La forge du Katana (article par Ujisato)

Culture asiatique au sens large, sujets sur le Japon, la Chine, religions et arts asiatiques, calligraphie, univers des samouraï, mythes et légendes, kojiki, yokaï, littérature et Histoire japonaise ou d'autres pays Extrême Orientaux, cuisine japonaise etc.
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La forge du Katana (article par Ujisato)

Messagepar phoenlx » lun. mars 09, 2009 1:19 pm

Je vous transmets un petit article très intéressant posté il y a quelques années sur allociné par Ujisato (fondateur du clan takeda .. le clan "moderne" hein 8-) une association qui promeut la culture asiatique sous toutes ses formes, il écrit pas mal de choses passionnantes sur les samouraï, anime des conférences et est féru de tout ce qui touche au Japon ; C'est passionnant pour ceux qui s'intéressent un peu aux sabres asiatiques (lui-même en forge parfois et je peux vous assurer que c'est un sacré passionné :D )



Lame du Guerrier

Au XII° siècle, les forgerons japonais, qui exportent déjà leurs précieuses lames d’acier jusqu’en Chine depuis la haute antiquité, mettent au monde une arme redoutable : un grand sabre courbe au tranchant unique. C’est bien d’une naissance qu’il s’agit, car cette arme, sans doute l’une des plus parfaites jamais conçues, n’a rien moins pour destin que d’incarner l’âme du pays tout entier. Au tréfonds des sombres reflets de l’acier luisent les grandes heures de l’Empire, la bouleversante quête de l’homme véritable que mèneront les Samouraï au cours d’un millénaire éclairé par leur lumière ou englouti dans leur ombre. A l’instar de ce clair-obscur saisissant qui accompagnait ceux qui le portèrent dans la fureur des batailles comme sous les frontons impérieux des gracieux palais, le sabre japonais est tout autant un instrument de destruction qu’une voie vers la transcendance, un fil acéré où court l’étroit chemin entre la vie et la mort. C’est pourquoi sa forge sublime la technique prosaïque pour atteindre à la grâce divine d’un art

Un esprit sain dans un corps pur

Avant que d’entamer la longue marche qui conduira le maître à cet absolu, celui-ci se doit de purifier son âme. Ce n’est qu’après des heures de profonde méditation et les ablutions rituelles que le travail peut débuter.
La première étape consiste à réduire l’acier, c’est-à-dire à obtenir quelques onces du métal recherché par la fusion du fer brut et du carbone. Selon ses moyens et sa réputation, le forgeron dispose d’un modeste bas fourneau ou du grand four de forme rectangulaire appelé tatara, qui permet la réduction d’une demi tonne de minerai. Il ne résultera de cette alchimie qu’une bonne centaine de kilogrammes d’acier propre à la forge, une fois écartés les résidus de fonte, sous l’œil vigilant du maître.
Ce métal porte le nom de tamahagane. D’aspect mat et velouté, au grain très marqué presque comparable à la céramique, il présente des caractéristiques esthétiques et mécaniques absolument sans égales, qui jouent pour bonne part dans la qualité mortelle du katana. En outre, la vaste gamme de tons et contrastes obtenus délibérément ou non au cours du polissage tient lieu de véritable grammaire minérale sujette à des lectures mystiques extrêmement codifiées, qui participent d’un imaginaire du sabre résolument ancré dans la religion Shinto.

La réduction s’achève par le raffinage, dont la durée s’étend sur une ou deux journées. L’objet est ici de purifier le métal par l’expulsion des dernières scories. Puis la loupe, le lingot brut, est aplatie sous la forme d’une mince plaque, chauffée au rouge et trempée une première fois. Celle-ci est ensuite brisée au marteau en fragments dont la teneur en carbone est variable. Cette opération est destinée à dégager deux éléments distincts et complémentaires : le kawagane et le shingane, qui sont comme les os et la chair de l’arme, à ceci près que les valeurs sont ici inversées. En effet, comme l’épée du chevalier d’Occident, le sabre du Samouraï est constitué d’un cœur d’acier doux, le shingane, gage d’une flexibilité relative mais vitale de la lame, enserré dans une trousse d’acier dur qui en assure la résistance : le kawagane. Rappelons que l’acier est l’alliage du minerai de fer à une très faible proportion de charbon. Plus cette dernière est importante et mieux le métal résiste au choc. Mais le corollaire naturel à cette dureté est sa fragilité une fois le point de rupture atteint. C’est pourquoi un noyau plus souple, qui permet à la lame de plier sous l’impact pour en absorber l’onde de choc destructrice, a toujours été la marque des armes de qualité. Pour le guerrier, une épée brisée est un signe aussi limpide que son propre arrêt de mort.

Les deux trousses, tendre et dure, sont ensuite recouvertes d’un linge imbibé d’eau argileuse mêlée à de la cendre de paille qui les protégera de l’oxydation à chaud lors du martelage. Il convient maintenant d’insuffler une âme à ce corps sans vie. La forge véritable peut désormais commencer.

Biseau affûté

Après l’obtention de deux lingots homogènes vient le moment du repliage. Les ébauches sont ainsi chauffées afin de les amollir, puis pliées et repliées encore, sans relâche, des centaines de fois successives, de manière orthogonale si le maître souhaite que la trousse acquiert la structure dite itame, semblable à des nœuds métalliques sans cesse aplatis l’un sur l’autre, ou bien longitudinale dans le cas du masame, l’autre option la plus répandue. Le choix de l’une ou l’autre est essentiellement fondé sur des critères esthétiques, et dépend de l’école de forge ou des vœux du commanditaire.

De la masse est alors dégagée la matrice de la lame : le sunobe. Celui-ci est donc constitué d’une enveloppe dure recouvrant un cœur en acier doux. Après soudure du noyau à sa coque, le lingot obtenu est étiré de cinq à six fois sa longueur, soit trois shakus, trois pieds, ce qui équivaut à un peu moins d’un mètre si l’on souhaite réaliser un sabre long, du type katana ou tachi. Le sunobe est chauffé puis frappé sur un seul flanc, en biseau, depuis la pointe, le kissaki, jusqu’à la soie limée, le nakago, qui viendra se loger au creux de la tsuka, la poignée de l’arme. Ce martèlement asymétrique va conférer à la lame sa légère courbure, et augmenter la densité graduellement le long du tranchant.

Au terme de la forge proprement dite, qui représente naturellement une somme colossale de travail pouvant s’étaler sur des mois entiers pour les armes les plus précieuses, vient l’heure de la trempe.

Une sélection guère naturelle

Jusqu’à présent, les diverses étapes exposées dans l’élaboration d’une arme blanche d’excellente qualité n’avaient rien de fondamentalement particulier aux artisans japonais, hormis le fait que ces derniers y apportent un souci de perfection qui se manifeste là aussi par la notion de Voie à part entière. Les maîtres qui forgeaient les épées des princes du Vieux Monde usaient également de cet alliage entre aciers durs et tendres. Quant aux forgerons arabes, ils n’auraient rien eu à envier à leurs contemporains d’extrême Orient, eux qui mettaient un soin amoureux à replier encore et toujours les lames de leurs cimeterres jusqu’à mettre au point le célèbre Damas qui fait toujours école de nos jours auprès de couteliers des plus renommés.

C’est la trempe qui fait en vérité la formidable efficacité du katana. Elle est dite sélective, en ce qu’à la différence des techniques employées par leurs pairs de nos contrées, les maîtres nippons ont conçu une arme dont le fil seul, figé à plus de huit cent degrés, demeure inaltérable.
Le trempage consiste à chauffer à blanc la lame avant de la plonger toute entière dans l’eau fraîche, ce qui produit un choc thermique ayant pour effet de cristalliser instantanément le métal auparavant porté à incandescence. Une fois refroidi aussi brutalement, l’acier est infiniment plus dur à travailler, et plus résistant que jamais. La caractéristique d’un sabre japonais réside dans les cinquante degrés qui séparent la température de trempe du tranchant de celle du dos de la lame. Ce dernier est en effet enduit d’un savant mélange de cendre et d’argile, réfractaire à la chaleur, qui lui conservera sa souplesse à l’inverse de l’extraordinaire dureté du tranchant, trempé lui sans la moindre protection. La décoction est appliquée le long de la ligne de trempe, le hamon, de façon rectiligne, ou selon des figures variées, la plus commune étant à la semblance de vagues. Ce sont ces subtiles iridescences, plus ou moins perceptibles, courant sur sa lame acérée, qui donnent au sabre japonais son aspect unique.

La trempe sélective, qui fait redondance avec l’emploi des deux aciers à teneurs carburées différentes, augmente considérablement la résistance d’ensemble de l’arme en lui garantissant à la fois la flexibilité et l’intégrité de sa structure, mais surtout une exceptionnelle solidité au point d’impact.

Encore faut-il rester poli…

L’enfant est désormais venu au monde. Il faut encore lui enseigner les bonnes manières. C’est l’œuvre du polisseur, bien souvent un autre artiste dont la tâche tient autant de la philosophie que de l’artisanat*. Polir une lame de katana requiert adresse et patience, mais plus encore, c’est l’âme du guerrier qui apparaît bientôt à mesure que les pierres abrasives, au grain de plus en plus fin, éclairent les sombres veines du corps de métal. Au Japon médiéval, le Samouraï qui laisse la rouille piquer la peau froide de son sabre est frappé d’opprobre, indigne de son rang et bien incapable de comprendre l’exigence infinie de la Voie qu’il prétend suivre.
C’est pourquoi le polissage est effectué avec une attention méticuleuse, et renouvelé par la suite aussi souvent que nécessaire en ces temps où le combattant ne tire que trop souvent sa lame, l’exposant de fait aux menaces de la guerre et des intempéries.

Avant que d’être enfin livrée à son heureux possesseur final, la lame passera en d’autres mains, et se verra assortie d’une tsuba, la garde, et scellée à sa tsuka, la poignée, au moyen du mekugi, une modeste cheville de bambou qui maintient pourtant solidaires ces trois éléments, faisant office de véritable clé de voûte de l’édifice. Le guerrier coquet y adjoindra une paire de menuki, de superbes bien que minuscules ornements finement ciselés, lovés au creux du laçage de soie de son arme, et supposés lui assurer une meilleure prise en main.

C’est maintenant au Samouraï de choisir le destin de l’enfant qui sommeille, impatient, dans son fourreau de bois laqué, la saya. S’il est un fils des époques troublées, il goûtera bientôt au sang, à moins que son maître ne soit le premier à mordre la poussière. S’il parcourt au contraire les chemins paisibles de l’ère Edo, dès l’aube du XVII° siècle**, il tiendra sans doute bien plus d’un signe extérieur de richesse, superbement ouvragé, donneur de mort au repos, symbole d’un passé sanglant néanmoins presque révolu.

Grandeur sans décadence

De nos jours, une poignée d’hommes de par le monde perpétue cet héritage, et s’échine à réaliser des armes en se conformant scrupuleusement à ces méthodes qui n’ont pour ainsi dire pas évolué durant un millénaire.
Au Japon, quelques maîtres continuent a forger des katana entièrement à la main, dans la grande tradition, même s’il en coûtera une somme conséquente à celui qui souhaiterait s’en procurer un. Mais à la réflexion, ce bien, presque cette œuvre, qui pourra traverser les âges pour peu qu’il ait la chance de tomber entre de bonnes mains, n’est-il pas infiniment plus précieux qu’une de ces voitures de luxe aux lignes éphémères ?
La notion de patrimoine ne recouvre pas le même sens au Pays des Dieux, et le terme particulier de « trésor national » s’applique aussi bien à la lame d’un vénérable Daimyô du passé qu’à la personne d’un maître bien vivant.
L’antiquité au sens où nous l’entendons en Occident n’a qu’une valeur toute relative au Japon, et une arme réalisée pour quelque senseï peut avoir autant de prix qu’un sabre vieux de plusieurs siècles. Encore faudra t’il que l’insolent candidat à la possession d’une lame authentique sache convaincre l’inflexible forgeron qu’il entrevoit bien tout ce qui palpite, de ténèbres et de lumière, sous la surface froide et bleutée.

La Voie du Sabre n’est qu’un éternel cheminement…

*NDLA : Lire à ce sujet le chapitre intitulé « Le polisseur d’âmes », dans la biographie romancée de Miyamoto Musashi, « La Pierre et le Sabre », de Yoshikawa Eiji.
** Voir l’article consacré à la bataille de Sekigahara.
A lire, entre autres, sur le sujet : « Les japonais et le sabre », de Yoshimura Kenichi.

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Re: La forge du Katana (article par Ujisato)

Messagepar phoenlx » ven. mai 25, 2018 6:46 pm

pour compléter ce topic, je poste un Documentaire du National Geographic à propos de la forge des katana (je suis en train de regarder :D)

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Re: La forge du Katana (article par Ujisato)

Messagepar yoko » ven. mai 25, 2018 10:18 pm

J'ai un katana, enfin un court, on appelle ça un tanto, il est vrai, il est même très coupant, ça 20 ans que je l'ai
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Re: La forge du Katana (article par Ujisato)

Messagepar phoenlx » ven. mai 25, 2018 10:59 pm

moi j'ai des répliques de katana (notamment celui de Kill Bill) et aussi un wakizachi acheté dans un salon mais bon c'est des fake les lames ne sont pas coupantes lol
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Messagepar yoko » sam. mai 26, 2018 10:14 am

J'en avais un aussi en réplique, un katana qui venait du Japon, je l'avais acheté à Evreux dans une boutique en 1999, ça remonte mais je l'ai vendu, je n'avais pas assez de place pour l'exposer.
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Re: La forge du Katana (article par Ujisato)

Messagepar phoenlx » sam. mai 26, 2018 10:52 am

oui c'est le genre de trucs qui prennent beaucoup de place, surtout qu'il faut les placer dans des endroits bien dégagés sinon c'est moche
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Re: La forge du Katana (article par Ujisato)

Messagepar phoenlx » dim. sept. 29, 2019 12:03 pm

petit article vu en partage sur Facebook ce matin :
https://www.ulyces.co/news/ces-katanas- ... VkEXtzFWOw

il nous évoque un samouraï de la fin du 19ème siècle nommé Enomoto Takeaki qui s'est fait forger des katana à partir d'une pierre de météorite !

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Il y a près de 130 ans, un samou­raï du nom d’Eno­moto Takeaki a utilisé une météo­rite pour fabriquer les lames de ses kata­nas. On peut aujourd’­hui en voir un spéci­men excep­tion­nel au musée des sciences de Toyama, au Japon.

À la fin du XIXe siècle, Enomoto Takeaki a acheté une pierre dont la véri­table nature, une météo­rite, avait été décou­verte en 1895 par des géologues. Le célèbre samou­raï a demandé à un forge­ron d’en tirer des lames. Deux grandes lames sont deve­nues des épées et trois lames plus courtes des kata­nas, dont l’un est exposé au musée de sciences de Toyama.

Les cinq lames sont appe­lées « Ryuseito », ce qui se traduit litté­ra­le­ment par « sabres de comète ». Leur compo­si­tion provient d’un alliage de 70 % de fer météo­rique et de 30 % de tama­ha­gane, un métal riche en sable utilisé dans le katana ordi­naire. Des vagues se dessinent sur les lames grâce à des tempé­ra­tures de forgeage très supé­rieure à la normale.

Source : Musée des sciences de Toyama
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