifester ; on s’écrie alors : "Tiens, ceci est sûrement un rêve !" Mais souvent "on sait" que l’on rêve, par une certitude immédiate . Voici à nouveau la question de la "qualité expérientielle" : par un certain goût indéfinissable, on sait qu’une situation est rêvée (ou réelle) . A partir de ce moment, les rêveurs lucides expérimentés peuvent agir sur le monde du rêve. Ils s’amusent et font diverses expériences : voler, réaliser ses envies et ses fantasmes , massacrer des gens (pourquoi pas, puisqu’il s’agit de "rêve" !), susciter des monstres, changer de formes... Peu à peu, ils apprennent à connaître le "monde" du rêve et ses lois, si lois il y a.

Avec la pratique, il devient de plus en plus facile d’agir sur le monde onirique. Le bon rêveur lucide (mais il y en a peu !) est presque tout-puissant en rêve - une fois qu’il a aboli de nombreuses croyances "sur le rêve". Il crée et décrée les objets, traverse les murs sans plus aucun effort, se tire des balles dans la tête, fait même apparaître le Soleil. La prétendue "matière astrale" semble avoir disparu. Ce sont les croyances inconscientes qui commandent : lorsque le sujet ressentait une peur résiduelle d’atteindre son intégrité en touchant à son corps de rêve, celui-ci résistait et devenait consistant.

Mais une fois les préjugés surmontés, le rêveur a peu de limites. Pourtant, je n’ai jamais entendu dire aux rêveurs lucides les plus chevronnés qu’ils n’avaient aucune limite. Il semble que même dans le monde onirique, une résistance se fasse sentir. Notons un point intéressant : plus le rêveur est lucide, et plus le monde onirique devient dense, les couleurs s’y vivifient, etc. Le rêve gagne en réalité à mesure que l’on sait son irréalité !

Qu’il s’agisse du monde onirique ou du monde physique, on retrouve les mêmes ingrédients. Ces deux mondes apparaissent plus ou moins denses et riches suivant mon état d’esprit. Et le monde onirique résiste aussi, semble indépendant et consistant jusqu’à ce que j’atteigne l’état de rêveur lucide expérimenté. Alors, dans le monde physique, que se passe-t-il si je commence à faire basculer l’impression de "consistance" de la réalité jusqu’à me sentir source de la réalité, tout comme dans un grand rêve lucide ? Si le monde était fait de la même "matière" que le rêve, une personne qui maîtriserait ce processus devrait maîtriser en partie la réalité physique par l’action directe de sa volonté.

La réalité n’est pas un rêve.

Lors des expériences dites de rêve lucide, le rêveur peut agir directement, par sa volonté, sur le décor et les personnages de son rêve ! Cette possibilité semble inaccessible dans le monde réel, démontrant qu’il y a bien une infranchissable différence de nature entre "rêve" et "réalité". Ainsi, l’ultime réalité n’est pas tissée par mes pensées, il ne s’agit pas d’une projection en 3D de mon psychisme profond ou inconscient.

La véritable preuve que "rêve" et "réalité" sont foncièrement identiques serait fournie non par une impression subjective de leur identité, mais par la capacité du sujet à agir d’une manière semblable dans ces deux mondes. Ce serait aussi la preuve que je suis une parcelle du Dieu suprême. Ceci n’étant pas le cas, toutes les théories qui assimilent la conscience humaine plutôt au Créateur qu’à une créature paraissent invalidées.

Pourtant, il existe quelques courants d’idées qui prétendent montrer de façon expérimentale que la réalité obéit aux mêmes lois que le phénomène du rêve, et se plie à la pensée . Pour démontrer cette thèse, ils s’appuient sur le phénomène d’hypnose et de synchroncité.

D’autres philosophes reprendront l’argument du rêve d’une façon encore plus radicale.

4) Pourtant, reste le solipsisme.

Thèse. Solispsisme et Idéalisme.

Nous nous enfermons dans la "réalité" du monde physique comme le rêveur lorsqu’il croit à ce qu’il perçoit dans le monde onirique. "Rêve" et "réalité" se construisent de la même façon, il s’agit de processus similaires. La seule réalité est l’Un-sans-Second, ou l’Etre de Parménide, le reste appartient au royaume de l’illusion.

Le chemin consiste à s’éveiller du songe pour découvrir que l’ensemble de ce que nous percevons est un effet de notre essence suprême. Rien n’est tragique, nous ne pouvons ni mourir ni disparaître mais seulement "continuer le rêve" d’existences infinies avec leurs péripéties multiples, comme on passe d’un songe au suivant, ou décider de sortir du cycle et retrouver l’état inaltérable de l’éternité.

Pour la plupart des gens, avec leur gros bon sens, cette conception relève du mythe, simple imagination qui ne mérite même pas d’être examinée rationnellement. Au contraire, pour les partisans de l’Idéalisme, le songe est une bonne analogie de notre réalité ordinaire ; lorsqu’on réussit enfin la traversée des apparences, on découvre bien que tout est Maya, création d’images mentales.

Une des objections du bon sens est la suivante : si "Je" coïncide avec le créateur du monde, comment se fait-il que je me sente un infime individu, misérable corps charrié par la puissance torrentielle de la vie ?

Le rêve nous fait vivre chaque nuit dans un "monde" qui nous paraît extérieur, avec ses sensations, ses habitants et son espace. Parfois le rêve nous met en présence d’immensités : grandes montagnes, raz-de-marée, etc., que nous ressentons vivement et qui nous dépassent de loin ! Fait intéressant : nous faisons aussi d’horribles cauchemars, nous créant à nous-mêmes des frayeurs parfois récurrentes ... Entre autres caractéres, le monde onirique contient une nette opposition intérieur/extérieur : le "moi de rêve" se sent comme un individu qui explore un environnement indépendant de lui. Si mon rêve en son entier est ma projection, l’auto-représentation psychique de mon corps dans tous ses états, il s’ensuit... ...le paradoxe du rêve.

Lors du rêve, j’expérimente l’état suivant : je suis le Tout (décors, personnages, événements...) et pourtant, en tant que rêveur, je me crois un simple élément dans le rêve. Je peux donc me sentir comme la partie d’un monde que je secrète ! Ne retrouve-t-on pas un phénomène semblable en veille ? Sans le savoir, n’est-ce pas la partie profonde de Moi qui projette l’univers, dont ensuite je me crois une infime partie ?

C’est la doctrine solipsiste, qui a été formulée tant en occident qu’en orient. Même si on reconnaît des similitudes dans l’apparence du rêve et l’apparence du monde, le bon sens considérera qu’il est totalement gratuit de les assimiler complétement, et ce pour une simple raison : dans le monde du rêve, je suis seul, alors que dans le monde de veille, il y a autrui - et la matière.

Or, nous allons aborder le grand argument du solipsisme : il est impossible de démontrer l’existence d’autrui (ni l’existence de l’ensemble de l’univers). Proposition apparemment absurde, et pourtant ! Examinons-là mieux. Je ne connais l’existence de la matière que par ma conscience. Ce que j’appelle "matière", couleur, odeur, toucher, etc., consiste en des modifications se produisant à l’intérieur de ma conscience. Même si on prétend qu’il s’agit de modifications cérébrales, il sera facile de rétorquer : "Mais comment sais-je qu’il y a un organe cérébral ? Parce que je le vois... Et qu’est-ce qui le voit ? Ma conscience ou mon oeil ? Mon oeil ? Mais mon oeil, par quoi puis-je le connaître ? Par ma conscience..."

En dernière analyse, et si l’on régresse jusqu’au point de départ de toute chose que l’on perçoit, on est obligé d’arriver à sa propre conscience. "La matière n’est qu’une représentation qui me vient, une sensation de l’esprit, et toute sensation est perçue par ma conscience", dira le solipsiste.

Reste l’existence des autres consciences. En état de veille je suis confronté à une multitude de personnes, avec leur volonté, leurs idées, sentiments etc. Ces êtres, tout comme les choses, expriment sans cesse leur réalité par leur résistance. Mais je n’ai pas un accès direct à la conscience d’autrui. Au niveau purement rationnel, rien ne me prouve que l’autre ressent une vie intérieure ! Je constate des signes d’émotions, l’expression d’idées, mais qu’y a-t-il derrière ces apparences ? Un chat qui se voit dans une glace peut croire qu’il rencontre un autre chat ! On le sait, des consciences apparemment élaborées se manifestent dans divers états dissociés : hallucinations, messages spirites, visions, personnalités multiples... Mon esprit a le pouvoir d’animer des personnages cohérents. Le fait que "des autres" m’apparaissent et semblent avoir leurs idées, leurs émotions etc., n’est pas une preuve qu’ils soient des êtres autonomes, persistant "hors de ma vue". Il n’y a même pas de preuve définitive que dès que je ferme les yeux, le monde devant moi continue d’être ! Il pourrait s’évaporer, pour réapparaître tout de suite dès que je rouvre les paupières, je ne le saurai jamais ! Bien sûr, ceci n’est pas encore un argument crédible, mais montre simplement une difficulté logique.

Lors de certains états particuliers, on arrive à douter de la véritable existence des autres ; c’est ce que suggère Descartes lui-même dans ses Méditations métaphysiques, lorsqu’il s’interroge sur des hommes qu’il voit passer par sa fenêtre ("Ce pourraient être des hommes fins, mus par des ressorts" etc., autrement dit : des "machines" ou des apparences sans âme). La question est d’autant plus troublante qu’en rêve aussi nous rencontrons des êtres, parfois habités d’une indéniable vie et énonçant des propos intelligents...

La seule existence dont je sois absolument certain, c’est celle de ma conscience ! disent les solipsistes. Je ne perçois le monde, les objets, les sons, les couleurs, et l’ensemble de l’univers qu’en tant que représentations qui surgissent au sein de ma propre conscience. Le pas sera franchi par quelques philosophes : "Je" suis le créateur de l’univers, en dépit d’une auto-illusion qui me fait croire que je n’en suis qu’une infime partie... (tout comme le rêveur s’illusionne et oublie qu’il est le créateur du monde onirique).

Mais quel est ce Je ? S’est-il créé lui-même ? rétorqueront les adversaires du solipsisme.

Le solipsisme pèche par différents côtés. Voyons une objection, soulevée tant par Descartes que par Fénelon. Si je suis absolument seul, j’ai du me créer moi-même. Or je n’ai aucun souvenir de cette opération ! Ou bien, j’existe de toute éternité, et là encore je ne m’en souviens pas. Quelle est l’origine de cet étrange oubli ? Pourquoi me serais-je privé de mes pouvoirs pour m’enfermer dans l’illusion tenace d’être une petite chose misérable dans l’immense univers ? La seule explication possible amène à la doctrine du Jeu divin - la notion de Lîlâ en Inde. Je suis le Dieu créateur, et J’ai voulu m’oublier à un moment donné, pour "jouer" à être une créature limitée. Nous reviendrons sur cette explication typique en conclusion.

Le solipsisme, poussé à ses conséquences logiques, aboutit à la même conception que certaines écoles non-dualistes de l’Inde. Il devrait proposer à son tour une voie de Libération et d’éveil. Deuxième objection, la plus importante : ma conscience se constitue par le rapport à autrui. Les psychanalystes, Hegel et les philosophes de la relation ont tous remarqué que le rapport préexiste à l’individu. Avant Je, il y a toujours Je-Tu. Un Etre conscient, "Je" totalement solitraire, serait une contradiction dans les termes ...

Le solipsisme est donc une philosophie datée, qui appartient à une époque où la structuration psychologique était moins bien connue. Aujourd’hui, il semble acquis que le sujet émerge par sa relation avec l’autre. (Ceci explique peut-être que le christianisme conçoive une trinité originaire, notion étrange dans un cadre pourtant monothéiste ! On retrouve aussi une Trinité créatrice en Inde.)

On était "obligé" d’adhérer au solipsisme seulement si on ignorait la valeur du ressenti profond. Certes, "prouver" rationnellement l’existence du monde extérieur et d’autrui semble une gageure. Et après ? N’y a-t-il pas des phénomènes d’empathie et d’amour qui nous donnent la certitude de communier avec d’autres consciences ? Ou à travers une oeuvre d’art, ne sait-on pas que l’on rencontre immédiatement une autre sensibilité, aussi vraie et complète que la nôtre, mais qui n’est pas une projection de notre "moi" ! ? Le solipsisme constitue le symptôme de ce qu’il y a sans doute de maladif dans l’esprit philosophique. Il représente une réduction par l’absurde de la philosophie, montrant que si elle se développe d’une certaine façon, elle risque de s’enfermer dans un errement irrationnel. Le désir de rationalité absolue aboutit à la folie.

;-)



Ca fait cogiter ! ( L'histoire des rêves lucides m'a rappelé un rêve personnel que j'ai fais ya pas longtemps , où conscient de mon rêve je m'étais amusé à voler , et influencer sur une réalité qui devenait presque tangible vers la fin. Un rêve spécial dont je me souviens presque dans ses moindres détails .. )

Si certains le lisent je serais curieux d'avoir votre avis (à replacer dans la perspective de Matrix pourquoi pas ! )
Modifié en dernier par phoenlx le lun. mai 25, 2009 12:44 pm, modifié 1 fois.
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Messagepar phoenlx » mar. sept. 16, 2008 9:09 pm

Matrix : La relation subtile homme / technologie

( Où l'on abordera aussi le rapport éventuel Matrix / politique ; Matrix / Marxisme (?) )

J’aimerais ce soir aborder un thème soulevé par la trilogie Matrix parfois un peu passé sous silence (bien qu’il soit très important) ; Tellement passé sous silence d’ailleurs que souvent, quand on interroge les gens , ils semblent comprendre un peu l’inverse. Il s’agit du rapport homme / Machine. Dans la fin de mon post, j’évoquerai en quoi la vision des films rejoint en fait un concept évoqué par Joël de Rosnay dans son livre L’homme symbiotique, et (dans une ultime partie, en guise de conclusion) je relierai (une nouvelle fois ^^ ) cela à une certaine métaphysique panthéiste sous-jacente à la trilogie.

La première partie est une espèce de petit résumé que je fais d’un des chapitres du très bon livre : Matrix, Machine philosophique ( Mécanopolis, cité de l’avenir) , dont je vous recommande la lecture intégrale. La deuxième partie (et le lien avec l’homme symbiotique) est une petite réflexion personnelle, mais vous allez voir qu’elle s’impose après avoir énoncé le début. Et la dernière partie, la réflexion sur Matrix et le panthéisme, est à la fois un prolongement et un développement d’une remarque que j’avais déjà faite sur ce topic, et découle d’une lecture de ces films qui m’est chère et rejoint un peu ma métaphysique propre..

Mais commençons par le début : Le rapport homme / Machine.

Quand on questionne le fan de base de la trilogie, en général celui-ci vous explique que (entre plein d’autres choses) Matrix est une sorte d’allégorie de l’esclavage, et de l’aliénation de l’homme par la technique. Il y aurait en filigrane derrière le film une dénonciation de la technique, de tous ces objets qui , au départ conçus pour servir l’homme, finissent par nous empoisonner la vie (Est-il utile de rappeler les débats récurrents sur les bienfaits et les méfaits des ordinateurs, de tous ces gadgets technologiques dont nos sociétés dépendent de plus en plus, le téléphone, la télévision, les automobiles …) L’homme finirait par devenir esclave de ses créations , c’est ce que démontre Matrix avec un exemple extrême , en prenant pour illustrer ce fait l’exemple (finalement possible, quelque part) d’une intelligence artificielle qui finirait par émerger , et qui renverserait complètement la donne : Non seulement l’homme n’aurait plus le contrôle des machines (on voit ce genre de scénario souvent dans la SF : Terminator c'est pareil etc) mais là c'est pire : l'homme deviendrait lui-même esclave et comble de l'horreur : unité de production (cf l’allégorie de la pile jetable)

A n’en point douter, chez beaucoup de personnes , c’est cette image très négative des machines qui prévaut , surtout après avoir vu le premier opus. C’est d’ailleurs vrai si on s’en tient au premier opus, et c’est une des raisons pour lesquelles, je pense , il faut absolument DEPASSER le premier film et voir les deux autres. Matrix est conçu comme une machine philosophique, les films illustrent des questions philosophiques, et usent souvent d’une technique bien connue des philosophes : la dialectique : L’accession à la vérité par étapes successives. En gros : on prend le spectateur par la main et on cherche à lui faire percevoir quelque chose, mais un peu plus tard ce quelque chose est remis en cause.

A tous les niveaux d’interprêtation , philosophique, métaphysique, religieux, Matrix opère comme cela. Il en va de même de la vision de la machine, tout d’abord très négative (par opposition à l’homme, esclave, qui est doté d’une image plus positive dans le premier volet) mais vision qui est remise en cause ensuite…

En effet, loin de « dénoncer » les machines, les films nous amènent beaucoup plus à repenser le rapport que l’ont doit avoir à la technique, qui n’est pas un rapport d’exclusion. Les films ne prônent jamais par exemple de se méfier à tel point de la technologie qu’il faudrait revenir à une espèce de société primitive ou on abandonne tous ces objets modernes qui nous asservissent. C’est évidement pas le propos.

Le propos il est bien plutôt dans le fait de prôner une espèce de symbiose homme machine ; C’est là qu’on rejoint le bouquin-prospective de Joël de Rosney que j’évoquais au début.

Mais avant d’y venir , détaillons d’abord cette première lecture de la trilogie (un peu naïve) , lecture illustrée de manière manifeste par le premier film, ou encore par certains propos très durs de Morphéus à l’égard des machines, lui qui se considère avant tout comme un soldat cherchant à rendre à l’humanité son libre arbitre en éliminant ces entités « maléfiques » en quelque sorte.

On peut surtout se remémorer certaines répliques de Néo dans le deuxième film: Rappelez-vous par exemple ce discours avec le conseiller Hamman, lorsqu’ils sont dans la salle des machines ( à Sion ) : Néo et Hamman s’interrogent sur le sens de la guerre avec les machines. En effet , cette scène illustre que même à Sion, dans le monde réel, l’homme dépend encore fortement des machines pour survivre, sans que celles-ci semblent pour autant menacer directement l’espèce humaine, mais au fond , quelle différence ? Néo répond ( de manière naïve) que la différence, c’est le contrôle : on peut débrancher les machines, ce qui prouve qu’on est les maîtres. Néo se trouve incapable de donner une définition du contrôle qui ne soit pas négative : avoir la possibilité de détruire son instrument.

Mais en fait, on a exactement le même raisonnement du côté des machines de Matrix, comme on le voit à travers le discours de l’architecte, mais de manière symétrique : les machines aussi dépendent des hommes (qui sont leurs « piles ») ; mais c’est parcequ’elles peuvent les détruire à tout moment , quitte à se détruire elles-mêmes, qu’elles sont leurs maîtres, qu’elles en ont le contrôle.

Tout le problème serait-il donc de redevenir les maîtres de nos créations ? Pas si simple.

Car en fait, à la base la définition même des machines est inadéquate et biaisée ainsi que l’idée de la liberté défendue par Néo et Morphéus , mais aussi l’architecte, pour penser le rapport de l’homme à la machine. En effet , il faut bien plutôt considérer un fait manifeste qui est que : l’homme lui-même FAIT DEJA partie de la machine ! On pourrait l'illustrer par de multiples exemples, comme celle du programmeur de logiciel open source qui utilise lui-même un système open source. Il faut bien considérer que l’homme, loin d’être extérieur à la réalité technique, fait partie d’elle, il est au milieu , et c’est curieusement sans doute en acceptant sa place dans un milieu technique composite que l’homme pourra se réaliser, et participer, par sa différence, à une nouvelle réalité.

Un peu comme dans Matrix, où le conseiller Hamman laisse déjà entrevoir une culture du compromis ("les machines ont besoin de nous et nous avons besoin des machines") , laquelle prend tout son sens à la fin du troisième film par la conclusion de la trilogie.

La question sous-jacente posée est donc bien plutôt celle-ci : Le rapport de l’homme aux techniques n’est-il pas une espèce d’articulation entre deux lignées évolutives différentes, qui accélère la vitesse de développement de chacun en le faisant passer par l’autre ?

Prenons un exemple , mais non pas à travers un relation homme / machine, mais un exemple basé sur l’agriculture : L’homme cultive des céréales , conséquence : les céréales se multiplient. L’homme moderne pense peut-être , en cultivant des plantes , développer ses capacités de reproduction et d’expansion (autrement dit : participer au développement de sa propre espèce) … Mais « du point de vue de la céréale » en tant qu’espèce végétale, l’agriculture peut être vue aussi comme une redoutable manière de se répandre.

Dans Matrix 1, lors de l’interrogatoire de Morphéus enchaîné par l’agent Smith, celui-ci présente la révolte des machines comme une simple étape de l’évolution sur Terre : les machines ont fini par « cultiver » les hommes mais cette situation était déjà en quelque sorte latente avant leur révolte (et bien avant l’émergence de l’IA, donc d’une conscience parmi les machines) : Les machines se sont servi de l’illusion de la liberté souveraine de l’homme pour se développer, se multiplier, se complexifier , jusqu’au stade d’inversion des rôles. Ceci illustre bien que l’homme a toujours été un moyen de reproduction des objets techniques. Ce qui est nouveau, c’est que l’inverse ne le soit plus.

Mais le propos de la trilogie (surtout évoqué à travers le message global final) est justement de se demander si c’était vraiment inéluctable. La réponse est non bien sûr et c’est à une symbiose des deux « espèces » qu’il faut aboutir, nous disent en gros les films.

Autrement dit : il ne faut pas concevoir l’usage des machines que comme la soumission à une utilité (cette idée de la machine est biaisée et c'est ce qui provoque le drâme dans le scénario de Matrix avec les machines qui se rebellent contre leurs créateurs) : Il faut au contraire revoir fondamentalement cette conception et considérer que l'espèce humaine devra apprendre plutôt à être au milieu des machines comme une « chose parmi les choses » , sur le même plan ; L'Homme ne perdra pas sa différence, au contraire, il la maximisera et l'optimisera.

vision politique marxiste ?

Mais au-delà de tout ça, il faut rappeler l’aspect politique qui est aussi derrière Matrix, et qui rejoint ces questionnements technologiques, avec la même approche dialectique.

Comme je viens de l’évoquer, Matrix nous dit d’abord (en gros) : l’homme est asservi par les machines, ces dernières sont mauvaises, elles nous ont privé de libre arbitre et la situation de domination s’est retournée ; En gros, il faudrait donc la récupérer, reprendre le contrôle. Ensuite deuxième étape on s’aperçoit que c’est pas si simple, et c’est plutôt une symbiose qui est préconisée.

La première lecture a des échos politiques, notamment dans la vision avancée par le marxisme. La critique récurrente du capitalisme par le marxisme n’est-elle pas justement la dénonciation de cet asservissement qu’on constate assez souvent de l’homme par ses moyens de production ? N’entend-on pas souvent qu’il faut mettre l’économie au service de l’homme et non l’inverse ? Mais on rejoint le raisonnement biaisé qu’on évoquait : L’homme retrouve le CONTRÔLE sur les machines, ou ici, les moyens de production, l’économie au sens large, comme si ce contrôle était effectivement possible, or le propos de Matrix montre justement que non , c’est pas aussi simple que ce raisonnement basique le laisserait présager (Et j’en veux ici la preuve que les films Matrix ne sont pas vraiment des films «marxistes» comme certains le disent, certains qui les récupèrent ainsi parfois dans leurs analyses. C’est plus compliqué et après avoir utilisé le marxisme comme thèse (on pourrait dire : dans le film 1) les deux films suivants s’amusent justement à faire l’antithèse avec la synthèse qui serait la suivante :

---> Il faudrait penser la politique autrement que par des considérations de majorité. Il faudrait en fait complètement revoir notre notion de l’Etat. Il s’agit de montrer qu’on peut construire un ordre politique sans passer par cette machine particulière qu'est l'Etat (ce contrôle par le haut, avec l’idée de domination qui est sous-jacente). En effet quand on regarde comment fonctionne la nature et justement, les formes vivantes (cf certains de mes topics sur l’émergentisme) on a bien plus souvent affaire à un « contrôle par le bas » , c’est ce qui marche.

C’est ce qui explique entre autre comment l’internet a pris en quelques années une expansion aussi exponentielle (à tel point qu’il parait aujourd’hui devenir par certains côtés, « incontrôlable » il acquiert une espèce de vie propre. Il n’y a pas de contrôle par le haut sur le net. Chacun est un peu une espèce de « maitre du net » à sa manière depuis sa machine, chacun participe à sa vie, c’est pas comme une société commandée par un organe au sommet qui régenterait tout, en fait on régente chacun le net à notre niveau).

Matrix semble nous dire (même si ce sera sans doute pas évident) qu’une société moins aliénée ne pourra naître que par ce nouveau raisonnement et en repensant notre idée de l’Etat et plus généralement , en repensant carrément notre rapport au monde, aux moyens de production, à la technologie.

Je voulais absolument parler de ce côté politique des choses, mais revenons sur l’histoire de symbiose homme / machine et sur les visions prospectives de Joël de Rosnay ( voir aussi ce topic où j’en parlais viewtopic.php?t=4380)

Image
Monsieur Joël de Rosney

Les propos phares de la thèse de Joël de Rosnay sont les suivants (résumés par Jean Claude Keller sur le site web : http://www.gymnase-morges.ch/docs/HommeSym.HTML ) :
Tout d’abord l’idée maîtresse est que des bouleversements se préparent pour l’espèce humaine. Que la vie, par exemple, va bourgeonner à nouveau sur Terre. Certes, elle n'a jamais disparu. Elle existe au contraire à profusion: l'explosion démographique en rappelle la vitalité. Mais il s'agit cette fois d'une nouvelle forme de vie, d'un niveau d'organisation encore jamais atteint par l'évolution: une macro-vie à l'échelle planétaire, en symbiose avec l'espèce humaine. Cette vie hybride , à la fois biologique, mécanique et électronique, est en train de naître sous nos yeux. Nous en sommes les cellules.

On peut déjà pressentir ce futur, notamment via l’évolution des techniques, des avancées en science cognitives et informatiques, les nanotechnologies etc. Joël de Rosnay est à la base un grand biologiste français, spécialiste des origines du vivant, mais son domaine de recherche concerne aussi les nouvelles technologies et l’approche systémique de la connaissance ; Il est donc très bien placé pour savoir de quoi il parle ^^ Il nous propose un nom pour cet organisme planétaire du futur : le cybionte, nom donné à partir de cybernétique et de biologie. Ce macro-organisme existerait déjà à l'état primitif et vivrait à l’état latent, potentiel, dans sa globalité. Vous voyez bien je pense en quoi ce concept se rapproche beaucoup de ce que j’évoquais précédemment à travers la symbiose homme machine.
Voir cette conférence audio, pour ceux que ce sujet passionne : http://www.tous-les-savoirs.com/index.php?op=themes&c=168&a=audio

Si on pousse ce concept à l’extrême, on peut même le rapprocher d’entités qu’on retrouve dans d’autres œuvres de Science fiction, notamment chez Isaac Asimov , avec l’entité Gaîa , et c’est là qu’on pourrait aborder mes histoires de panthéisme (j’en ai déjà parlé dans d’autres topics) : L’idée d’un futur inéluctable où l’homme « fusionnera » en quelque sorte avec son environnement au point de devenir une espèce de cellule d’un ensemble plus vaste (lui-même vivant mais doté d’une vie qui transcende l’entendement de ses parties). C’est très spéculatif et après ça rejoint même la métaphysique, les notions religieuses, mais c'est assez fascinant.

Mais sans faire torp de HS la-dessus là où Matrix (pour revenir aux films) constituent eux aussi à leur manière une espèce de fable panthéiste , c’est bien plutôt dans cette réunion des contraires qu’on retrouve prônée dans le troisième film (celui qui boucle la boucle, ce troisième film qui effectue le « samsara » de la trilogie , si l’on veut ^^ )

J’ai expliqué en effet en quoi (pour chaque chose que les films abordent) Matrix utilisait l’approche dialectique : accession à la vérité par étapes. Ces films peuvent être vus comme un pot pourri de pas mal de philosophies ( Platon et l’idéalisme, Descartes et son histoire de malin génie, Nietzsche, Berkeley et tant d’autres) Ils s’appuient aussi allégoriquement sur un peu toutes les grandes religions du monde , le christianisme avec l’idée du Messie et de la trinité, le judaîsme avec les allusions à l’esclavage, la Kabbale Juive comme espèce de code à décrypter (un de ces 4 je ferai un topic la-dessus) , les mystiques et religions asiatiques, le bouddhisme, le taoïsme , les upanishad hindou etc etc. On a pas mal d’allusions à la gnose aussi. Mais plus qu’une philosophie de bazar, qu’un synchrétisme un peu grotesque et informe, c’est surtout une manière d’affirmer (je pense) différentes phases d’accession à la vérité. Un peu comme une dialectique : Et si le premier matrix est indéniablement surtout d’essence judéo-chrétienne (et un peu gnostique) , la suite de la trilogie lui donne un caractère beaucoup plus boudhiste et asiatique. On pourrait rappeler les allusions à l’hindouisme et au Karma dans le troisième film, mais surtout au samsara, le cycle de la nature , l’éternel recommencement , à mettre en parallèle avec les cycles de reload de la matrice.

Mais cette dialectique (dire une chose, puis son contraire pour la DEPASSER) se retrouve à bien des niveaux, de manière subtile , et notamment dans l’approche philosophique globale des films, qui est d’abord dualiste et qui à mon sens se transforme en une approche moniste à mesure que la trilogie approche de son terme.
Elle est dualiste au début, de manière assez claire : On a des contraires qui s’affrontent, comme je l’évoquais avec l’antagonisme homme / machine ; bien / mal. On a un peu plus tard l’antagonisme Néo/Smith. La réalité de la matrice, celle de l’illusion (la caverne de platon, cf l’idéalisme platonicien) versus le monde réel tangible , matériel etc.

Mais ensuite tout se complique, Néo arrête les machines dans le monde réel , tout se brouille et plus rien n'est aussi simple qu'au début, à mesure notamment qu’on perçoit que Smith est une sorte d’opposé de Néo, les deux finissant par fusionner, et à mesure que ce dessine tout ce que j’évoquais au début à savoir ce compromis entre l’humanité et les machines qui parachève la quête, une fin à laquelle on se serait pas trop attendu après le premier film.

C’est bel et bien d’une quête de l’unité qu’il s’agit ; Néo n’est-il pas d’ailleurs l’Unique , celui qui opère la réunion entre les deux espèces ennemies, celui qui , symboliquement, unifie les contraires, rassemble les choses ? L’avenir viable étant justement dans la coexistence, dans cette fusion de Néo qu'on voit à la fin ... J’ai toujours beaucoup aimé ces scènes, où l’on voit Néo fusionner avec l’environnement digital, par exemple lorsqu’il arrive à la source, juste avant le discours de l’architecte, ou encore dans les scènes finales du dernier film, lorsqu’il est dans la ville des machines, comme en symbiose avec ce qui l’entoure. Il y a dans ces scènes quelque chose de profondément panthéiste ( l’idée que la réalité est Une , sans entité immatérielle transcendante), que tout est lié et en interraction , que tout dépend de tout.

Spinoza nous dit en substance que le bonheur humain réside dans la connaissance et dans l’acceptation de cette idée que l’homme n’est pas dans la nature comme un empire dans un empire, que nous sommes intimement liés à ce qui nous entoure, au cosmos , et au cycle de la vie, et que c’est en arrivant à l’intégrer sereinement dans notre tête que nous parviendrons à vivre plus heureux. Pas simple pourrait-on rétorquer, car nous sommes justement prisonniers de notre nature et des apparences, Matrix nous dirait plutôt que nous sommes prisonniers de la matrice ^^ Mais c’est exactement de la même chose dont il s’agit.

Le message de Matrix est par excellence tel que je le conçois un message spinoziste , même si les films pour arriver à cette espèce de conclusion finale passent par tout un tas d’allégories et de démonstrations intermédiaires empruntant à toutes les philosophies et les grandes religions du monde. Je vous avouerais que c’est un parmi tant d’autres aspects qui font que j’adore vraiment ces films.
Modifié en dernier par phoenlx le sam. déc. 25, 2010 7:29 pm, modifié 8 fois.
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Messagepar phoenlx » sam. sept. 20, 2008 9:23 pm

Matrix et judaïsme
Matrix et allusions bibliques, chrétiennes,
Matrix et la gnose


J'aimerais aborder dans ce post un élément qui me marque beaucoup aussi dans la trilogie Matrix : toutes les allusions autour du judaïsme, de la Kabbale (la mystique Juive) , et , parce que c'est pas mal lié, nous parlerons ici un peu aussi des allusions à la Bible (judéo chrétienne) au messianisme, au sionisme , à Israel, et à la Shoah, ce génocide monstrueux des Juifs par les nazis.

Tout ça se retrouve dans Matrix avec un oeil averti.

Commençons par le clin d'oeil à l'évênement le plus tragique : la Shoah. Je pense que ça n'a échappé à aucun de ceux qui ont maté les dessins animés Animatrix. Dans la première partie de Seconde renaissance, on voit les humains vivre côte à côte avec les robots, en paix , jusqu'à ce que l'un d'entre eux tue son maître qui voulait le désactiver. S'ensuit un procès et une véritable haine non contenue de l'Humanité pour les robots, qui se traduit par un véritable « génocide » qui rappèle énormément certaines heures les plus sombres du nazisme ....

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Les références au sionisme et à Israel se retrouvent tout d'abord évidement à travers Sion , cette cité humaine près du centre de la Terre (qui symbolise l'humanité libérée de l'esclavage des machines, un peu comme les anciens hébreux libérés d'Egypte dans la Bible, partis pour le pays de Canaan où sera bâtie notamment Sion autrement dit Jérusalem) On peut d'ailleurs remarquer les nombreuses allusions dans Matrix à l'esclavage des hébreux (ou à leur libération) : Le vaisseau overcraft de Morphéus s'appelle le nebuchadnezzar ( nom anglais de Nabuchodonosor, roi de l'antique Babylone bien connu, qui prit d’assaut Jérusalem après un long siège et déporta les juifs à Babylone, en 587 av. J.-C où ils restèrent longtemps prisonniers) Des scènes de Matrix évoquent par ailleurs la libération au sens large , qui pourraient évoquer la libération du peuple noir (Morphéus brisant ses chaînes dans Matrix 1 c'est l'esclave qui s'émancipe ... symbole aussi du prisonnier de la caverne de Platon qui s'échappe , voir plus haut mon analyse du mythe de la caverne de Platon .. ) Pour Nabuchodonosor , on peut aussi rappeler pour l'anecdote que ce roi babylonien du livre de Daniel était celui qui réclamait qu'on interprête ses rêves étranges .....

Avant d'évoquer plus loin les allusions christiques, on peut noter que Néo rappèle aussi Moïse : Comme le prophète des hébreu il accepte son rôle de messie après une longue période de résistance. Comme Moïse qui dut quitter le confort de sa première vie (lui qui fut adopté dans la famille royale des pharaons) Néo devra quitter sa première vie dans la matrice, avec son confort illusoire, pour découvrir sa vraie nature et revenir ensuite jouer son rôle de libérateur des humains esclaves de la matrice. Néo est donc à la fois Moïse, l'homme nouveau (l'apôtre Paul appelait souvent ainsi le Christ) mais certains y voient aussi une allusion dans son nom à Noé (dont il constitue un anagramme) Noé qui est refondateur de l'Humanité après le déluge. Déluge d'ailleurs qu'on pourrait peut-être voir dans ce déluge apocalyptique de grêle qui sévit à la fin de Matrix 3 lors du combat Smith / Néo)

Mais il y a une autre allusion à Israel dans Matrix : Dans Animatrix Seconde renaissance, on voit les machines rebâtir une nouvelle cité après le « génocide » : cette cité est nommée 01 ( zero one) , nom qui symbolise bien sûr l'aspect binaire du raisonnement des machines mais la prononciation de zero one est aussi proche de celle de Sion (Zion en anglais) et il y a un parallélisme.

De plus, l'emplacement que les machines choisissent pour cette cité est (je cite la voix off) le berceau de la civilisation) mais on voit sur la carte que ça se situe à l'emplacement de l'Israel Biblique en fait. Autrement dit : la capitale des machines , le lieu notamment où on voit Néo se sacrifier en faisant face au deus ex machina dans Matrix revolution, c'est en Israel ^^

On peut remarquer que dans le scénario décrit dans Animatrix, ce pays des machines est créé après le génocide des machines, et pour répondre à un besoin de survie. Les machines à la base veulent simplement ne pas disparaître , et prospérer à côté des humains, en commercant avec eux. C'est l'humanité qui va les rejeter , notamment en les empêchant d'adhérer à l'ONU, ce qui va déclencher la guerre entre les hommes et les machines et le renversement de situation.

J'y vois évidement une analogie très claire à la création d'Israel, l'Etat hébreu fondé peu après la seconde guerre mondiale et les épreuves tragiques de la Shoah pour des raisons de liberté et d'émancipation du peuple Juif. Si on veut pousser le parallèle encore plus loin, on peut constater aussi qu'Israel a prospéré ensuite , notamment économiquement, et aujourd'hui continue à être très mal acceptée par les Nations.

Les frères Wachovski (qui sont Juifs, même si apparemment convertis au bouddhisme d'après certaines sources) avaient sans doute à coeur de traduire symboliquement tous ces éléments rappelant le sionisme dans leurs films et on peut noter à quel point ils ont réussi à le faire finement en les mélangeant à tant d'autres choses et à un scénario prenant dans des films d'action magistraux.

Je n'évoquerai pas en détail ici les multiples allusions à la Bible au sens large (notamment chrétienne) , ni tous ces personnages qui ont des noms qui rappèlent l'Ancien et le Nouveau Testament (des noms comme Jacob, Moser- c'est à dire Moïse , l'un des membres du Hammer, Apoc – pour Apocalypse- sont des exemples ou encore Cypher , le traitre du nebuchadnezzar de Matrix 1, qui fait allusion à Lucifer, et Séraphin le protecteur de l'oracle, qui porte le nom des anges séraphim). Ils sont nombreux dans l'oeuvre, inutile non plus de rappeler les allusions à la sainte trinité dans Matrix ( le nom de Trinity, le trio constitué par Morphéus – le père , guide de Néo- , Néo lui-même – le fils, le messie, l'élu de la race humaine, et Trinity) Néo dont l'autre nom, celui qu'il avait dans la Matrice, Thomas Anderson, évoque quant à lui Saint Thomas (celui qui doute) et ander-son (le fils de l'homme, qui est un autre nom du messie) ; Néo qui par ailleurs comme le Christ meurt à la fin de matrix 1 avant d'être (en quelque sorte) rescussité par le baiser de Trinity pour devenir un autre homme, transcendant la Matrix. Il y a dans les scènes finales de Matrix 1 où on le voit lumineux, interprêtant parfaitement le code de la matrice, des allusions claires à la résurrection. Néo enfin, qui comme le Christ est trahi lors d'un repas (le repas de Cypher et de lagent smith au restaurant) ; Cypher jouant donc ici plutôt le rôle de Judas.

Dieu lui-même, le Dieu chrétien, semble symboliquement présent à travers le personnage de l'architecte, avec sa barbe blanche soigneusement taillée en pointe, mais comme on le verra plus tard, il fait aussi et peut-être surtout référence au Dieu des doctrines gnostiques : le Grand Architecte de l'univers ( qui a inspiré la Notion de Grand Architecte chez les franc-maçons aussi ... )
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Bien qu'il puisse sans doute aussi évoquer le roi des dieux de la mythologie grecque : Zeus (un peu comme dans Saint Seiya avec Kido où je pense on a aussi une volonté d'évoquer les deux ^^ ) , ce qui serait également logique par rapport aux multiples allusions matrixiennes à la mythologie grecque (Niobé, Morphéus, Perséphone, l'Oracle, Oedipe aveugle- Néo les yeux crevés dans Matrix 3 ...)

Thomas Römer souligne que l’idée de grand architecte remonte à une idéologie précise, celle de la gnose qui naît au Ier siècle après Jésus-Christ. Dans ce courant religieux fondé sur le principe de dualité, le Grand Architecte désigne un dieu mauvais, qui a construit un univers matériel auquel l’homme doit échapper.
Le Grand Architecte de la matrice rappelle bien cette puissance créatrice malfaisante, sauf que les héros doivent échapper à un monde virtuel pour re-tourner dans le monde matériel du corps et de la matière authentique ; on a donc une inversion dans Matrix. Tout au contraire, «le monde matériel est mauvais dans la gnose, alors que la matrice est une construction de l’esprit».

Après ces quelques exemples qui montrent le foisonnement d'allusions judéo-chrétiennes et bibliques on peut poursuivre le jeu de piste à l'infini et chercher éventuellement des figures d'apôtres parmi les membres du nébuchadnezzar ...

Tout ça n'a échappé à personne et plusieurs sites web y reviennent en long en large et en travers. Notons d'ailleurs , anecdote pas insignifiante que le thème du messianisme (de l'Elu sauveur) n'est pas seulement un thème chrétien mais aussi Juif ^^ et propre aussi à d'autres religions et mythologies.

Certaines allusions matrixiennes sont parfois plus subliminales. Je citerai l'exemple de l'affiche de Matrix Revolution, avec sa fameuse phrase « everything that as a begining as an end », « Tout ce qui a un début à une fin » , réplique récurrente dans le film, prononcée par l'Oracle notamment, et qui fait prendre conscience à Néo qu'il doit se laisser pirater à son tour par Smith, et se sacrifier.

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Alors que presque toutes les lettres sont en majuscules, on peut remarquer certaines en minuscules , qui forment le mot hébreu THANNIN si on les remet dans l'ordre. Il s'agit d'un synonyme de léviathan.

Le Leviathan est l'oeuvre principale de Hobbes ( un trés grand philosophe ). Ce dernier stipule en somme que chaque homme à le pouvoir de tuer un autre homme à l'état de nature. Plutot que de vivre dans un état de peur constante du à ce postulat de départ , les hommes choisissent d'accepter de donner tous ensemble ce pouvoir qu'ils ont individuellement à une entité suprème : le léviathan.
En renoncant à ce droit, ils acquièrent la sécurité car le léviathan veille sur tous. Ce résumé est trés mauvais et trés court. Mais dans le Leviathan on trouve le détail suivant qui est essentiel : Le léviathan échappe au contrat entre les hommes , il est né du contrat des hommes. En aucun cas il n'a de contrainte puisque il est hors contrat. Il est une résultante. Par conséquent une fois le contrat signé, chacun se retrouve sous la loi du léviathan sans pouvoir avoir un retour sur lui puisqu'à la fois il émane de tout le monde mais de personne en particulier.

Le leviathian renvoit donc à la matrice et au pacte signé entre les hommes et les machines dans animatrix.

A part ça il faut aussi savoir que dans la Bible, dans le livre de job, il est question du Leviathan qui est le monstre de l'apocalypse. Et le leviathan devra se battre contre le messie qui est envoyé par Dieu avec pour mission de tuer le leviathan pour ne pas laisser les ténèbres régner sur Terre.

Bien entendu le messie serait symboliquement Neo, le leviathan seraitt Smith (l'oracle dit que les tenebres commencaient a s'installer -on pense a Smith qui se multiplie indéfiniement) et Dieu pourrait etre le créateur de la matrice autrement dit l'architecte.

Quoiqu'il en soit faut pas aussi oublier le livre de Hobbes rappèle que le leviathan est le symbole du serpent qui se mord la queue. Or comment s'achève revolutions? Il s'agit d'un retour au debut (un rechargement de la matrice ou plutôt de la nouvelle Matrice). Le leviathan (Smith) se detruit tout seul (en absorbant Néo).

Outre Thannin, les allusions à la Kabbale, à la numérologie, au rapport mystique entre les lettres et les nombres sont nombreuses. On peut rappeler le chiffre 101 récurrent (le numéro de la chambre de Néo au début de Matrix 1, mais aussi de l'étage du mérovingien), ou encore 01 pour la ville des machines, 303 (3*101) qui évoque la trinité etc.

 Les frères Washowski dans les rares interviews qu'ils ont données, affirment qu'il y a plus dans leurs films que tout ce qu'on pourra jamais savoir. Quelqu'un dans une émission de radio affirmait que les films Matrix avaient été conçus avec l'aide de très grands kabbalistes.

Alors je dois avouer que j'ai pu d'infos sur tout ça et si certains d'entre vous ont déjà étudié les signes kabbalistiques dans Matrix, n'hésitez surtout pas à en parler ici pour enrichir le topic. Mais je propose quelques pistes d'études issues un peu de mes recherches personelles.

Tout d'abord on peut rappeler certains fondamentaux de la Kabbale, cette mystique Juive, et notamment le rôle important qu'y joue la lumière (c'est également le cas dans Matrix comme l'attestent plusieurs scènes visuelles clé , le moment où Néo pénètre dans la source, ou lorsqu'il marche dans la ville des machines, Matrix 3, on a l'impression qu'il est pénétré de lumière, comme pénétré par une vérité qui éclate enfin en lui ) :

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La Lumière est l’un des mots les plus importants de la kabbale. C’est la plus haute métaphore de l’infini et du divin. Toutes les lumières émanent de l’infini. La kabbale, c’est la réception de cette lumière de l’infini. « Lumière, « vibration » et « énergie » sont les 3 mots clefs de la kabbale pratique.

L’énergie, depuis sa source, se propage dans l’ensemble de l’univers à travers un modèle de 10 « transformateurs d’énergie » appelé Sephiroth.
La réalité vraie (metsiout) est la lumière qui se trouve en chaque chose. La réalité fondamentale n’est donc pas la matière mais l’énergie : tout est énergie.

( Voir mon petit topic sur la Kabbala dans la rubrique Juive du forum )

La kabbale pose comme hypothèse que la grandeur de l’homme est d’avoir la capacité de sentir ces énergies et de les maîtriser. Le kabbaliste est celui qui sait orienter ses pensées dans la bonne direction : c’est la kavana. Le kabbaliste est en perpétuelle remise en question. Il est un « chercheur » de vérité et non un « possesseur » de vérité. Il est celui qui sait s’ouvrir à une perception supérieure, il se « réveille » d’un sommeil intérieur : entendre l’inouï, voir l’invisible et sentir l’immatériel. Il sait voir la richesse incroyable du monde en chaque instant et chaque lieu, sentir la présence divine partout.
On pourrait y voir un parallèle avec l'Eveil de Néo et son long apprentissage de ses facultés de perceptions particulières de la réalité de la matrice, jusqu'à ce qu'il arrive à être complètement maître de l'environnement : voler, se déplacer à toute vitesse etc. Il y a évidement aussi beaucoup de clin d'oeil asiatiques et aux philosophies des arts martiaux et du bouddhisme (la quête de l'illumination) mais j'y reviendrai dans un post ultérieur.
Dans la Kabbale la vibration intérieure de l’homme correspond à 10 rythmes, ou pouls, que l’homme doit essayer de connaître pour les diriger avec justesse. L’analogie avec la musique et la recherche de l’harmonie est aussi utilisée.
Le mouvement est fondamental. La lumière circule à travers tous les mondes. Une fois le monde créé, il est entré dans un processus de remontée vers sa source et s’est construit en allant du bas vers le haut, du moins parfait vers le plus parfait. Cette évolution vers le haut est la source de l’optimisme fondamental de la pensée kabbaliste. L’homme fait partie de cette évolution, il aspire à retourner à la lumière primitive, il aspire à toujours être meilleur, ne pas tomber dans l’autosatisfaction.J'aime voir un clin d'oeil à cet aspiration à la remontée vers la lumière de l'infini de la kabbale dans Matrix 3 lorsque le vaisseau Logos piloté par Trinity et Néo remonte au-dessus des nuages pour échapper aux sentinelles. L'instant est fugace et ne dure pas, mais est synonyme d'émerveillement, alors que nos deux compères contemplent la lumière du Soleil pour la première fois.
Toute la kabbale se fonde sur un schéma vertical : le passage de la lumière de l’infini (or en sof), ou lumière d’en haut, à la réception de cette lumière (qabbala) dans les mondes d’en bas. Entre émanation et réception, les intermédiaires sont multiples. La kabbale est l’étude de ces voies, des mondes intermédiaires qui existent entre le monde supérieur et le monde inférieur.
Ces intermédiaires sont : les lettres de l’alphabet ou le « livre » (sefer) ; les chiffres et l’univers mathématique (sefar) ; la décade des éléments fondamentaux (les 10 sefirot) ; les noms multiples de Dieu et le Tétragramme ; la prière ; etc.
Les chiffres et les lettres de l'alphabet hébreu (auxquelles correspondent des chiffres en fait) sont donc très importants et ont un caractère sacré. C'est lui aussi qu'on peut retrouver quand on a un oeil averti à plusieurs niveaux dans matrix.
Plus de détails ici : http://www.systerofnight.net/religion/html/kabbale.html

Je vais m'arrêter là pour ce soir (dans le prochain article je vous parlerai des références à Spinoza dans matrix ^^ )
Modifié en dernier par phoenlx le sam. déc. 25, 2010 7:05 pm, modifié 4 fois.
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Messagepar phoenlx » mar. sept. 23, 2008 9:37 pm

Je reprend mon trip matrixien. Après avoir survolé les allusions bibliques, juives et kabbalistiques, ainsi que le rapport subtil homme / machines, après avoir brossé la comparaison avec les philosophies de Platon, Descartes, Berkeley , et avant d'attaquer plus tard Baudrillard, Hegel , Nietzshe et Kant, je vais tâcher de brosser toutes les références de Matrix à un philosophe que j'adore : Spinoza. C'est peut-être le lien le plus profond , l'essence même de l'oeuvre (au sens trilogique) mais ça va être plus dur d'en parler, c'est beaucoup plus quelque chose qui "se sent" que se démontre et donc je vais être obligé d'en parler par étapes en abordant un autre thème important avant : Matrix et les arts martiaux ( un paragraphe que j'appèlerai la Voie du guerrier, et qui nous permettra d'aborder l'essence asiatique de l'oeuvre, et notamment bouddhiste, hindouiste et taoiste , sur laquelle on reviendra en long en large et en travers plus tard ). Je serai obligé aussi de faire des disgression pour bien expliquer des points du scénario parfois un peu obscurs chez certains, et je précise d'ailleurs que mon interprêtation n'est pas forcément LA BONNE j'ai toujours considéré un peu ces films comme adaptables à la vision des spectateurs, du moins dans une certaine mesure.


LA VOIE DU GUERRIER

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Dans Matrix, on a un fait qui saute aux yeux à tel point qu'il n'étonne même plus (en tout cas ceux qui en général aiment ces films car c'est aussi parallèlement une raison qui énerve parfois les autres) : on à affaire à un film d'action bourré de combats. Mais au fond pourrait-on se demander : Pourquoi des combats ? Pourquoi cette quête initiatique de néo, ce parcours vers la vérité est-il jalonné par tous ces combats. On aurait pu imaginer un scénario un peu similaire mais sans toutes ces « chinoiseries » (si vous me permettez l'expression lol ) : est-ce que c'est juste pour faire beau ? Épater le spectateur ? Insérer des hommages aux manga shonen, aux films de kung fu de Hong Kong ?

Evidement non, il y a un sens bien plus subtil et profond. On peut d'ailleurs d'emblée y voir une certaine contradiction avec le bouddhisme zen : Dans Matrix, pour parvenir à ses fins, on n'hésite pas à tuer, ça se castagne sans cesse et on fait pas semblant (rappelez-vous la réplique de Morphéus à Néo : dans la matrice, toute personne est potentiellement un agent. Autrement dit, Néo devra apprendre à tuer sans hésitation n'importe lequel de ces pauvres humains branchés à la matrice, lesquels peuvent s'en trouver n'importe quand parasités par un agent qui se télécharge en eux).

J'ai toujours vu dans ces allusions le petit côté rebelle anarchiste de Matrix. Combattre un système en se disant : tous ceux qui ne combattent pas le système avec nous, sont AVEC le système et potentiellement des ennemis au même titre, c'est très radical.

Certains analystes évoquent d'ailleurs clairement l'inspiration marxiste qu'aurait Matrix, où les individus soumis à une illusion permanente et considérés uniquement comme source d'énergie par les maîtres de la planète symbolisent le prolétariat. Un autre point de vue récurrent y voit d'ailleurs aussi une vision tiers-mondiste en arguant du fait que les agents sont toujours des blancs habillés uniformément à l'occidentale, alors que les autres personnages reflètent, surtout à partir du deuxième film, la diversité des populations de la planète. Matrix , film de gauche ou d'extrême gauche ? Je vous laisse en juger (on peut sans doute trouver des exemples de la thèse inverse)

En tout cas dans la conception des choses qui consiste à être prêt à éliminer toute personne du système car elle serait potentiellement un agent, on est loin de la philosophie pacifiste du bouddhisme (du moins tel qu'il est souvent perçu dans l'imaginaire populaire). Pourtant, il y a quelque chose de très asiatique dans le fait de parvenir à s'accomplir (comme c'est le cas dans Matrix) à travers les combats, c'est à ça que je faisais référence en parlant de la Voie du guerrier (qui a un rapport avec le taoïsme)

Le Bushido (la voie du guerrier) : Matrix et les arts martiaux

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Je poste pour introduire mon paragraphe cette petite image de Cis ( voir le Animatrix : Programme) parceque ce petit film d'animation présente deux persos branchés à un programme d'entrainement qui respire bien le Japon ancien (jusqu'aux moindres détails avec l'emblème bien connu du clan Takeda sur sa tunique ^^ ) et il symbolise bien je trouve l'essence générale très asiatique des combats de Matrix et les références au Bushido , le code d'honneur des samouraï , que j'aborde maintenant.

Le Bushidô englobe les multiples préceptes et codes régissant la vie de l'élite guerrière des samouraï. ( bushi signifie " guerrier " et dô, la " voie " )
Il faut bien comprendre que l'essence profonde du Budo est de transformer les techniques brutales de guerre en arts, sans soucis de l'efficacité guerrière. Le but devient bien moins de protéger sa vie que d'atteindre une sorte d'illumination spirituelle (ça va vraiment de pair) Il s'agit d'une quête de soi-même avant tout. L'ennemi est en soi, dans les illusions de l'ego, qui nous empêchent de voir notre vraie nature.

S'il ne craint pas la mort, le Samouraï n'en est pas pour autant suicidaire. Sa mort au combat répond à une tentative de rétablir un équilibre vital détruit.

Dans Matrix 3 , néo répond par sa mort et son sacrifice à un déséquilibre engendré par le “Bug Smith” , lequel est son opposé. L'équation s'annule par la réunion des deux opposés (Néo , l'Unique, et Smith, l'anti-Néo, le multiple) et c'est ceci qui sauve la situation et donne tout son sens aux actions de Néo. Sa mort. De même que dans la morale du Buchido, sa mort permet ici de rétablir un équilibre.

La mort du samouraï est le garant d'une vie juste. Reste à s'entendre sur le terme " juste ", reste à déterminer le moment où le déséquilibre devient chaos. Reste à établir la frontière entre une vie difficile et un calvaire. A chacun de fixer ses limites et de créer son propre Bushidô, en gardant constamment à l'esprit que le Bushidô ne se contente jamais d'être le véhicule de profondes réflexions philosophiques. Il cherche d'abord et avant tout à les rendre effectives. Son objectif premier est toujours de transformer la théorie en pratique.
Le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir. S'il perd le combat et s'il est obligé de livrer sa tête (…) il mourra en souriant, sans aucune vile allure.

Derrière tout ça il y a sans doute un petit enseignement pour notre époque, où la culture de la gagne est très souvent mise en avant. Le tantrisme tibétain, tout comme le Y-King, nous apprennent eux aussi que le gain et la perte sont les deux faces nécessaires d'une même pièce : l'apprentissage de la vie. Comme le dit Yagyu Munenori « Vouloir uniquement gagner est une maladie. Chercher uniquement la technique par accumulation des entraînements est également une maladie »

On peut se rappeler dans Matrix une scène qui évoque très bien cela, lorsque Néo pense battre Morphéus dans le programme d'entraînement, alors qu'il n'a fait que télécharger dans son esprit des programmes de Kung fu, de Ju jitsu et autres arts martiaux. Il n'en maîtrise que la technique et pas les fondamentaux.

Comme l'explique très bien Kenji Tokitsu « l'apprentissage du Budo commence avec la technique corporelle, mais celle-ci n'en constitue qu'une petite partie, l'essentiel étant que notre subjectivité existe à chaque instant et dans chacun de nos gestes »

Dans Matrix Néo doit apprendre à se défaire de son égo et de sa subjectivité, pour progressivement appréhender le fait que l'environnement de la Matrix n'est qu'une illusion, et que la souffrance peut être transcendée , et une toute nouvelle approche des mouvements acquise lors des combats. Les combats seront donc la voie qui lui permettra de vaincre les illusions de la Matrice.

Derrière l'importance des combats dans Matrix, il y a donc cette idée forte de la réalisation personelle (au sens noble du terme) à travers le combat. On y retrouve d'ailleurs de multiples allusions dans les répliques, on peut citer celle de Séraphin à Néo, après leur simulacre de combat au début de Matrix 2 « On ne connait vraiment quelqu'un qu'en le combattant »


Je poursuivrai par deux paragraphes qui reviennent sur deux points importants de compréhension des films, qui me serviront à aborder Spinoza et le panthéisme.

Pourquoi c'est Néo qui doit recharger la Matrice ?

La question simple que certains fans qui ont pas bien compris les films se posent parfois c'est : Pourquoi est-ce que ça doit être Néo qui recharge la matrice (en allant à la source) Pourquoi les machines ne le font elles pas elles-même et par corollaire, puisque ça doit être Néo, pourquoi les machines cherchent elles à le tuer.

Voici ma réponse.

Les machines en réalité ne veulent pas tuer (ou supprimer) L'élu. Elles veulent supprimer Néo en tant qu'élu potentiel mais non avéré, c'est un peu différent car de leur point de vue, au départ de la trilogie et même jusqu'au moment du face à face néo / architecte, Néo n'est pas forcément l'Elu. C'est une probabilité mais qui ne se confirme qu'au fur et à mesure de l'avancement de la trilogie à travers ses exploits dans la matrice.

L'elu est un bug pour la matrice, un risque de crash. d'où l'intérêt pour la matrice de le maîtriser. Mieux même : l'idée forte de l'architecte est d'utiliser l'élu pour que son code se réinsère dans la matrice (en allant à la source) de cette manière, la version suivante de la matrice est une version améliorée, qui tient compte de la particularité de l'élu.

Si l'élu n'allait pas redisséminer son code lui-même , en gros (c'est comme ca que je le vois) la matrice serait rechargée mais , disons, à l'identique. Or chaque nouvelle version tente de se rapprocher de plus en plus finement des aspirations de la race humaine pour éviter à nouveau des bugs. D'où l'importance de l'élu comme programme de contrôle, c'est un feedback, une boucle de rétroaction

Donc le but des machines est bel et bien d'attirer l'élu vers la source. Maintenant le problème c'est justement (de leur point de vue) : néo est-il vraiment l'élu?

Ce n'est pas forcément le cas , et il se pourrait simplement qu'il soit un humain plus "ordinaire" un peu comme Trinity , Morphéus et les autres rebelles, acquérant certains pouvoir dans la matrice mais incapable de la maîtriser totalement comme Néo le fait (il faut bien distinguer ce que fait un Elu, comme Néo , et les autres, et je vous encourage si vous le pouvez à lire le chapitre du livre Matrice : machine philosophique, titré La voie du guerrier, où sont brossés notamment des parallèles entre les combats dans Matrix et la philosophie des arts martiaux asiatiques. C'est intéressant pour justement bien percevoir ce que l'élu a "de plus" , de vraiment spécial. C'est un peu ce que je racontais précédement en résumé. Néo finit par transcender totalement la matrice et plus rien ne lui est impossible, il vole , évite les balles , mais il fait bien plus encore. Même la mort ne l'atteint plus car son esprit a “compris” parfaitement que c'est virtuel. Que son corps est ailleurs.
Lorsqu'à la fin de Matrix 1 il meurt, transpercé de plusieurs balles, il est à ce moment là (dans le monde réel) dans une sorte de coma, et mort dans la matrice. Son coma l'aurait probablement mené à la mort dans le réel aussi s'il n'y avait pas eu le baiser de Trinity qui change tout. Grâce à lui ( un peu comme certains comateux dont on dit qu'ils parviennent à sentir ce qui se passe auteur d'eux, qui entendent des sons etc) l'esprit de néo dans le réel n'a pas basculé , il a continué à vivre, et ça implique une prise de conscience, une sorte d'éveil au sens bouddhiste du terme. Il se réveille de la mort dans la matrice et à partir de ce moment, il a en quelque sorte complètement intégré ce qu'est la matrice. Il en perçoit les lignes de code jusque dans les moindres détails, elle n'a plus aucun secret pour lui. C'est l'élu véritable !!! Un être avec une perception , un éveil parfait qui n'a plus rien à voir avec les “simples” pouvoirs de Morphéus et des autres. Il faut bien comprendre ce point.
Il y a donc une différence claire à saisir entre les élus (comme Néo et ses prédécesseurs) et les élus potentiels mais dont le potentiel ne se réalise pas pleinement, et les rebelles et autre. Les machines cherchent dans l'histoire à détruire les “faux élus” et c'est pour ça que Néo est sans cesse attaqué dans la matrice (car il pourrait être un faux élu) mais le but des machines est d'amener le vrai élu à la source, pour profiter de son code en vue d'une amélioration.

Toutes les épreuves imposées à Néo dans les films 1 et 2 , les agents hostiles oeuvrant pour le faire échouer etc , visent surtout pour les machines à s'assurer qu'il est bien l'élu. S'il n'est pas l'élu, il mourra pendant ces épreuves et c'est le but. S'il est l'élu : il arrivera immanquablement à la source, car il a forcément le pouvoir de passer ces épreuves. Et donc, à la source, il se retrouve en état d'être contrôlé.


La différence Oracle / architecte

J'attaque le deuxième point important avant mon blabla philosophique.

Ce qu'il faut bien comprendre aussi , et qui est parfois flou pour certains, c'est la grosse différence entre le rôle de l'Oracle et celui de l'architecte.

L'architecte raisonne de manière très binaire, très mathématique : son raisonnement se résume en gros à :
* s'il y a un élu ---> Il faut le maîtriser, l'attirer à la source, redessiminer son code et reloader la matrice en tenant compte des ajustements pour améliorer la version suivante (ce que je viens de raconter) L'architecte se moque totalement par exemple de considérations comme la paix entre les machines et les hommes, ce qui lui importe en tant que concepteur de la matrice c'est la stabilité de cette dernière et la viabilité de ce fameux rapport maître / domination entre les machines et les hommes.

Mais l'oracle est plus subtile. Elle a le même but en gros (une matrice améliorée, plus stable) mais d'une part elle cherche je pense à "tendre" vers la paix entre les hommes et les machines (car elle a compris plus subtilement que cette condition aide la réalisation de la précédente) et surtout, l'oracle est un programme intuitif, qui va chercher à désequilibrer les équations gérant la matrice là où à l'inverse l'architecte cherche à les équilibrer. Ca veut dire quoi ?

Ca veut dire que là où l'architecte chercherait systématiquement à réduire les anomalies (et à les contrôler) l'oracle au contraire se permet parfois de créer des bugs, quitte à prendre des risques, pour créer des conséquences inattendues mais en se disant qu'elles finiront par être quand même contrôlées, et le "plus" c'est qu'on aura une matrice encore améliorée. Prendre ce qu'on pourrait appeler des “mini risques positifs”

C'est l'oracle qui introduit en l'élu (néo) de l'amour pour Trinity, les anciens élus à l'inverse, au moment du choix, prenaient toujours l'autre porte, celle qui conduit au salut de Sion. Néo est différent car son amour pour trinity est plus fort encore que son désir de sauver la race humaine , même s'il a l'espoir de réaliser les deux, sans trop savoir comment à la fin de Matrix 2. C'est bien évidement l'oracle qui a créé cette situation, qui l'a voulu et qui a tout orienté en ce sens (notamment en influençant Néo et Trinity subtilement en leur parlant, et en faisant naître de l'amour en eux, comme le montre certaines répliques de Matrix 1 lors de la première rencontre Néo / l'oracle ... )

L'Amour, sentiment humain par excellence, était en quelque sorte un "sujet d'étude" pour l'oracle en vue de mieux prendre en considération ce sentiment dans les versions suivantes de la matrice.

C'est aussi l'oracle qui permet le retour du "bug Smith" , autre déséquilibre provoqué volontairement ; Pourquoi ? Je vais donner mon explication mais pas sûr que ce soit la bonne. En tout cas tel que je vois le truc, le bug Smith (qui finit par pirater toute la matrice a la fin de matrix 3) c'est quelque part justement ce qui permet de "compenser" la spécificité de l'élu Néo , lequel , pour les raisons qu'on vient de voir, est le premier à ne pas prendre la bonne porte comme ses prédécesseurs , à cause de l'amour. Tout aurait pu donc mal se finir.

Néo ne redissemine pas son code à la fin de matrix 2, il décide de sauver Trinity, revient dans le monde réel. Des lors la procedure habituelle s'enclanche : les machines cherchent à détruire Sion etc mais il y a 24 heures de délai. Ce que souhaite évidement l'oracle, et qui a prévu ce scénario depuis très longtemps, c'est que Néo parvienne plus tard de lui-même à sauver la situation. A disseminer son code comme il aurait du le faire à la fin de matrix 2 , mais du coup il faut une condition supplémentaire : neutraliser Smith (sinon c'est ni l'humanité ni les machines qui gagnent mais Smith et c'est un risque volontaire que prend l'oracle, laquelle "mise" fortement sur Néo).

Et c'est ce qui se produit. Néo comprend que Smith est en quelque sorte son opposé, et qu'il peut le neutraliser comme il le fait dans la scène à la fin, en se laissant pirater, mais à condition d'être en même temps branché au programme central , lequel reloade alors la matrice en profitant notamment du code de Néo pour faire une amélioration de la matrice future nouvelle version.

L'oracle a joué un jeu dangereux mais comme elle l'explique à l'architecte dans la scène finale "tout changement est dangereux" ; l'oracle a pris ces risques pour tendre vers la situation de paix (peut-être paix provisoire mais paix quand même) et elle a gagné son pari ; Il est intéressant pour finir (d'un point de vue philosophique) de constater qu'à la fin elle l'explique à Séraphin en disant qu'elle ne "savait pas" mais qu'elle "avait la foi"

La foi semble un sentiment à proprement parler humain, il semble que l'oracle à force d'étudier la psyché humaine et de jouer ce rôle commence à se rapprocher un peu de ses objets d'étude, un peu comme ces programmes particuliers qu'on voit dans Matrix 3 (Ramakandra, Sati etc) qui semblent aussi commencer à leur manière à éprouver des débuts de sentiments humains.

Je trouve ça assez beau car ça fait en même temps réfléchir sur ce que nous sommes, ce qu'est la vie, on retrouve tous les questionnements philosophiques habituels, qu'est-ce qui nous différencierait d'une intelligence artificlle extrêmement élaborée ? C'est une question abordée fréquemment dans la SF et que matrix aborde en plus d'une foultitude d'autres choses.

Au-delà de ça et pour finir, je voudrais insister sur le caractère assez "panthéiste" voilé de la trilogie matrix.
Spinoza dans Matrix ?
Symboliquement, si Néo est "l'Unique" Smith est "le multiple" comme on l'a vu Ils sont complémentaires et opposés. L'un est destiné à équilibrer les choses l'autre à les déséquilibrer.

Il y a beaucoup de symbolique derrière celà.

Néo au final est une sorte de messie qui finit par sauver les deux peuples (humains et machines) via son sacrifice, et son sacrifice très spécial revêt un caractère très particulier puisqu'on le voit finalement "se fondre" à son ennemi pour l'annuler. Et comme tous les élus, son code est ensuite redisseminé dans la matrice.

J'y vois pour ma part un parallèle avec certaines philosophies panthéistes, que ce soient les panthéismes mystiques comme on en retrouve dans certaines religions asiatiques (taoisme .. ) ou le panthéisme rationnel à la Spinoza. Ces philosophies nous rappèlent qu'on fait partie intégrante de la nature, auquel notre corps retournera pour s'y fondre, et souvent les panthéismes insistent à leur manière sur la source d'espoir qu'une telle réalité constitue, l'idée de la mort semble moins terrible que dans d'autres philosophies (c'est l'idée que la mort fait partie de la vie). On est à l'opposé des conceptions dualistes, comme celle des religions monothéistes, qui consistent à séparer la réalité en deux (l'âme / le corps; le monde matériel / le monde spirituel ; le monde terrestre / le monde après la mort : enfer et paradis etc etc )

Les panthéismes sont des monismes à l'inverse (idée que la réalité est UNE) Il y a une seule substance. L'âme en quelque sorte n'existe pas et est simplement une résultante de la complexité de nos cerveaux ; Les panthéismes vont jusqu'à dire que Dieu existe, mais Dieu c'est la nature.

L'idée forte est que la réalité est une et indivisible, et que la mort fait partie de la vie. Rien ne meurt, ne disparait vraiment. Tout se transforme. Nous sommes poussières d'étoile et poussières d'étoile nous redeviendrons. Mais la nature elle, au sens global, poursuit son chemin, et notamment la génération automatique de structures plus complexes, plus d'émergence (qui sait quelles formes de vies émergeront peut-être dans le futur , sur Terre ou ailleurs ? Bien malin qui pourrait le dire. L'idée d'une Intelligence artificielle qu'exploite Matrix et beaucoup d'oeuvres SF en est un exemple parmi plein d'autres possibles). Il y a en bref dans ces conceptions panthéismes une tendance à souligner et bien rappeler l'unité de la nature et de sa substance et une sorte d'appel pour nous les hommes à la ressentir (par l'étude, ou par la méditation si on se réfère aux panthéismes de certaines religions) et ce ressenti doit nous permettre non seulement d'atteindre le bonheur en nous libérant d'une impression fausse de la réalité, hérité des monothéismes et des apparences trompeuses du monde sensible, mais aussi doit nous permettre de repenser notre rapport au monde ...

De manière très subtile, Matrix parle de ça aussi. J'aime beaucoup ces scènes où on voit Néo comme se fondre dans la lumière , semblant être en symbiose avec ce qui l'entoure, et ces scènes présentes dès Matrix 1 où on le voit en fusion avec la matrice, lorsqu'il perçoit totalement le code pour la première fois. A la fin de la trilogie, Néo en quelque sorte "retourne au Tout". Son code est réinséré. Il est mort mais il survivra quelque part dans la version suivante de la matrice, c'est je pense ce que veut dire un peu l'Oracle à la petite Sati à la fin (notons que le choix de programmes d'inspiration indienne pour illustrer ce thème- Rama kandra, sa femme Kamala, Sati - n'est pas anodin, la religion hindoue étant basée sur une forme de panthéisme. Le générique final de matrix 3 avec ses paroles basées sur les Upanishad, ces textes sacrés hindous, n'est pas un hasard non plus.. )
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Rama Kandra

Le premier Matrix nous montre une réalité des choses très manichéenne, les machines, la matrix et les agents semblant incarner le mal, mais par la suite les films mettent de la nuance ; Loin d'être cette représentation simpliste du mal , j'ai toujours vu personellement la matrice comme une représentation de la nature réelle (paradoxalement). C'est là d'ailleurs que les films aiment à nous embrouiller en inversant tout, et en inversant notamment certaines philosophies dont ils s'inspirent. Quelque part, la matrice, c'est bel et bien le monde réel (le notre ^^ ) On peut constater qu'il y a des cycles de la matrice, un peu comme le samsara, cet éternel recommencement de l'univers , dans certaines religions d'Asie. On rejoint aussi les religions indiennes. La matrice symbolise donc quelque part la nature réelle et les images de fusion lumineuses de Néo avec le monde des machines à la fin serait transposables à une union de l'humanité avec la nature ( en tout cas, c'est le message subliminal) c'est ce que je vais mieux expliquer ensuite, mais après avoir parlé de la dialectique de construction des films.

La dialectique de la trilogie :
FILM 1 : dualisme / manichéisme
FILM 2 et 3 : monisme


Si le premier film matrix 1 est très dualiste d'inspiration (c'est beaucoup plus le judéo christianisme et la Bible qui inspirent le scénario: on a des références au messianisme , et donc un certain dualisme baigne le premier film, induisant un manichéisme manifeste : on vu que le Bien / le Mal sont grosso modo respectivement : l'humanité / les machines... )

à l'inverse les deux films suivants de la trilogie brouillent les cartes et sont bien plus monistes par essence et inspirés par les religions d'Asie (hindouisme, taoisme, bouddhisme) même si le bouddhisme est aussi très présent dans le 1 à travers les arts martiaux.

J'aime beaucoup cette dialectique et c'est pour ça , je pense , qu'il faut absolument DEPASSER le premier film. C'est comme une dissertation ; si on ne voit que Matrix 1 : on ne lit que la thèse, non l'antithèse, encore moins la synthèse. Je pense et trouve dommage que les spectateurs qui s'arrêtent au 1 s'arrêtent où ils trouvent , peut-être de manière inconsciente, que les films s'écartent de leur propre point de vue pour partir dans un délire dans lequel ils se reconnaissent peut-être moins, et c'est révélateur quelque part du fait que les films Matrix "tapent juste" !! Ils entraînent le spectateur à lui-même se remettre en cause totalement à travers toutes ces allusions parfois contradictoires. Mais il faut bien saisir cette dialectique de la remise en cause permanente.

Le premier film est pas mal manichéen , là où le 2 et surtout le 3 apportent de la nuance ; nuance renforcée quand on a vu Animatrix Seconde renaissance, quand on se rappèle que cette situation est venue à cause de la folie des hommes : à la base les machines étaient pacifistes ce que Morphéus se garde bien de dire à Néo lorsqu'il lui parle de la guerre Homme / machines dans le flashback de Matrix 1 !! ( voir mon post plus haut sur la relation hommes / machines )

Mais il y a eu à la base une sorte de "génocide" des machines qui a entraîné ensuite la création d'une nouvelle nation (zero one, qui sonne un peu comme "Sion" ^ ^ ) nation basée "là où est le berceau de l'humanité" je cite .. laquelle nation est ensuite rejetée par l'ONU etc

Comme on l'a vu plus haut ça évoque un peu le génocide des Juifs, la Shoah, la création d'israel, le sionisme.

Les frères Wachovski étant Juifs à la base (mais convertis au bouddhisme) c'est pas étonnant qu'on retrouve toutes ces métaphores dans leurs films. Ils ont cherché à faire passer plein de messages subliminaux. Ou plutôt que des messages, nous entraîner plutôt à nous interroger et nous poser des questions. Il ne faut pas s'arrêter à certains messages qu'ils semblent dispenser car souvent un élément vient ensuite les contredire.

La richesse du scénario de la trilogie est à mon sens beaucoup dans cette logique de la dialectique (que nous verrons en détail ensuite en abordant Hegel, le philosophe)
Ainsi pour percevoir l'âme de Matrix il faut dépasser la logique manichéenne du premier volet (les machines = le Mal) en considérant l'exemple d'animatrix seconde renaissance, et ce que nous montre la fin de la trilogie : l'âme de Matrix pour moi elle est dans cette relation subtile homme / machines vue plus haut. Au début, c'est très manichéen mais après on se rend compte au final qu'il faut que les deux peuples ennemis entrent en quelque sorte en symbiose, coopèrent intelligement. Là seulement existe un avenir viable.
C'est la grande question qui commence à poindre dans le petit dialogue entre Néo et le conseiller Hamman dans reloaded : le gros problème de l'humanité , problème que n'a pas encore dépassé Néo à ce moment là (qui a toujours un wagon de retard) c'est qu'on a toujours cherché à avoir une relation de contrôle sur nos technologies. C'est ce qui dans Matrix provoque la catastrophe : les machines finissent par ne pas l'accepter, finissent notamment par ne pas accepter d'être les esclaves des hommes, pouvoir être débranchées selon leur bon vouloir etc. Elles commencent à acquérir une sorte de "vie propre" et veulent simplement survivre. Derrière ça il y a évidement le mythe du Golem, la création de l'homme qui se retourne contre lui et qui devient dangereuse pour l'Humanité. Ou Frankestein.

Le problème de l'homme est qu'il cherche à avoir cette relation de domination, de maître / esclave, avec tout sans en mesurer les conséquences : avec la nature ---> cf les problèmes d'environnement actuels, avec lui-même : l'esclavage des peuples, les peuples qui s'entredéchirent ..
La contrepartie serait non pas une relation de contrôle par rapport à l'environnement mais une symbiose : arriver à tirer partie des ressources naturelles de manière plus intelligentes sans violer la nature , sans la polluer etc. Idem pour nos relations entre nous.

Et évidement, avoir le même rapport intelligent de symbiose avec nos technologies, éviter par exemple (là c'est l'inverse) de finir par être esclaves de nos ordinateurs, de nos téléphones portables, de nos voitures sans lesquelles certains ne peuvent plus rien faire ... Créer en quelque sorte une société totalement repensée, jusque dans ses fondements. Sans revenir à l'état de nature mais en repensant complètement notre rapport aux choses.

Les histoires de symbiose homme / technologie ont été très bien abordées dans le livre : l'homme symbiotique, de Joel de Rosnay (voir plus haut).

Matrix à sa manière aussi nous invite à repenser nos rapports avec notre environnement, nos technologies, nous-même. L'idée c'est d'arriver en quelque sorte à une symbiose intelligente, laquelle nous libèrerait enfin d'une certaine forme de servitude, d'angoisse existentielle. Il y a quelque chose de très spinozien je trouve la-dedans.

_______________________________
Pour finir ce post j'aimerais donner mes sources d'inspiration pour cette petite synthèse personelle : d'une part le premier chapitre du livre Matrice : machine philosophique (j'ai repris certains éléments en les résumant et certaines citations autour des arts martiaux) ainsi que plusieurs sites web (dont ce site consacré à la trilogie http://matrix101.free.fr/encryptes.htm ) , certains sites sur le Bushido (notamment celui-ci : http://www.asukado.net/home/bushido.html) et Wikipédia pour la présentation de Matrix + le DVD bonus “Les origines de Matrix” du coffret en 10 volumes sur les implications scientifiques et philosophiques.
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Messagepar Doctor Jones » mar. sept. 23, 2008 9:43 pm

Les Matrix vont sortir en Blu-Ray (dans un coffret) Je pense qu'il y'aura les Animatrix également.

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Messagepar Doctor Jones » mar. sept. 23, 2008 9:45 pm

Ton coffret tu la payé combien Fred ?

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Messagepar phoenlx » mar. sept. 23, 2008 11:57 pm

Oulala je me souviens plus. je l'ai acheté ya 2-3 ans. J'ai du le payer quand même assez cher car il y a quand même 10 DVD + la statue de Néo et un petit livret, je crois que c'était dans les 90 euros mais il doit coûter moins maintenant, s'il est encore vendu.

Je dois dire qu'au début j'en ai pas beaucoup profité. Je l'avais un peu acheté influencé par Neault à l'époque , qui était un gros fan de ces films, et je sais même pas si je l'aurais pris de moi-même car à l'époque j'avais les DVD simples è que j'ai revendu depuis ça me faisait doublon. A l'époque j'étais surtout dans un gros trip SDA mais avec le recul je me dis que j'ai vraiment bien fait de l'acheter. Il est génial ce coffret. Il vaut vraiment son prix ya les animatrix et tout (avec les commentaires des réalisateurs et plein de bonus vraiment cool)

Le blue ray ça commence à m'intéresser de plus en plus mais les lecteurs sont encore chers ..
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Messagepar Doctor Jones » mer. sept. 24, 2008 12:12 am

phoenlx a écrit :Le blue ray ça commence à m'intéresser de plus en plus mais les lecteurs sont encore chers ..


La PS3 c'est le lecteur le moins cher.

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Messagepar Doctor Jones » jeu. oct. 30, 2008 11:56 pm

je regarde le combat final Néo vs Smith de Matrix Revolutions, au moins les freres Wachowski ont su adapter DBZ en une séquence. lol

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Messagepar phoenlx » ven. oct. 31, 2008 12:12 am

C'est clair que DBZ en comparaison ça va être minable :PTDR:
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Les films Matrix : INCONTOURNABLES

Messagepar phoenlx » mer. avr. 15, 2009 3:03 pm

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Je fais rebondir Matrix qui décidément passionne pas grand monde ici, ... EDIT début 2010 : Bon finalement je fusionne les deux anciens topics

je veux parler de cette trilogie culte qui avec le seigneur des anneaux (et tout en étant très très différente au niveau de la forme) m'a moi énormément marqué, j'ai presque envie de dire, a FONDE certains aspects de ma personalité, de ma philosophie , et en tout cas, m'a énormément fait réfléchir

Matrix, depuis l'origine des ailes d'ailleurs "baigne" le forum, un peu comme une cosmo-énergie ( cf saint seiya ^^ ) qui serait présente partout, diffuse, puissante, sans qu'on s'en aperçoive forcément, mais bel et bien là. La présence ancienne de Neault n'y est pas pour rien, mais n'est qu'une partie de ce que je veux dire.

ces nouveaux posts sur matrix complétant les anciens serviront à remettre certaines choses à plat, synthétiser peut-être ma pensée, mon analyse des trois films, et dire ( d'un seul bloc) POURQUOI ils m'ont marqué et pourquoi, je pense , il faut non seulement les voir, mais aussi et surtout : Ne pas se contenter de voir et d'apprécier le seul volet 1 ( qu'en général, les fans adorent alors que les deux autres sont beaucoup plus critiqués)

Tous ces points que nous allons voir ici, j'avais envie de les aborder avec les fans depuis longtemps mais, jusqu'ici j'arrivais mal à formuler. C'est pourquoi mon post sera LONG (adeptes des posts de 3 lignes s'abstenir) mais je vais essayer de le structurer un peu.

----> Mon prochain post sera donc, dans un premier temps, un copier coller d'un post que j'avais rédigé il y a plusieurs mois sur le forum Allocine, où je répondais en fait à la question d'un membre ( Fadeuk ) , avant de disgresser sur Matrix en général.

-----> Mais dans la deuxième partie du texte j'esquisse un début de réflexion philosophique sur la trilogie Matrix en général (lisez plutôt celle-ci si vous détestez mes tartines, mais j'écris au préalable en répondant à Fadeuk des choses qui éclairent ce que je dis ensuite, donc l'idéal est de lire tout ^^

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Messagepar phoenlx » mer. avr. 15, 2009 3:03 pm

Voici ce que j'avais écris sur allociné , en répondant à un certain Fadeuk qui me demandait (dans le fil d'une discussion)

Fadeuk a écrit :Ok les machines veulent tuer Neo mais ca me dit pas pourquoi les machines ne rechargent pas la matrice elles même


(En gros dans le topic en question, certains cherchaient un peu à démêler le scénario de Matrix, qu'ils trouvaient obscur, et absurde d'une certaine manière : Pourquoi notamment toutes ces épreuves, toute cette mise en scène, durant les trois films, pour arriver finalement au point de chute)

Voici la réponse que je donnais ( possible que certains points soient critiquables, il s'agit de MON avis, de MON interprêtation) :

Les machines en réalité ne veulent pas tuer (ou supprimer) Néo. Elles veulent supprimer l'Elu, c'est un peu différent car de leur point de vue, au départ de la trilogie et même jusqu'au moment du face à face Néo / Architecte, Néo n'est pas forcément l'Elu. C'est une probabilité mais qui ne se confirme qu'au fur et à mesure de l'avancement de la trilogie à travers ses exploits dans la matrice.

L'elu, comme celà a été expliqué dans sur divers forums et (dans le deuxième film) lors du discours de l'architecte, l'élu est un bug pour la matrice, un risque de crash.

---> D'OU l'intérêt pour la matrice de le maîtriser. Mieux même : l'idée forte de l'architecte est d'utiliser l'élu pour que son code se réinsère dans la matrice (en retournant à la source) de cette manière, la version suivante de la matrice est une version améliorée, qui tient compte de la particularité de l'élu.

Si l'élu n'allait pas redisséminer son code lui-même, en gros (c'est comme ca que je le vois) la matrice serait rechargée mais , disons, à l'identique. Or chaque nouvelle version tente de se rapprocher de plus en plus finement des aspirations de la race humaine pour éviter à nouveau des bugs. D'où l'importance de l'élu comme programme de contrôle : L'élu est un feedback, une boucle de rétroaction, au sens informatique et cybernétique du terme.

Donc le but des machines est bel et bien d'attirer l'élu vers la source. Maintenant le problème c'est justement (de leur point de vue) : Néo est-il vraiment l'élu?

Ce n'est pas forcément le cas , et il se pourrait simplement qu'il soit un humain plus "ordinaire" un peu comme Trinity , Morphéus et les autres rebelles, acquérant certains pouvoir dans la matrice mais incapable de la maîtriser totalement comme Néo le fait (il faut bien distinguer ce que fait un Elu, comme Néo , et les autres, et je vous encourage si vous le pouvez à lire le chapitre du livre Matrice : machine philosophique, titré La voie du guerrier, où sont brossés notamment des parallèles entre les combats dans Matrix et la philosophie des arts martiaux asiatiques, et les grands principes du Bushido. C'est intéressant au-delà des inspirations, pour justement bien percevoir ce que l'élu a "de plus", de vraiment spécial, et unique.

Toutes les épreuves imposées à Néo dans les films 1 et 2 visent surtout pour les machines à s'assurer qu'il est bien l'élu.

* S'il est l'élu : il arrive immanquablement à la source, car il a forcément le pouvoir de passer ces épreuves. Et donc, à la source, il se retrouve en état d'être contrôlé.

* S'il ne l'est pas il meurt pendant ces épreuves et c'est ce que les machines cherchent à faire pour tous les humains (qui ne sont pas l'élu) comme pour les rebelles, pour des raisons qu'on peut comprendre.



La différence Oracle / architecte

ImageImage

Maintenant ce qu'il faut bien comprendre aussi , et qui est parfois flou pour certains, c'est la grosse différence entre le rôle de l'Oracle et celui de l'architecte.

L'architecte raisonne de manière très binaire, très mathématique : son raisonnement en gros se résume à ceci :

* s'il y a un élu ---> Il faut le maîtriser, l'attirer à la source, redessiminer son code et reloader la matrice en tenant compte des ajustements pour améliorer la version suivante. (ce que je viens de raconter) L'architecte s'en fou totalement par exemple de considérations comme la paix entre les machines et les hommes, ce qui lui importe en tant que concepteur de la matrice c'est la stabilité de cette dernière et la viabilité de ce fameux rapport maître / domination entre les machines et les hommes.

* Mais l'oracle est plus subtile. Elle a le même but en gros mais d'une part elle cherche je pense à "tendre" vers la paix entre les hommes et les machines et surtout, l'oracle est un programme intuitif qui va chercher à désequilibrer les équations gérant la matrice, là où à l'inverse l'architecte cherche à les équilibrer. Ca veut dire quoi ?

Ca veut dire que là où l'architecte chercherait systématiquement à réduire les anomalies (et à les contrôler) l'oracle au contraire se permet parfois de créer des bugs, quitte à prendre des risques, pour créer des conséquences inattendues mais en se disant qu'elles finiront par être quand même contrôlées, et le "plus" qu'on a gagné dans l'histoire, c'est qu'on aura une matrice encore améliorée. Je l'explique à travers un exemple :

Le rôle de l'amour entre Néo et Trinity

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C'est l'oracle qui introduit en l'élu (Néo) de l'amour pour Trinity, les anciens élus à l'inverse, au moment du choix, prenaient toujours l'autre porte, celle qui conduit au salut de Sion.

Néo est différent car son amour pour Trinity est plus fort encore que son désir de sauver la race humaine , même s'il a l'espoir de réaliser les deux, sans trop savoir comment à la fin de Matrix 2.

C'est bien évidement l'oracle qui a créé cette situation, qui l'a voulu et qui a tout orienté en ce sens (notamment en influençant subtilement Néo et Trinity, en leur parlant à part, et en faisant naître de l'amour en eux, comme le montrent certaines répliques de Matrix 1 lors de la première rencontre Néo / l'oracle ... )

L'Amour, sentiment humain par excellence, était en quelque sorte un "sujet d'étude" pour l'oracle en vue de mieux prendre en considération ce sentiment dans les versions suivantes de la matrice.

C'est aussi l'oracle qui permet le retour du "bug Smith", autre déséquilibre provoqué volontairement ; Pourquoi ? Je vais donner mon explication mais pas sûr que ce soit la bonne. En tout cas tel que je vois le truc, le bug Smith (qui finit par pirater toute la matrice a la fin de matrix 3) c'est quelque part justement ce qui permet de "compenser" la spécificité de l'élu Néo , lequel , pour les raisons qu'on vient de voir, est le premier à ne pas prendre la bonne porte comme ses prédécesseurs , à cause de l'amour.

Néo ne redissemine pas son code à la fin de matrix 2, il décide de sauver Trinity, il revient dans le monde réel. Dès lors la procédure habituelle s'enclanche : les machines cherchent à détruire Sion etc mais il y a 24 heures de délai. Ce que souhaite évidement l'oracle, qui a prévu ce scénario depuis très longtemps, c'est que Néo parvienne plus tard de lui-même à sauver la situation : A disseminer son code comme il aurait du le faire à la fin de matrix 2, mais du coup il faut une condition supplémentaire : neutraliser Smith (sinon c'est ni l'humanité ni les machines qui gagnent mais Smith et c'est un risque volontaire que prend l'oracle, laquelle "mise" fortement sur Néo).

Et c'est ce qui se produit au final. Néo comprend que Smith est en quelque sorte son opposé, et qu'il peut le neutraliser de la manière dont il le fait à la fin du dernier film : en se laissant pirater lui-même, mais à condition d'être en même temps branché au programme central, lequel reloade alors la matrice en profitant notamment du code de Néo pour faire une amélioration de la matrice future nouvelle version.

L'oracle a joué un jeu dangereux mais comme elle l'explique à l'architecte dans la scène finale : "tout changement est dangereux" ; l'oracle a pris ces risques pour tendre vers la situation de paix (peut-être paix provisoire mais paix quand même) et elle a gagné son pari ;

Il est intéressant pour finir (d'un point de vue philosophique) de constater qu'à la fin elle l'explique à Séraphin en disant qu'elle ne "savait pas" mais qu'elle "avait la foi".

La foi semble un sentiment à proprement parler humain, il semble que l'oracle à force d'étudier la psyché humaine et de jouer ce rôle commence à se rapprocher un peu de ses objets d'étude, un peu comme ces programmes particuliers qu'on voit dans Matrix 3 (Ramakandra, Sati etc) qui semblent aussi commencer à leur manière à éprouver des débuts de sentiments humains.

Je trouve ça assez beau car ça nous fait en même temps réfléchir sur ce que nous sommes, ce qu'est la vie, on retrouve tous les questionnements philosophiques habituels :

Qu'est-ce qui nous différencierait d'une intelligence artificlle extrêmement élaborée ?

Quelle est véritablement la différence entre un Homme et une machine

C'est une question abordée fréquemment dans la SF et que Matrix aborde en plus d'une foultitude d'autres choses.

Au-delà de ça et pour finir, je voudrais insister sur le caractère assez "panthéiste" voilé de la trilogie matrix.

Spinoza dans Matrix ???

Eh oui ! Certains vont dire : Encore lui ? Fred devient vraiment gâteux !!!! En fait, mon "binz" spinozien assez récent est PARTI de Matrix car je vois particulièrement sa trâce dans cette oeuvre, et pour avoir écouté des commentaires , notamment de profs de philosophie, dans les DVD bonus , je ne crois pas être le seul, ce sont même un peu ces personnes qui m'ont mis sur la voie.

Symboliquement, si Néo peut être vu comme "l'Unique", Smith est "le multiple" ; Ils sont contraires, l'un est destiné à équilibrer les choses l'autre à les déséquilibrer. Il y a beaucoup de symbolique et d'implications philosophiques derrière celà.

Néo au final est une sorte de messie ( un peu comme le Christ, j'invente rien et tout le monde aura décelé les allusions christiques notamment dans Matrix 1 : certains noms comme Trinity qui rappèlent la trinité chrétienne etc ; des termes comme : le messie, le véritable nom de Néo : Thomas Andersson, allusion à Saint Thomas etc)

Mais au-delà de ce parallèle chrétien, comme j'ai dis, je pense qu'il y a quelque chose de bien plus fort et subtile, à travers ce parallèle panthéiste que j'évoquais :

Néo finit par sauver les deux peuples (humains et machines), et son sacrifice revêt un caractère très particulier puisqu'on le voit finalement "se fondre" à son ennemi pour l'annuler.

Et comme tous les élus, son code est ensuite redisseminé dans la matrice.

J'y vois pour ma part un parallèle avec certaines philosophies panthéistes , que ce soient les panthéismes mystiques comme on en retrouve dans certaines religions asiatiques (taoisme .. ) ou le panthéisme rationnel à la Spinoza.

Il y a derrière cet acte de fusion un message caché qui consiste en gros à nous rappeler qu'on fait partie intégrante de la nature, auquel notre corps retournera pour s'y fondre, et qu'il faut éviter de voir celà comme une catastrophe (ça rappèle aussi beaucoup la mort de Shaka dans Saint Seiya)

Les philosophies et religions panthéistes voient celà comme une source d'espoir avant tout, de positivité. On a ça aussi dans le bouddhisme.

On est là, à l'opposé des conceptions dualistes (comme celle des religions monothéistes) qui consistent à toujours séparer la réalité en deux : Il y a l'âme / le corps; le monde matériel / le monde spirituel ; le monde terrestre / le monde après la mort : l'enfer et paradis etc etc

Les panthéismes sont des monismes à l'inverse : l'idée forte qui les sous-tend est que la réalité est UNE et non duale : Il y a une seule substance. L'âme en quelque sorte ( concept inventé par les religions monothéistes) n'existe pas et est simplement une résultante de la complexité de nos cerveaux ( idée de plus en plus rapprochable des découvertes scientifiques modernes , cf les livres de Jean pierre Changeux) ; Les panthéismes vont jusqu'à dire que Dieu existe, mais Dieu c'est la nature.

C'est une conception des choses qui revient souvent au cinéma (les films de Mallick , Mononoke en animation ... ) mais chaque écrivain, réalisateur a son style, sa manière de le dire.

En tout cas l'idée forte est que la réalité est une et indivisible, et que la mort fait partie de la vie. Rien ne meurt, ne disparait vraiment. Tout se transforme. Nous sommes poussières d'étoile et poussières d'étoile nous redeviendrons. Mais la nature elle , au sens global, poursuit son chemin, et notamment la création de plus de complexité, plus d'émergence : la vie émerge sans arrêt de l'inerte et retourne à l'inerte. Ca se voit aussi bien à l'échelle d'une vie humaine que de l'Histoire du cosmos. La vie sur Terre est née de la matière inerte , et la transition entre "non vie" et "vie" est quelque chose dont il est bien malin de définir les frontières.


De manière très subtile, Matrix parle de ça aussi. A la fin de la trilogie, Néo en quelque sorte "retourne au Tout" Son code est réinséré. Il est mort mais il survit quelque part dans la version suivante de la matrice, c'est je pense ce que veut dire un peu l'Oracle à la petite fille Sati ( qui est un programme) à la fin du 3ème film (notons que le choix de programmes d'inspiration indienne pour illustrer ce thème- on a aussi Ramakandra etc- n'est pas anodin, la religion hindoue est basée sur une forme de panthéisme. Et le générique final de matrix 3 avec ses paroles basées sur les Upanishad, ces textes sacrés hindous, n'est pas un hasard non plus .. )


J'ai toujours vu un peu la matrice pas seulement comme un mal pour l'Humanité. Symboliquement , comme spectateur je la vois aussi comme une représentation de la nature. A chaque reload elle est améliorée, plus proche de la nature humaine, il y a des cycles, un peu comme le samsara. On a un éternel recommencement (on rejoint aussi les religions indiennes)

La dialectique de la trilogie est construite sur ce modèle :
FILM 1 : dualisme / manichéisme
FILM 2 et 3 : monisme

Le premier film matrix 1 est très dualiste d'inspiration (c'est beaucoup plus le judéo christianisme et la bible qui inspirent le scénatio ; on a des allusions messianisme etc , et un certain dualisme : le Bien / le Mal revient souvent ; c'est grosso modo respectivement : l'humanité / les machines

En revanche les deux films suivants de la trilogie brouillent les cartes et sont bien plus monistes par essence et inspirés par les religions d'Asie (hindouisme, taoisme) même si le bouddhisme est aussi très présent dans le 1 à travers les arts martiaux.

J'aime beaucoup cette dialectique et c'est pour ça , je pense , qu'il faut absolument DEPASSER le premier film (Ceux qui n'adorent que le 1, je les comprend, car moi-même je trouve qu'au niveau de la forme, parfois le 2 et le 3 sont mal foutus, et certaines scènes m'énervent aussi je l'avoue. Mais philosophiquement , ils apportent un plus énorme et je crois qu'on n'a pas perçu 20 % de Matrix si on s'en tient uniquement au 1 ... )

Matrix est consrtruit comme une dissertation philosophique : thèse / antithèse / synthèse ; si on ne voit que Matrix 1 : on ne lit que la thèse, non l'antithèse, encore moins la synthèse.

Je pense que les gens qui s'arrêtent au 1 et qui sont énervés par le 2 et 3, et les boudent, s'arrêtent en fait parcequ'ils trouvent , peut-être de manière inconsciente, que les films s'écartent de leur propre point de vue pour partir dans un délire dans lequel ils se reconnaissent peut-être moins. Et c'est révélateur quelque part du fait que les films Matrix "tapent juste" !! Ils entraînent le spectateur à lui-même se remettre en cause totalement à travers toutes ces allusions parfois contradictoires. Mais il faut bien saisir cette dialectique de la remise en cause permanente.

Le premier film est pas mal manichéen , là où le 2 et surtout le 3 apportent de la nuance ; nuance renforcée quand on découvre les films d'animation préquelle : Animatrix Seconde renaissance, quand on se rappèle que cette situation de guerre entre les hommes et les machines est venue à cause de la folie des hommes initialement :

A la base les machines étaient pacifistes ce que Morphéus se garde bien de dire à Néo lorsqu'il lui parle de la guerre Homme / machines dans le flashback de Matrix 1 !! Mais il y a eu une sorte de "génocide" des machines, ce qui a entraîné ensuite la création d'une nouvelle nation (zero one, qui sonne un peu comme "Sion" ^ ^ )

Je rappèle aussi que cette nation des machines fut basée "là où est le berceau de l'humanité" (je cite ..)

Cette nation fut ensuite rejetée par l'ONU etc ça vous rappèle pas quelque chose ?

Moi si : le génocide des Juifs, la Shoah, la création d'israel, le sionisme 8)

Les frères Wachovski ( réalisateurs des films Matrix) sont Juifs à la base , même si convertis au bouddhisme je crois ? mais à mon avis on le "sent" , ils doivent être malgré tout très attaché à leur identité Juive : Il est donc à mon sens peu étonnant qu'on retrouve toutes ces métaphores dans leurs films. Ils ont cherché à faire passer plein de messages subliminaux. Ou plutôt que des messages, nous entraîner plutôt à nous interroger et nous poser des questions. Ces films contiennent BIEN PLUS que la simple allégorie de la caverne de Platon, le malin génie de Descartes, Berkeley, Kant et les réflexions sur la réalité, le libre arbitre ou encore les analogies marxistes que certains voient parfois dans le premier film (qui à mon avis, et je le dis bien que je sois de droite lol, sont des analogies pertinentes, je pense, mais qui sont malgré tout brouillées à cause justement des volets 2 et 3 qui apportent cette nuance subtile, cette dialectique du dépassement et de l'antithèse.



L'âme de Matrix pour moi elle est dans la relation subtile homme / machines. Au début, c'est très manichéen mais après on se rend compte au final qu'il faut que les deux entrent en quelque sorte en symbiose. Là seulement existe un avenir viable. C'est la grande question qui commence à poindre dans le petit dialogue entre Néo et le conseiller Hamman dans reloaded : le gros problème de l'humanité , problème que n'a pas encore dépassé néo à ce moment là (qui a toujours un wagon de retard) c'est qu'on a toujours cherché à avoir une relation de contrôle sur nos technologies. C'est ce qui dans matrix provoque la catastrophe : les machines finissent par ne pas l'accepter, finissent notamment par ne pas accepter d'être les esclaves des hommes, pouvoir être débranchées selon leur bon vouloir etc. Elles commencent à acquérir une sorte de "vie propre" et veulent simplement survivre.

Le problème de l'homme est qu'il cherche à avoir cette relation de domination, de maître / esclave, avec tout : avec la nature (---> ce qui provoque pas mal les problèmes d'environnement actuels) , avec lui-même ( l'Homme réduit en esclavage d'autres peuples de l'Humanité, on a des peuples qui s'entredéchirent ..)

La contrepartie serait au contraire d'évoluer vers une symbiose. Non pas une relation de contrôle par rapport à l'environnement mais une symbiose : arriver à tirer partie des ressources naturelles de manière plus intelligentes sans violer la nature , sans la polluer etc. Idem pour nos relations entre nous : l'idée est de les repenser totalement.

Et évidement, avoir le même rapport intelligent de symbiose avec nos technologies : éviter par exemple (là c'est l'inverse) de finir par devenir esclaves de nos ordinateurs, de nos téléphones portables, de nos voitures sans lesquelles certains ne peuvent plus rien faire etc. Créer en quelque sorte une société totalement repensée, jusque dans ses fondements.

Les histoires de symbiose homme / technologie ont été très bien abordées dans un bouquin que je vous recommande : l'homme symbiotique, de Joel de Rosnay. C'est un auteur scientifique qui fait de la prospective et évoque notamment pour l'Humanité un futur imaginaire où une sorte de cyberorganisme émergera à l'échelle planétaire. Mais selon lui, on en verrait actuellement les prémisses, à travers l'essor de l'internet, des nanotechnologies et autre. Lisez le et écoutez cet auteur c'est fascinant.


Matrix à sa manière aussi nous invite à repenser nos rapports avec notre environnement, nos technologies, nous-même. L'idée c'est d'arriver en quelque sorte à une symbiose intelligente, laquelle nous libèrerait enfin d'une certaine forme de servitude, d'angoisse existentielle. Il y a quelque chose de très spinozien je trouve la-dedans (mais Spinoza n'est sans doute pas le seul philosophe à évoquer ça).

J'aime beaucoup les scènes de Matrix 3 où on voit Néo entouré de lumière lorsqu'il marche dans la ville des machines, ou tout à la fin quand il retourne à la source.

Image

La lumière est un symbole très important dans la Kabbale (la mystique Juive) laquelle a aussi beaucoup inspiré les films. Mais ces scènes sont surtout très fortes symboliquement par rapport à l'idée de symbiose que j'évoquais. Néo semble se fondre dans un Tout , harmonieusement.

L'image ressemble presque à un mandala, ces dessins qui servent de support à la méditation dans le bouddhisme ; l'importance de la lumière et le symbole des mandala se retrouve souvent dans Matrix, et notamment dans les Animatrix, cf cette capture :

Image



CONCLUSION lol

Voilà. Bon je voulais vous donner un peu ma vision des films, à une époque j'avais adoré le 1 puis un peu détesté (et adoré en même temps) les volets 2 et 3 mais plus le temps passe plus je les adore les 3 ensemble. C'est bel et bien un seul film et le Tout dépasse la somme de ses parties ( ça rappèle l'émergence et le panthéisme ^ ^ ) En tout cas j'encourage ceux qui les boudent encore à faire cet effort, et peut-être à essayer de dépasser un peu certaines scènes qui paraissent un peu débiles ( Trinity " j'ai mis une heure à enfiler une seule botte" :roll: ou la surenchère d'effets spéciaux , qui peut déplaire je le conçois. Mais ces films sont énormes et très denses. Là j'ai voulu parler pas mal de certains aspects, mais j'ai pas parlé d'un dixième de ce qu'ils contiennent. D'autres l'ont fait bien mieux que moi et je m'arrêterai là.
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Messagepar Doctor Jones » mer. avr. 15, 2009 4:03 pm

Il existe déjà un topic sur Matrix, non ?

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Messagepar phoenlx » mer. avr. 15, 2009 5:16 pm

L'autre est différent c'est plus un décortiquage ( que j'avais commencé d'ailleurs et pas continué , vu le peu d'intérêt des membres) !

celui-là sera plus général , d'où sa présence dans la rubrique ciné ; Un topic de promotion en gros !! (car je constate qu'il y a encore des gens qui connaissent pas ces films ! C'est quand même un peu fort je trouve vu le phénomène qu'ils ont constitué ( qu'on aime , ou pas ! ) C'est aussi un topic de réponse à ceux qui disent souvent : Matrix c'est naze, matrix j'ai zappé, matrix c'est nul, c'est de la pseudo philosophie à 2 balles ou (variante) "ya rien à comprendre"

Mais qui dit réponse dit aussi débat ( mon avis reste MON avis !! ^^ )
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Messagepar phoenlx » mer. avr. 15, 2009 5:18 pm

En gros donc, perso je préfère discuter de Matrix sur plusieurs topics,

que de dragon ball lol (j'empêche personne de le faire sur Dragon Ball hein ! mais voilà quoi ^^ )

EDIT :

Au passage ya des clin d'oeil à Dragon Ball dans matrix !!
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Messagepar phoenlx » mer. avr. 15, 2009 5:26 pm

Mais au passage, c'est aussi pour ça que j'aimerais bien qu'on soit plus nombreux sur le forum

C'est assez effarant qu'un topic sur matrix engendre aucune réaction ( mais même remarque pour certains topics autour de saint seiya, du seigneur des anneaux , de certains bouquins et autre)

D'où la raison du mail de relance que j'ai envoyé à tous les ailiens ce matin (pour l'instant : une seule réponse) :congratulations:
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Messagepar Doctor Jones » mer. avr. 15, 2009 6:05 pm

phoenlx a écrit ::
Au passage ya des clin d'oeil à Dragon Ball dans matrix !!


Lesquels? A part le combat final dans le 3 je vois pas.

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Messagepar phoenlx » jeu. mai 21, 2009 11:26 pm

Je pensais en particulier à ça

petit remontage de topic avec quelques photos de mon Néo :D

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Messagepar phoenlx » sam. juin 27, 2009 11:42 pm

A l'occasion de l'anniversaire pour les 10 ans de Matrix ( opus 1 ) Allociné sort un petit dossier sur l'impact considérable qu'ont eu ces films, tant sur le cinéma et les effets spéciaux après lui, que sur les DVD ou encore les modes vestimentaires ainsi que la portée philosophique du film et la manière dont il a changé la vision du monde de beaucoup de ses spectateurs ...

http://www.allocine.fr/article/ficheart ... ges=6.html
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Messagepar phoenlx » dim. juin 28, 2009 12:08 am

Je viens de tomber sur ce site web excellentissime sur la saga Matrix

http://www.matrix-happening.net/index.htm

J'ai commencé à lire j'apprend plein de trucs (comme les clin d'oeil au crépuscule des dieux - le Ragnarok de la mythologie scandinave et à la musique de Wagner) Plus je me plonge dans Matrix plus je me rend compte qu'on n'a vraiment jamais fais le tour de cette oeuvre :shock:
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