La chanson d'Eärendil

Le coin des langues inventées par Tolkien : langues elfiques (comme le quenya et le sindarin), khuzdul (langage des Nains), valarin (parlé des Valar) adunaic et autres langues humaines, etc ! Nous aborderons ici l'évolution des langues et les textes majeurs à lire ainsi que tout ce qui est connexe à la linguistique chez Tolkien comme certains poèmes en elfique ou d'autres langages, certaines chansons des livres, des films...
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La chanson d'Eärendil

Messagepar phoenlx » ven. sept. 27, 2024 3:37 pm

La chanson d'Ëarendil est une chanson écrite par Bilbo Baggins pour célébrer la mémoire du grand marin Eärendil qui plaida la cause des Eldar et des humains auprès des Valar à l'époque de l'écrasante domination de Morgoth sur le Beleriand à la fin du Premier Âge (comme vous le savez Eärendil était descendant de Beren et Luthien mais aussi de Tuor fils de Huor et de la princesse Idril Celebrindal de Gondolin, et il était par ailleurs l'illustre père d'Elrond et d'Elros le premier roi de Numénor et ancêtre fameux des rois de Numenor puis du Gondor et d'arnor) ; L'un des personnages les plus importants du légendaire à l'aura quasiment mythique et qui termina sa vie en voguant parmi les étoiles innombrables à bord de son grand navire volant (le Vingilot) , avec le silmaril sur son front (devenant ainsi ce qu'on appela par la suite l'étoile d'Ëarendil ou étoile du soir (qui serait l'équivalent de la planète Vénus dans notre propre réalité longtemps appelée "étoile du berger") ; Ce poème est l'un des plus ancien écrit par Tolkien (avant même son expérience dans les tranchées durant la Première Guerre Mondiale ; il l'a écrit en 1914 alors qu’il passait une partie de ses vacances scolaires dans la ferme de sa tante Jane Neave, dans le Nottinghamshire (en tout cas la première version car il écrivit par la suite d'autres versions avant que le texte n'évolue plus tard en récit en prose) ; il s'agit de l'une des premières pierres de son immense édifice littéraire qui allait devenir par la suite le silmarillion). On peut noter aussi que le nom d'Ëarendil est inspiré d'un personnage d'une vieille légende anglaise (et nommé Earendel)

La retranscription ci-dessous en chanson est l'oeuvre du célèbre groupe de musique nommé Tolkien Ensemble



une autre version plus récente par le célèbre groupe Clamavi de Profundis



Paroles en français

Eärendil était un marin
Qui demeurait en Arvernien ;
Il construisit un bateau d'arbres abattus
A Nimbrethil pour naviguer ;
Les voiles, il les tissa de bel argent,
D'argent étaient faits les fanaux,
La proue était en forme de cygne,
Et la lumière s'étendait sur ses bannières.

De l'armure des anciens rois,
D'anneaux attachés par des chaînes il s'arma ;
Son brillant bouclier de runes était gravé
Pour détourner de lui toutes blessures et tout mal ;
Son arc était de corne de dragon,
Ses flèches taillées dans l'ébène,
D'argent était son haubergeon,
Son fourreau de calcédoine ;
Vaillante était son épée d'acier,
D'adamantite était son haut casque,
Un plumet d'aigle couronnait son cimier,
Sur sa poitrine brillait une émeraude.

Sous la lune et sous les étoiles
Il erra loin des rives nordiques,
Désorienté sur des chemins enchantés
Au-delà des jours des terres mortelles.
Du grincement de la Glace Resserrée
Où l'ombre s'étend sur les collines gelées,
Des chaleurs infernales et des déserts brûlants
Il se détourna en hâte, et vagabondant encore
Sur les eaux sans étoiles, égaré au loin,
Enfin il aboutit à la Nuit du Néant ;
Il passa sans jamais apercevoir
La rive brillante ni la lumière qu'il cherchait.
Les vents de la colère vinrent l'entraîner ;
Aveuglément, dans l'écume il s'enfuit
De l'ouest à l'est, et sans but,
Sans avant-courriers, vers son pays en hâte il revint.

Là, la volante Elwing vint à lui
Et la flamme fut dans les ténèbres allumée ;
Plus brillant que l'éclat du diamant
Était le feu sur son collier.
Sur lui, elle fixa le Silmaril
Et de la vivante lumière elle le couronna ;
Alors, intrépide, le front ardent,
Il tourna sa proue ; et dans la nuit
De l'autre Monde au-delà de la Mer,
Là, forte et libre, une tempête se leva,
Un vent puissant à Tarmenel ;
Par des chemins rarement suivis par un mortel
Il porta son navire d'un souffle mordant
Comme la puissance de la mort, en détresse
Par les mers grises et de longtemps délaissées :
De l'est à l'ouest il disparut.

Par la Nuit Éternelle il fut ramené
Sur les flots noirs et grondants
Qui couraient sur des lieues sans lumière et des rives effondrées,
Noyées dès avant le commencement des Jours,
Jusqu'à ce qu'il entendît sur des grèves de perle
Où finit le monde, la musique,
Où les vagues toujours écumantes
Roulent l'or jaune et les pâles joyaux.
Il vit s'élever la Montagne silencieuse
Où le crépuscule s'étend sur les genoux
De Valinor, et il aperçut Eldamar
Loin au-delà des mers.
Vagabond échappé à la nuit,
Au havre blanc il parvint enfin,
À la demeure elfique, la verte et belle,
Où l'air est vif, où pâles comme le verre
Sous la colline d'Ilmarin,
Brillantes dans une vallée abrupte,
Les tours aux lampes éclairées de Tirion
Se reflètent dans le Lac des Ombres.

Il abandonna là son errance,
Et ils lui apprirent des mélodies,
Et les sages lui contèrent d'anciennes merveilles,
Et des harpes d'or ils lui apportèrent.
De blanc elfique ils le vêtirent,
Et sept lumières ils envoyèrent devant lui,
Tandis que, par le Calacirian,
Vers la terre cachée et abandonnée il allait.
Il arriva aux châteaux éternels
Où brillantes tombent les années innombrables,
Et où éternellement règne le Roi Ancien,
À Ilmarin sur la montagne escarpée ;
Et des mots inconnus furent alors prononcés
Sur la race des Hommes et celle des Elfes,
Des visions d'au-delà du monde lui furent montrées,
Interdites à ceux qui y demeurent.

Un navire neuf alors ils lui construisirent
De mithril et de verre elfique,
À la brillante proue, point de rame dorée ;
Aucune voile ne portait son mât d'argent :
Le Silmaril comme lanterne
Et bannière brillant d'une vivante flamme
Pour luire par Elbereth elle-même
Fut fixée, qui vint là,
Et des ailes immortelles pour lui fabriqua ;
Elle établit pour lui un destin immortel
Pour naviguer dans les cieux sans rivages
Et venir derrière le Soleil et la lumière de la Lune.

Des hautes collines d'Everevens
Où doucement coulent les sources d'argent,
Ses ailes le portèrent, lumière errante,
Au-delà du puissant Mur de la Montagne.
Du bout du monde alors il se détourna,
Et brûla de nouveau de trouver, loin de là,
Son pays, en voyageant par les ombres,
Et flambant comme une étoile insulaire
Haut en dessus des brumes il vint,
Flamme lointaine devant la Soleil,
Merveille avant l'éveil de l'aurore
Où, grises, coulent les eaux de Norlande.

Par-dessus la Terre du Milieu il passa
Et il entendit enfin les pleurs de douleur
Des femmes et des vierges elfiques
Dans les Temps Anciens, au temps jadis.
Mais sur lui régnait un destin puissant,
Jusqu'à la disparition de la Lune : passer, étoile en orbite,
Sans plus jamais demeurer
Sur nos rivages où sont les mortels ;
À jamais héraut en une mission sans repos,
Portant au loin sa brillante lumière,
Flammifer de l'Ouistrenesse.



Paroles en anglais

Eärendil was a mariner
that tarried in Arvernien;
he built a boat of timber felled
in Nimbrethil to journey in;
her sails he wove of silver fair,
of silver were her lanterns made,
her prow was fashioned like a swan,
and light upon her banners laid.

In panoply of ancient kings,
in chained rings he armoured him;
his shining shield was scored with runes
to ward all wounds and harm from him;
his bow was made of dragon-horn,
his arrows shorn of ebony,
of silver was his habergeon,
his scabbard of chalcedony;
his sword of steel was valiant,
of adamant his helmet tall,
an eagle-plume upon his crest,
upon his breast an emerald.

Beneath the Moon and under star
he wandered far from northern strands,
bewildered on enchanted ways
beyond the days of mortal lands.
From gnashing of the Narrow Ice
where shadow lies on frozen hills,
from nether heats and burning waste
he turned in haste, and roving still
on starless waters far astray
at last he came to Night of Naught,
and passed, and never sight he saw
of shining shore nor light he sought.

The winds of wrath came driving him,
and blindly in the foam he fled
from west to east and errandless,
unheralded he homeward sped.

There flying Elwing came to him,
and flame was in the darkness lit;
more bright than light of diamond
the fire upon her carcanet.
The Silmaril she bound on him
and crowned him with the living light
and dauntless then with burning brow
he turned his prow; and in the night
from Otherworld beyond the Sea
there strong and free a storm arose,
a wind of power in Tarmenel;
by paths that seldom mortal goes
his boat it bore with biting breath
as might of death across the grey
and long-forsaken seas distressed:
from east to west he passed away.

Through Evernight he back was borne
on black and roaring waves that ran
o'er leagues unlit and foundered shores
that drowned before the Days began,
until he heard on strands of pearl
where ends the world the music long,
where ever-foaming billows roll
the yellow gold and jewels wan.

He saw the Mountain silent rise
where twilight lies upon the knees
of Valinor, and Eldamar
beheld afar beyond the seas.
A wanderer escaped from night
to haven white he came at last,
to Elvenhome the green and fair
where keen the air, where pale as glass
beneath the Hill of Ilmarin
a-glimmer in valley sheer
the lamplit towers of Tirion
are mirrored on the Shadowmere.

He tarried there from errantry,
and melodies they taught to him,
and sages old him marvels told,
and harps of gold they brought to him.
They clothed him then in elven-white,
and seven lights before him sent,
as through the Calacirian
to hidden land forlorn he went.
He came unto the timeless halls
where shining fall the countless years,
and endless reigns the Elder King
in Ilmarin on Mountain sheer;
and words unheard were spoken then
of folk of Men and Elven-kin.
Beyond the world were visions showed
forbid to those that dwell therein.

A ship then new they built for him
of mithril and of elven-glass
with shining prow; no shaven oar
nor sail she bore on silver mast:
the Silmaril as lantern light
and banner bright with living flame
to gleam thereon by Elbereth
and laid on him undying doom,
to sail the shoreless skies and come
behind the Sun and light of Moon.

From Evereven's lofty hills
where softly silver fountains fall
his wings him bore, a wandering light,
beyond the mighty Mountain Wall.
From World's End then he turned away,
and yearned again to find afar
his home through shadows journeying,
and burning as an island star
on high above the mists he came,
a distant flame before the Sun,
a wonder ere the waking dawn
where grey the Norland waters run.

And over Middle-earth he passed
and heard at last the weeping sore
of women and of elven-maids
in Elder Days, in years of yore.
But on him mighty doom was laid,
till Moon should fade, an orbéd star
to pass, and tarry never more
on Hither Shores where mortals are;
for ever still a herald on
an errand that should never rest
to bear his shining lamp afar,
the Flammifer of Westernesse.
Qu'importe la destination c'est le voyage qui compte
Notre histoire deviendra légende

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Re: La chanson d'Eärendil

Messagepar itikar » ven. sept. 27, 2024 3:41 pm

Effectivement, et pour approfondir on en avait parlé ici aussi, sur la fiche illustrée dédiée à Earendil :

Fiche sur Earendil et Elwing
Garçon.
il nous faut devenir adultes pour comprendre que les adultes n'existent pas et que nous avons été élevés par des enfants que l'armure de nos rires rendaient faussement invulnérables.(Christian Bobin)

phoenlx
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Re: La chanson d'Eärendil

Messagepar phoenlx » ven. sept. 27, 2024 6:02 pm

exact tu fais bien de rappeler le topic :D

ce soir je vais écouter le live de Fausthéa (je pense qu'il va moins me plaire que le dernier en date car elle va parler des anneaux du pouvoir épisode 7, je vais peu intervenir car je pourrais être critique même si j'ai aimé certaines choses), mais j'espère qu'il y aura comme parfois une deuxième partie de soirée où elle va nous parler de ses livres, des HOME, du silmarillion, toute cette matière est décidément fascinante
Par contre encore une fois j'ai eu l'occasion de lire la nouvelle traduction de ce poème (ou de cette chanson) et j'ai là encore, tendance à préférer l'ancienne ; Malheureusement on ne trouve plus de références qu'à la nouvelle dès qu'il s'agit de lire des textes de Tolkien chez les youtubeurs et sur le net en général, c'est un peu dommage je trouve.
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Re: La chanson d'Eärendil

Messagepar itikar » sam. sept. 28, 2024 12:59 am

Hélas, bientôt la beauté des mots et du phrasé de Ledoux, un peu précieux, ampoulé et désuet mais dans le noble sens du terme, seront inconnue de tous ...
Ainsi va la vague.
Garçon.
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Re: La chanson d'Eärendil

Messagepar Phoenicis » jeu. janv. 23, 2025 5:18 pm

Je préfère presque toujours (largement) la traduction de Ledoux, par attachement et pour le style, les toponymes les patronymes, etc. mais je reconnais à Lauzon un grand talent pour le rythme et la sonorité des poèmes et chansons. Sur ce point, il me semble plus percutant que Ledoux.

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Re: La chanson d'Eärendil

Messagepar itikar » jeu. janv. 23, 2025 6:08 pm

Hello Phoenicis, bienvenue sur le forum !

C'est rigolo, ton pseudo ressemble à celui de notre admin préféré :hat:

Une question à toi, visiblement grand fan de Tolkien, qu'évoque pour toi le personnage d'Eärendil ?
Garçon.
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