Le topic du sengoku-jidai

Culture asiatique au sens large, sujets sur le Japon, la Chine, religions et arts asiatiques, calligraphie, univers des samouraï, mythes et légendes, kojiki, yokaï, littérature et Histoire japonaise ou d'autres pays Extrême Orientaux, cuisine japonaise etc.
phoenlx
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Le topic du sengoku-jidai

Messagepar phoenlx » sam. juin 22, 2019 11:22 am

Ce topic est à l'état d'ébauche. j'ai rédigé ceci il y a plusieurs mois j'espérais compléter mais n'ayant eu la possibilité de le faire depuis je préfère mettre ceci en ligne dès maintenant, il sera terminé plus tard

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L'époque Sengoku est une période de l'Histoire japonaise qui se déroule du milieu du XVème siècle à la fin du XVIème siècle
(Le terme japonais est sengoku-jidai qui signifie littéralement ère des provinces en guerre, en référence à la période des Royaumes combattants chinois). Attention donc en français de ne pas dire "ère sengoku jidai" car il s'agirait d'un pléonasme, on dit l'ère sengoku, ou le sengoku jidai ^^

Cette période troublée est marquée par divers affrontements entre clans samourai rivaux et elle s'inscrit à la fin de l'époque plus large dite Période de Muromachi (1333 – 1573). Il s'agit d'une époque correspondant au shogunat des Ashikaga, dynastie gouvernant le pays au nom de l'Empereur en place. A cette époque, la capitale du Japon est encore Kyōto (et non Edo qui deviendra Tokyo, cette dernière prenant de l'importance à partir du 17ème siècle durant l'ère suivante qui pour cette raison d'ailleurs s'appellera l'ère Edo) . Le nom de cette période historique, Muromachi, provient du quartier de Kyōto où le troisième shogun Ashikaga Yoshimitsu établit son bakufu (littéralement, « gouvernement sous la tente ») autrement dit, sa résidence.

L'ère sengoku est donc une période se situant à la fin de l'ère Muromachi, entre l'effondrement du shogunat des Ashikaga et la mise en place du shogunat suivant, celui des Tokugawa. Elle se caractérise par des turbulences sociales, des conflits politiques et des affrontements militaires quasi constants entre divers clans samouraï cherchant à étendre leur domination sur le pays. Cette période historique, et plus largement le siècle et demi allant de 1450 à 1600, correspond à une longue phase de transition entre le Japon médiéval et le Japon de la « première modernité ».
Au sens strict le sengoku jidai va de la fin des guerres d'Ōnin en 1477, ouvrant une période de conflits récurrents, jusqu'en 1573, lorsque le seigneur de la guerre Oda Nobunaga destitua le dernier shogun Ashikaga et prit le contrôle de la capitale de l'époque : Kyoto.

Les guerres d'Ōnin (1467-1477) plongèrent le gouvernement central du Japon dans une crise grave, rendant l'autorité politique des shoguns de la dynastie Ashikaga nulle, et avec elle celle de l'aristocratie de la capitale Kyoto, laissant la voie toute ouverte pour la domination de la catégorie des guerriers (samouraïs).

Celle-ci fut rapidement bouleversée par un ensemble de désordres, que les contemporains désignaient par le terme gekokujō, renvoyant à l'idée de renversement de l'ordre établi. En effet, ce furent en général des personnes provenant des clans des couches moyennes et inférieures de la catégorie guerrière qui renversèrent l'élite militaire traditionnelle et se rendirent indépendants du pouvoir central en formant dans les provinces une myriade d'entités politiques qu'ils géraient sans rendre de compte à un suzerain : Go-Hōjō, Imagawa, Oda, Takeda, Mōri, Shimazu, etc.

ci-dessous : Shingen Takeda, l'un des daimyos (chef de clan de samouraïs) les plus célèbres de cette époque
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(n'hésitez à lire le topic spécifique du forum consacré au mythique Clan Takeda, mis à l'honneur notamment dans plusieurs films du célèbre cinéaste Akira Kurosawa)

ci-dessous : Uesugi Kenshin (autre chef de clan samouraï de cette époque, qui dirigea la province d'Echigo, actuelle préfecture de Niigata) Kenshin fut l'un des plus célèbres et coriaces adversaires de Takeda Shingen)
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Ces personnages sont désignés par le terme de daimyō, qualifiant un chef guerrier. Le daimyo domine une portion du territoire japonais où il tente de se maintenir et, s'il rencontre le succès, de s'étendre. Le pouvoir des daimyō reposait sur leurs capacités militaires et celles de leurs vassaux guerriers, qui constituaient le socle des États provinciaux de cette période.

Mais le siècle de Sengoku fut émaillé d'une série de conflits, certes souvent d'ampleur limitée, mais suffisants pour empêcher la stabilisation du pouvoir des seigneurs de la guerre, qui sont nombreux à connaître des échecs condamnant leur construction territoriale et souvent même leur clan. L'ampleur des conflits et les violences qui les accompagnent vont croissantes durant le XVIe siècle, provoquant de nombreuses destructions dans toutes les couches de la société.
L'instabilité politique de la période se traduit par des affrontement guerriers entre les différents clans, et également des luttes intestines au sein de clans, ou entre suzerains et vassaux, se traduisant par des revers de fortune, et la disparition régulière de seigneurs de la guerre voire de clans. Bien que certaines de ces entités politiques soient parvenues à élaborer un ordre politique interne reposant sur une armée, un système juridique et l'exploitation des ressources économiques du territoires dans un but essentiellement guerrier, elles tendirent à connaître un mouvement de concentration politique dans la seconde moitié du XVIe siècle.

L'époque Azuchi Momoyama, qui succède à la période Sengoku et s'étend de 1573 à 1600, correspond en fait à une dernière phase des conflits entre seigneurs de la guerre, conclue par l'unification du Japon sous l'action successive d'Oda Nobunaga(qui commença le premier à constituer un État hégémonique dans le Tōkai et le Kinai), de Toyotomi Hideyoshi. Nobunaga et Hideyoshi éliminèrent ou soumirent progressivement les autres seigneurs de la guerre et entités politiques indépendants, permettant ainsi d'aboutir à l'unification du Japon. Le dernier des grands unificateurs fut le célèbre Tokugawa Ieyasu qui fonda le shogunat Tokugawa et mit en place le régime d'Edo en 1603, établissant sa domination sur le pays au début du XVIIe siècle.

Ci-dessous : représentations des trois grands unificateurs du Japon : Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu
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Durant l'ère sengoku, les structures politiques et sociales du Japon médiéval furent ébranlées puis progressivement abattues dans un contexte de troubles et de guerres permanentes, qui vit arriver sur sa fin la mise en place d'un nouvel ordre socio-politique posant les bases de la longue ère Edo (1603-1868).

Cette période fut aussi caractérisée par la mise en place de structures politiques plus autonomes s'élevant dans le contexte d'affaiblissement des pouvoirs centralisateurs, à partir des communes rurales de plus en plus autonomes qui donnèrent naissance à plusieurs ligues de guerriers locaux, parfois sous les auspices de mouvements religieux. Cette époque fut également marquée par un essor économique, avant tout perceptible dans le domaine commercial, qui se traduisit aussi par un essor urbain et une affirmation politique des communautés de bourgeois des grandes villes (Kyoto, Sakai). L'horizon du Japon s'ouvrit à la suite de l'établissement des premiers contacts avec des navires Européens en 1543, puis le début de l'implantation du christianisme dans le pays. Du point de vue culturel, le Japon restait marqué par une importante influence chinoise, mais connut des développements marquants à partir de la culture d'Higashiyama (années 1480-1490), contribuant à forger l'esthétique japonaise des périodes suivantes, notamment dans l'art de la cérémonie du thé, de la composition florale, la peinture sur rouleaux et paravents, l'organisation de l'espace intérieur, etc.


Début de la période Sengoku : La guerre d'Onin (1467 - 1477)

Le début de la période Sengoku est marqué par une décennie de guerres qui va de 1467 à 1477, regroupées sous la dénomination de « guerres d'Ōnin » (Ōnin no ran) ou parfois « guerres d'Ōnin et de Bunmei », Ōnin (1467-1469) et Bunmei (1469-1487) étant les ères durant lesquelles elles se déroulèrent. Ces conflits se déclenchèrent dans un contexte d'affaiblissement du shogunat des Ashikaga, en principe l'autorité politique suprême du pays, mais mis à mal par l'assassinat du shogun Yoshinori en 1441. Cet événement ouvrit la voie à une montée en puissance des grands clans dont les chefs sont détenteurs de commandements militaires provinciaux, les shugo, en particulier dans les provinces orientales, mais aussi dans la région de Kyoto, le Kinai, où les clans Yamana et Hosokawa luttaient pour la domination de la cour du shogun.

ci-dessous : le mon du clan Yamana (mon désigne les blasons des clans, j'emploierai par la suite souvent ce terme)

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de temps à autre dans le topic j'évoquerai les blasons des clans samouraï les plus célèbres, en espérant que ça vous aide à les retenir car il y a de quoi s'embrouiller avec tous ces clans et chefs guerriers 8-)

Parlons un peu de ce Clan Yamana. Il était l'un des plus puissant de la période Muromachi, descendant du fameux clan Minamoto (mis en scène dans la saga littéraire Le Dit du Genji). Le clan Yamana était originaire de la province de Kōzuke mais il s'installa ensuite dans la province d'Inaba (voir carte géographique des provinces de cette époque, un peu plus bas dans le topic).
Ce clan faisait partie des clans ayant combattu pour l'établissement du shogunat Ashikaga. Son soutien apporté au clan Ashikaga valut au clan des privilèges dans la période Muromachi. En 1363, ses membres régnaient déjà sur 5 provinces.

Les principaux clans du pays étaient souvent divisés par des guerres successorales, et c'est l'une d'entre elles, au sein du clan Hatakeyama, qui devait déclencher le conflit dans lequel seraient entraînés les autres clans, dont les deux plus importants, puisque d'un côté se trouvait Hatakeyama Masanaga, allié à Hosokawa Katsumoto, et de l'autre Hatakeyama Yoshinari, allié à Yamana Sōzen (ou Mochitoyo). À cela s'ajoutaient un conflit successoral au sein du clan Shiba dont les parties prenantes cherchèrent une alliance similaire, ainsi qu'un conflit dans la famille du shogun Ashikaga Yoshimasa, entre son frère Yoshimi et son fils Yoshihisa. Quoi qu'il en soit ces litiges furent un prétexte pour les Hosokawa et les Yamana d'en venir aux armes en 1467 : les premiers formèrent la coalition de l'Est et les seconds la coalition de l'Ouest, qui entrèrent dans une série de conflits qui provoqua dès le démarrage des hostilités la destruction de la majeure partie de Kyoto, en premier lieu son secteur officiel, et la dévastation des campagnes du Kinai.

ci-dessous : Hosokawa Katsumoto et Yamana Sōzen Mochitoyo
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La mort de maladie des deux chefs des coalitions, Hosokawa Katsumoto et Yamana Sōzen, en 1473, provoqua un apaisement des conflits, qui se poursuivirent encore quelques années. Mais l'essentiel avait eu lieu : l'affaiblissement du shogunat avait été accéléré, et bien que Yoshihisa Ashikaga ait accédé au pouvoir à la suite de l'abdication de son père il n'exerçait plus aucun contrôle sur les principaux chefs militaires provinciaux qui étaient parvenus à s'émanciper encore plus après la dévastation du centre politique du Japon. Parallèlement, les révoltes paysannes déjà courantes dans la première moitié du XVe siècle s'étaient propagées dans le Kinai dans le courant des années 1470. La période des guerres d'Ōnin, se concluant sans vainqueur parmi les belligérants, avait fait basculer le Japon dans une nouvelle ère.

Avant de poursuivre, je poste une petite généalogie des différents shoguns Ashikaga de toute cette période (avec leurs dates et autres membres familiaux), histoire de donner quelques points de repère, mais comme vous vous en doutez, le pouvoir de ces derniers étant très affaibli durant l'ère sengoku, dans la suite du topic nous parlerons surtout de certains chefs de clans fameux qui luttèrent pour renverser le pouvoir établi et se disputèrent le pouvoir sur le Japon, la dynastie Ashikaga se révélant durant toute cette période incapable de mettre fin aux conflits émergeant dans tout le pays ...

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Les diverses origines des daimyo (seigneurs de guerre)

Les sengoku-daimyō (seigneurs de guerre) avaient des origines diverses, regroupées en quatre catégories par K. Nakahara.

:arrow: Certains étaient issus de familles disposant auparavant de la charge de shugo, gouverneur militaire d'une province, dans laquelle ils avaient conservé leur position en y retournant après la guerre d'Ōnin, et bénéficièrent d'une indépendance de fait qu'ils avaient pu préserver ; on y compte les Imagawa, les Takeda, les Shimazu.

:arrow: Le second groupe est issu de la catégorie des shugodai, « prévôts », délégués représentant dans leur province les shugo qui résidaient longuement dans la capitale. Ils profitèrent alors de l'éloignement de leur maître lors des conflits dans le Kinai pour l'écarter et prendre le contrôle de leur province. C'est le cas des Oda, qui renversèrent l'autorité de leurs maîtres les Shiba.

:arrow: Le troisième groupe était issu d'une catégorie encore inférieure dans l'échelle administrative et sociale, celle des kokujin ou kunishū, « barons » locaux. Dans ce cas de figure, un de ces personnages prenait le dessus face aux autres barons de la province, puis parvenait à acquérir un pouvoir suffisant pour revendiquer le statut de daimyō dominant. C'est la trajectoire qu'empruntèrent les Mōri dans l'ouest de Honshū, ou encore les Matsudaira (futurs Tokugawa) à Mikawa.

:arrow: Le dernier groupe comprenait des personnages dont les origines sont à chercher dans les couches basses de la société, avec des personnages ambitieux parvenant à profiter du désordre régnant à cette période pour connaître une ascension sociale fulgurante : Hōjō Sōun, Saitō Dōsan, aussi Toyotomi Hideyoshi.

En revanche, les clans de l'élite des guerriers (buke) de la période antérieure à la guerre d'Ōnin, comme les Hosokawa, les Yamana, les Hatakeyama ou encore les Shiba ne parvinrent en général pas à maintenir leurs positions et s'effondrèrent pour la plupart dans les premières décennies de l'époque Sengoku.

Avant de continuer, un peu de géographie japonaise

Avant de continuer à parler de tous ces clans qui s'affrontent à cette époque, je poste une carte montrant les localisations des différentes provinces du Japon médiéval de cette période.

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A cette époque la région de la capitale Kyoto, le Kinai, perdit son rôle politique central et moteur avec l'effacement du shogunat Ashikaga, et connut une très grande instabilité, aucune force stable n'y assurant son autorité. Les provinces en revanche virent émerger progressivement des constructions politiques établies par les seigneurs de la guerre les plus puissants, et leurs successeurs s'ils parvenaient à préserver leur héritage. L'époque Sengoku fut donc aussi une époque d'affirmation politique et de développement des « périphéries », en particulier le Tōkai, Kantō, l'Ouest de Honshū et Kyūshū.


Kyoto et le Kinai : daimyō, temples, ligues et cités

Au sortir de la guerre d'Ōnin, le Kinai, comprenant Kyoto et les provinces l'entourant, restait plongé dans des troubles graves. Une des étincelles ayant allumé le conflit qui avait consumé le pays, la rivalité au sein du clan Hatakeyama, n'avait toujours pas été éteinte, et les deux branches rivales poursuivirent leurs luttes, désormais circonscrites dans le sud de la province de Yamashiro, y provoquant de nombreux dégâts. Les populations locales, déjà exaspérées quelques années auparavant par l'augmentation des taxes, qu'elles avaient faites annuler par leur mobilisation, s'organisèrent en 1585 une ligue qui monta une armée, forçant les deux branches des Hatakeyama à se retirer.

La ville de Kyoto, capitale impériale et plus vaste ville du Japon avait été ravagée au début de l'ère d'Ōnin. ses palais et principaux temples furent pour la plupart incendiés. Le nord de la ville était le quartier officiel, où se trouvaient le palais impérial et le palais du shogun (le palais Muromachi) et le grand temple Shōkoku-ji. Le reste de la ville se développait au sud suivant un plan orthonormé, de longues avenues rectilignes se coupant en angle droit délimitant plusieurs quartiers résidentiels, artisanaux, commerciaux ou organisés autour de sanctuaires. Après la guerre d'Onnin, ce plan régulier explosa et la ville se divisa en deux parties : au nord, l'ensemble appelé Kamigyō regroupant le shogunat, la cour impériale, les principales maisons aristocratiques, et au sud celui appelé Shimogyō, ville populaire, artisanale et marchande, plus densément peuplée. Bien qu'affaiblie, la ville restait la principale métropole du Japon.

Ci-dessous : Représentation de Kyoto à l'époque Sengoku sur un paravent : Vues à l'intérieur et à l'extérieur de la capitale (par l'artiste Kanō Eitoku, v. 1561-1562)
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(cliquez sur l'image pour agrandir)

La guerre d'Ōnin avait aussi bouleversé l'organisation sociale et politique de la ville de Kyoto, qui s'organisa autour de quartiers et sections citadines (machigumi), avant tout pour gérer l'auto-défense dans un contexte de conflits allant tous azimuts (impliquant les seigneurs de la guerre, le shogunat, les temples, les révoltes rurales animées par un fort sentiment anti-urbain, les ligues religieuses) et d'essor du banditisme et plus largement de l'insécurité.

Les principaux pouvoirs politiques de Kyoto étaient tout aussi impuissants à se faire entendre dans les provinces. Le pouvoir shogunal était depuis plusieurs décennies en déclin, et la charge de kanrei, administrateur du gouvernement et maître effectif de la cour du shogun, était transmise au sein du puissant clan Hosokawa, établi dans plusieurs provinces autour de la mer intérieure de Seto. Le shogun retiré Yoshimasa termina sa vie en 1490 dans son domaine de Higashiyama sans jamais revenir à la vie politique. Le shogun régnant, Yoshihisa Ashikaga, tenta vainement de jouer un rôle politique, lorsqu'il dirigea en 1487 une armée dans la province d'Ōmi contre Rokkaku Takayori qui avait pris des domaines de la cour et des temples de la capitale, mais il échoua et mourut peu après.

Le nouveau shogun,Yoshitane Ashikaga, fut forcé de fuir Kyoto en 1493 par le kanrei Hosokawa Katsumoto qui fit alors introniser Yoshizumi. Yoshitane revint à Kyoto en 1499, mais il fut encore chassé par le nouveau kanrei, Hosokawa Masamoto, et se réfugia auprès du principal chef militaire de l'ouest, Ōuchi Yoshioki. Celui-ci leva une armée qui se dirigea vers la capitale en 1507 : Masamoto fut alors tué, et Yoshizumi s'enfuit, permettant à Yoshitane d'occuper à nouveau la fonction de shogun. À ce point, celle-ci n'avait plus de valeur politique ou militaire notable.

Les Hosokawa se divisèrent dans une querelle successorale et furent placés sous la coupe d'un de leurs vassaux, le clan Miyoshi. Les forces Ōuchi restèrent dans la capitale pour protéger le shogun jusqu'en 1518, après quoi elles furent contraintes de retourner dans leurs domaines occidentaux où leur autorité était en péril, laissant la place aux Miyoshi qui contrôlèrent alors à la fois les kanrei Hosokawa et les shogun Ashikaga. Néanmoins Hosokawa Harumoto renversa les Miyoshi en 1532, en faisant assassiner le chef du clan, Motonaga, et reprit le contrôle de la cour du shogun.

Les années qui suivirent furent marquées par la montée en puissance des institutions religieuses, qui étaient des acteurs majeurs des affrontements de l'époque. L'Enryaku-ji du Mont Hiei et le Hongan-ji d'Ishiyama, fondé en 1532, furent parmi les principales forces politiques de la région, en mesure de tenir tête aux principaux chefs militaires grâce à leurs propres troupes.

ci-dessous : L'Enryaku-ji du Mont Hiei
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Les bandes des ligues de la secte Ikkō (Ikkō-ikki, issues du Hongan-ji), et celles d'une mouvance du bouddhisme du Lotus (Hokke-ikki) furent particulièrement actives dans le Kinai à cette période. Elles entraînèrent la région de Kyoto dans des sortes de conflits religieux ayant aussi un fort aspect social (les ligues Ikkō avaient une proximité avec les révoltes rurales tout en ayant pour bases des villes-temples ; celles du Hokke avaient un ancrage urbain), marquée notamment par la destruction du Kōfuku-ji de Nara en 1532 par des membres de la secte Ikkō dans le Yamato, et la défaite des ligues Hokke conduite en 1536 par les troupes de l'Enryaku-ji, qui s'étaient assurées de la neutralité des autres institutions religieuses ainsi que de l'appui du daimyō Rokkaku de la province d'Omi. De même, les institutions urbaines se renforcèrent pour faire face aux troubles du temps : à Kyoto, mais aussi à Sakai, principale ville marchande de la région, certes frappée par un incendie de 1532, mais sa reconstruction fut accompagnée d'une période d'essor remarquable des activités commerciales, et de plus grande autonomie de cette cité. Le Kinai était donc plus que jamais éclaté entre des forces politiques de natures différentes, aucun seigneur de la guerre ne parvenant à s'y affirmer.

La lutte autour du shogunat se poursuivit néanmoins, ce pouvoir restant celui sur lequel comptaient s'appuyer ceux qui avaient pour ambition de dominer la scène politique du Kinai voire celle du pays. Le clan Miyoshi était désormais dominé par Miyoshi Nagayoshi (1522-1564), fils de Motonoga précédemment mis à mort et gouverneur de la province de Settsu, qui parvint progressivement à rétablir son influence : il vainquit en 1547 le seigneur de la guerre de la province voisine de Kawachi, Kizawa Nagamasa, puis il parvint à Kyoto et défit Hosokawa Harumoto en 1549. Ce dernier tenta avec le shogun Yoshiteru un retour trois ans plus tard, mais ils échouèrent. Nagayoshi était dès lors détenteur du pouvoir à Kyoto et ses alentours, où il installa ses collatéraux et vassaux, s'implantant de son côté à Iwori dans la province de Kawachi où il avait évincé ce qu'il restait du clan Hatakeyama.

Mais il délaissa à partir de 1560 les affaires politiques et militaires au profit d'un de ses vassaux, Matsunaga Hisahide (1510-1577), dont la base était située dans le Yamato qu'il avait lui-même soumis, et qui étendit à son tour son influence sur tout le Kinai. Les intrigues de Hisahide provoquèrent notamment la mort d'un des frères de Nagayoshi, peu avant le décès de ce dernier en 1564, et il entra en rivalités avec le neveu et successeur de celui-ci, Yoshitsugu, qui tentait de préserver l'influence des Miyoshi. En 1565, Hisahide provoqua le suicide du shogun Yoshiteru et intronisa Yoshihide, qui ne put même pas rentrer dans Kyoto, alors en proie à de grands troubles, marqués notamment par l'incendie du Tōdai-ji par les troupes de Hisahide qui y pourchassaient des vassaux des Miyoshi. Un autre membre des Ashikaga, Yoshiaki, avait entre temps revendiqué le poste de shogun et fait appel au principal daimyō des provinces du Tōkai, Oda Nobunaga, qui investit Kyoto en 1568, forçant Hisahide à se soumettre et le renvoyant dans son domaine du Yamato.


Entre Kinai et Kantō : Asakura, Imagawa, Oda, Saitō

Après avoir évoqué dans le paragraphe précédent les rivalités autour de la capitale (Kyoto) siège des shoguns, nous allons à présent évoquer les nombreuses rivalités entre clans rivaux dans les autres Provinces du Japon car la situation est instable de partout.

Dans les provinces situées entre le Kinai et le Kantō, le clan Shiba qui détenait au milieu du XVe siècle les fonctions de shugo de Tōtōmi, d'Owari et d'Echizen fut l'un des principaux perdants de l'époque de la guerre d'Ōnin dans laquelle il avait été très impliqué, puisqu'il laissa échapper la domination de ses domaines à ses shugo délégués (shugodai).

Ci-dessous : une petite carte mettant en évidence la Province d'Echizen
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En Echizen, c'était Asakura Toshikage (1428-1481), qui avait débuté la guerre d'Ōnin du côté de l'Ouest avec son seigneur Shiba, mais avait changé de camp entre temps pour rejoindre l'Est et les Hosokawa. Ses mérites au combat lui valurent de se faire confirmer la charge de gouverneur de l'Echizen, où il établit son domaine autour du Château d'Ichijōdani. Ses successeurs du clan Asakura se maintinrent dans la province jusqu'en 1573.

ci-dessous : Entrée du manoir des seigneurs Asakura à Ichijōdani (préfecture de Fukui).
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Le Tōtōmi (province proche de l'Echizen) passa à la fin du XVe siècle sous la coupe d'Ujichika du clan Imagawa, une des branches collatérales des Ashikaga qui avait la charge de shugo de la province voisine de Suruga. Son fils et successeur Yoshimoto (1519-1560) étendit sa domination sur la province de Mikawa, où il soumit les seigneurs locaux, le clan Matsudaira (les futurs Tokugawa). Il entra également en rivalité contre les daimyō de l'ouest du Kantō, les Takeda et les Hōjō, avec qui il conclut finalement la paix dans les années 1550.

En Owari, les représentants locaux des Shiba étaient les chefs des deux branches du clan Oda, ayant leurs sièges à Kiyosu et Iwakura, qui s'affrontaient régulièrement. Un des membres du premier, Oda Nobuhide (1511-1552) se détacha de son groupe et s'installa à Shobata où il posa les bases d'un nouveau domaine, s'étendant vers les provinces de Mino et Mikawa où il fut confronté aux Imagawa. Son fils et successeur Oda Nobunaga (1534-1582) parvint finalement à vaincre les autres branches du clan Oda, à se débarrasser de son frère qui tentait de le renverser, et l'Owari fut unifié en 1559.

La province de Mino était quant à elle confiée aux shugo du clan Toki, mais le pouvoir leur y échappa au profit de leurs shugo délégués, le clan Saitō, puis de serviteurs de ces derniers, les Nagai. C'est alors que commença la remarquable ascension sociale de celui qui devait être connu sous le nom de Saitō Dōsan (ou Saitō Toshimasa ; v. 1494-1556), surnommé la « vipère de Mino » en raison de ses méthodes brutales. C'était un personnage d'origine roturière, apprenti moine puis marchand d'huile et ensuite guerrier pour le compte des Nagai, qui se fit remarquer par le chef du clan Toki, Yorinari, puis renversa les Nagai en 1530 et hérita de la direction de la maison Saitō et du titre de shugo délégué en 1538. Il ne s'arrêta pas là, puis qu'il défit finalement Yorinari Toki, qui se réfugia auprès d'Oda Nobuhide, mais l'affrontement tourna à l'avantage de Dōsan. La fin du clan Toki en 1552 assit sa domination sur Mino. Il s'allia ensuite aux Oda, mariant à fille à Nobunaga. Il fut renversé en 1556 par son fils Yoshitatsu.

Plus à l'ouest, au contact du Kinai, la province d'Ōmi était dominée par le clan Sasaki, qui s'était scindé en deux branches, les Kyōgoku et les Rokkaku, branche aînée et détentrice de la charge de shugo d'Ōmi. Ces deux branches avaient choisi d'appuyer un camp différent lors de la guerre d'Ōnin, la première choisissant les Hosokawa et la seconde les Yamana. Les Rokkaku s'affirmèrent par la suite comme une famille puissante, Takayori repoussant en 1487 la tentative du shogun Ashikaga Yoshimasa de le mettre au pas après qu'il eut saisi des domaines de nobles et de temples de Kyoto. Ses successeurs profitèrent de la situation de leur territoire sur les routes commerciales entre Kinai et Kantō pour se renforcer et devenir finalement un des protecteurs des Ashikaga dans la première moitié du XVIe siècle28. De leur côté, les Kyōgoku disparurent, supplantés par un de leurs serviteurs, Azai Sukemasa, avec l'aide des Asakura et des Saitō, et dominait le nord d'Ōmi, que ses successeurs (notamment Nagamasa) conservèrent malgré les entreprises des Rokkaku pour les dominer29.

En 1560 Imagawa Yoshimoto, sûr de ses forces, décida de diriger ses troupes vers Kyoto, afin de placer la cour sous sa coupe. Sur son chemin se trouvait l'Owari, et plus précisément le château de Kiyosu où résidait Oda Nobunaga, qu'il décida d'attaquer. La bataille d'Okehazama (mai ou juin 1560) vit la défaite totale des troupes des Imagawa, dont le daimyō fut tué, malgré leur très large supériorité numérique, et ouvrit la voie aux ambitions de Nobunaga30. Afin de consolider sa victoire face aux Imagawa, il s'allia à un de leurs plus puissants vassaux, Matsudaira Takechiyo (qui devint officiellement Tokugawa Ieyasu à partir de 1566) qui dominait le Mikawa, et à Takeda Shingen, daimyō de la province de Kai. Ce furent ces deux derniers qui se chargèrent de mettre une fin définitive en 1569 à la puissance des Imagawa, dont le chef, Imagawa Ujizane, devint alors un vassal des Tokugawa. Pendant ce temps, Oda Nobunaga avait tourné son regard vers l'ouest, où il s'était également allié matrimonialement aux Azai et aux Saitō, mais après la mort de Dōsan il élimina ces derniers lors de la prise de leur château d'Inabayama (1567). Ayant désormais des ambitions nationales, il reçut des messages de l'empereur et du shogun destitué Yoshiaki qui souhaitait être rétabli. En 1568 il prit donc la route de Kyoto, éliminant au passage le clan Kitabatake d'Ise et les Rokkaku, et soumettant les villages du district de Kōga.

Cette région vit par ailleurs l'émergence dans le courant du XVIe siècle d'expériences politiques moins hiérarchisées, avec la ligue régionale de la province d'Iga, organisée autour de familles guerrières, qui se consolida surtout dans les années 1560, et entretenait des relations avec le district voisin de Kōga (sud de la province d'Ōmi), qui disposait également d'une organisation communautaire solide32. Les ligues Ikkō étaient également implantées dans la région, avec leur temple-forteresse de Nagashima et d'autres temples dans la province de Mikawa, ces derniers étant détruits par les troupes Matsudaira en 1564 (bataille d'Azukizaka).
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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