je me suis enfin lu le Gaiden sur Asmita !!
Encore une fois, très séduit par celui-ci. Asmita est un chevalier d'or qui m'avait plu mais un peu laissé sur ma faim dans les volumes "normaux" de Lost Canvas. Trop ressemblant physiquement avec Shaka, il semblait être un peu un repompage du chevalier d'or de la vierge classique, tout en étant moindre, à bien des égards, même si j'avais bien aimé découvrir plusieurs éléments de son histoire, ainsi que la confection du collier aux 108 perles.
Dans ce Gaiden, j'ai envie de dire que cette impression se renforce à la fois et s'amoindrit. Elle se renforce car plus que jamais, Asmita m'évoque Shaka. De part ses techniques, de part sa personnalité, ce qu'il dégage, son parcours, qui n'est pas sans évoquer celui de Bouddha (shakyamouni) mais c'est évidemment voulu. Et en même temps cette sensation n'est pas déplaisante, surtout pour moi qui suis un gros fan du chevalier d'or de la vierge classique.
Un volume très intéressant donc, où l'essentiel de l'action se déroule dans les enfers, le fameux Meikai d'Hadès. Un Hadès pas encore réincarné (ou qui vient à peine de l'être, si on se fie à l'apparition d'Alone devant Kagaho à la fin), des enfers plus lugubres que jamais (j'ai beaucoup aimé la représentation graphique des lieux visités, les souffrances et supplices des morts, c'est monstrueux et ça a un petit côté "berserk" pour prendre une comparaison avec un autre manga rempli de scènes et monstres assez horribles
Cette impression est renforcée encore par les différences scènes avec les spectres de ce volume. Outre Kagaho (déjà connu du lecteur de Lost Canvas) nous découvrons un nouveau et curieux spectre dont le surplis avec un drôle de chapeau fait très chinois dans le design. Ainsi qu'un autre, bien plus puissant et horrible, avec de multiples bras (moi ça m'a fait penser à certaines représentations de Shiva dans l'hindouisme) : le spectre Atavaka (j'ai déjà oublié son étoile mais je vous laisse chercher dans le volume) ; une sorte de démon des enfers, très puissant, un spectre qui semble échapper au controle de Pandore, assez solitaire et qui veut à terme régner lui-même en trahissant Hadès, si j'ai bien compris.
Tout ceci a un air de déjà vu : Albérich à Asgard ! Kanon dans l'empire sous-marin de poséidon et .. ben ça rappelle un peu aussi Kagaho dans un autre registre, comme spectre assez solitaire. Mais c'était assez plaisant à découvrir (même si je trouve que Shiori crée décidément beaucoup de spectres assez puissants et parfois un peu "loup solitaires" sur les bords)
Les attaques de ce spectre rappellent celles de Shaka, elles ont d'ailleurs des noms proches, mais en version plus maléfique et plus lugubre. Les espèces de mandala qui se déploient autour de Shaka lorsqu'il utilise "les trésors du ciel" sont ici remplacés par des mandala où l'on peut voir les visages des défunts que le spectre utilise (et qui semblent avoir fusionné avec lui) aux rictus déformés par la souffrance. Ceci m'a beaucoup évoqué la représentation des murs du temple du cancer à l'époque de Masque de Mort au 20ème siècle, ce spectre est d'ailleurs aussi maléfique et dénué d'empathie que lui ... Je me demande si Shiori ne s'en serait pas aussi un peu inspiré, toujours est-il que ça fait vraiment son petit effet, et froid dans le dos.
Cette confrontation entre le chevalier de la vierge et cet espèce d'alter ego en est d'autant plus plaisante, et j'ai bien aimé aussi voir Asmita affronter Kagaho (qui est plus souvent un adversaire de Dohko de la Balance dans le manga Lost Canvas "tomes normaux")
Je me demande là encore si Shiori n'a pas cherché à placer un petit clin d'oeil au futur combat Shaka / Ikki, étant donné que Kagaho est une sorte de pré Ikki, un peu comme une ancienne incarnation du chevalier du Phénix, tout ceci semble lié, et donne un bel approndissement à l'ensemble.
Globalement, j'ai aussi beaucoup aimé les allusions au bouddhisme dans ce tome, à la vie de Bouddha (lequel avant d'atteindre l'éveil, le fameux Nirvana était passé par divers chemins détournés notamment l'ascétsme extreme - qui ne lui donna pas satisfaction - un peu comme ces spectres au début du tome
On retrouve aussi dans ce tome l'élément récurrent de tous les Gaiden LC à savoir : le chevalier d'or à l'honneur qui se prend d'affection et d'amitié pour un enfant qui le suit ensuite dans ses aventures (les deux contribuant mutuellement à l'évolution de leur personnalité) c'est plutôt beau. Les petites allusions à Sacha (athéna), à sa manière de voir le monde sont belles et émouvantes, elles aussi.
En bref, encore une fois un très sympathique tome, qui vient décidément confirmer mon impression depuis le début excellente des Gaiden Lost Canvas. Une entreprise de Shiori Teshirogi que je trouve décidément sans fausse note ou quasiment (j'en ai lu 6 et demi à l'heure qu'il est, car je n'ai pas terminé celui sur Dohko il faudra que je le fasse, et tous m'ont également régalé) je trouve qu'ils surpassent le Lost Canvas "normal", pour ma part, mon plaisir de lecture est plus grand, et je rêve d'une adaptation de ces histoires, un jour (à mon avis c'est un doux rêve ilusoire)
Au niveau des allusions religieuses, je pense que ça méritera aussi quelques approfondissements, je n'ai pas encore tout saisi. Je ne connissais par exemple pas du tout la divinité correspondant au spectre (dont le surplis m'évoque aussi une araignée. étant littéralement dégouté par ces bestioles, son look a renforcé mon impression de dégout, tout en me rappelant aussi les mondes de Tolkien avec tout ce que des araignées comme Shelob ou Ungoliant peuvent représenter : le mal absolu, la fin de tout espoir, un bug dans l'univers, bref

certaines représentations graphiques de ce spectre notamment lorsqu'il tente de dévorer l'âme du jeune Ahimsa sont assez effrayantes.
Voilà pour mes impressions, si d'autres choses me reviennent en mémoire, je les ajouterai à la suite.
Un gros 19,5/20 pour moi