Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Le forum Les Ailes Immortelles a choisi de mettre à l'honneur ce très grand cinéaste qu'est Terrence Malick en lui consacrant une petite rubrique à part. J'invite le maximum de fans de son cinéma à discuter ici pour enrichir les débats le plus possible, et les autres bien sûr à découvrir cet artiste incroyable, véritable génie de la caméra.
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Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Messagepar phoenlx » mar. juil. 22, 2014 2:40 pm

Aujourd'hui je suis tombé sur ce bouquin à la Fnac, apparemment nouveau ( il date de Juin 2014 ), inutile de vous dire que je l'ai acheté direct :mrgreen:

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C'est pas mal il revient sur tous ses films, leurs thématiques, le parcours du cinéaste ( notamment son passé de professeur de philosophie , une grosse place est d'ailleurs accordée à la philo ) je pense que je vais me régaler et ceux qui sont fans du cinéaste devraient le prendre aussi
Le seul bémol , j'aurais aimé qu'il en soit autrement, il est illustré mais par du noir et blanc, c'est un peu dommage quand on sait toute l'importance des images dans le cinéma de Malick, de plus je n'aurais pas forcément pris cette image de couverture correspondant à son dernier film, A la merveille, je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi elle servait d'affiche à ce film alors qu'Olga Kurilenko tient beaucoup plus d'importance, mais bref )

Voici la description issue du site revue-eclipses.com

Véritable énigme du cinéma américain contemporain, Terrence MALICK n’a tourné que six longs métrages en un peu plus de quarante ans de carrière. Cinéaste rare et secret s’il en est, Malick débute en 1973 avec La Balade sauvage et confirme son talent singulier avec Les Moissons du ciel en 1978, avant de disparaître complètement pendant près de 20 ans, de manière totalement inexplicable, ceci au moment-même où son œuvre en germes est déjà considérée comme l’une des plus originales du « Nouvel Hollywood ».

Il faudra en effet attendre 1998 pour que Malick réapparaissent enfin sur les écrans avec La Ligne rouge, un film de guerre intimiste, contemplatif et élégiaque, où le cinéaste réinvestit son style inimitable avec une aisance surprenante, comme si le temps n’était pas passé. La Ligne rouge constitue un second départ pour Malick, qui enchaîne alors les titres à un rythme inattendu : Le Nouveau monde (2005), The Tree of Life (2011) et A la merveille (2013), trois films dans lesquels le réalisateur donne la pleine mesure de sa vision naturaliste du monde, dans le sillage de ses auteurs de chevet que sont Emerson, Whitman et Thoreau notamment.

Aujourd’hui encore, le « cas Malick » demeure incomparable et reste un mystère entier, que ce volume d’Eclipses tente d’éclaircir ou au moins de baliser.
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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar Somewhere » mar. juil. 22, 2014 5:55 pm

En effet, étonnant qu'en couverture de ce livre ils aient mis l'image de son film le moins bon.

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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar 20thCenturyBoy » mar. juil. 22, 2014 7:41 pm

Supernova a écrit :En effet, étonnant qu'en couverture de ce livre ils aient mis l'image de son film le moins bon.


Un avis bien trop répandu, et trop souvent affirmé de manière péremptoire, pour ne pas être louche. Je le perçois comme un véritable double à Tree Of Life, et le plus étonnant c'est quand j'entend une même personne crier au chef-d'oeuvre pour le premier en rejetant en bloc sa "suite", tant les deux films partagent de points communs.
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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar phoenlx » mar. juil. 22, 2014 7:52 pm

Oui je n'irais pas jusqu'à émettre un classement des films de Malick, ils me touchent tous, après, chacun de manière différente et j'avoue que le dernier m'a .. un peu troublé dans le sens où il m'a moins nourri l'esprit et le coeur que d'autres, mais néanmoins beaucoup quand même.
En fait si je tique à propos de cette image c'est plus par rapport à l'affiche de ce film en soi. Le perso féminin principal et récurrent c'est plutôt Olga Kurilenko je trouve, j'ai jamais compris pourquoi ils ne l'ont pas mis sur l'affiche à la place.
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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar 20thCenturyBoy » mer. juil. 23, 2014 11:42 am

Ah oui pour ça je suis d'accord, mais les histoires de marketing ne suivent que rarement des raisonnement artistiques.
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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar phoenlx » sam. août 09, 2014 3:43 pm

Désolé si le texte qui va suivre est long et un peu brut, je voulais rajouter des images, mais impossible avec ma connexion pourrie de camping. Je me contenterai donc d'écrire, en livrant mes sensations sur ce bouquin qui me marque déjà.


J'ai donc commencé à lire ce livre dans le TGV et depuis que je suis arrivé en vacance ; Je me devais d'en parler , en tant que grand fan du cinéaste et des bons livres ^^ ( D'autres posts suivront sans doute car à mesure que je progresse dans sa lecture, pas mal de choses se bousculent dans ma tête, c'est un bel ouvrage - peut-être pas autant sur la forme que le fond mais j'y reviendrai - que tout fan de Terrence Malick devrait posséder, je trouve qu'il arrive très bien à saisir l'essence profonde de ses films, et il m'a donné profondément envie de revoir l'ensemble de ses oeuvres ( chose que je ferai sans doute à mon retour de vacance quand je retrouverai mes DVD et mon matériel familier ^^ )

Au passage, je crois qu'il m'a déjà un petit peu réconcilié avec To the wonder ( A la merveille ) le dernier film de Malick avec Olga Kurilenko et Ben Affleck ; Je pense le revoir prochainement d'un oeil neuf, la lecture de certains passages du bouquin ont fait naître des réflexions nouvelles sur ce film, à n'en point de douter également très riche même si ( certains s'en souviennent sans doute si vous avez parcouru le topic du forum ) je l'avais plus critiqué que d'autres. Je conseille aussi à Nova et à d'autres de le revoir, si possible après la lecture de ce livre. Plusieurs allusions bibliques ( notamment la place symbolique du Mont Saint Michel ) y sont évoquées...

Il faut savoir que c'est un ouvrage collectif, fait plutôt d'une réunion de textes d'auteurs différents, donc avec des styles et approches différentes mais complémentaires ( Le premier chapitre qui est une sorte de biographie de Malick et qui revient sur son parcours est l'oeuvre par exemple d'un certain Youri Deschamp, c'est d'ailleurs ce dernier qui semble coordonner l'ensemble, alors que le texte suivant qui évoque la thématique de la recherche de l'autre monde est signé Michaël Delavaud et ainsi de suite). Parmi les autres contributeurs histoire de les lister on peut citer aussi Violaine Caminade de Schuytter, Saad Chakali, Damien Detcheberry, Arnaud Devillard, Vincent Amiel, Christophe Beney, Pascal Couté, Frédéric Bisson, Pierre Jailloux, Roland Carrée, Jean-Max Méjean, Pierre-Alain Moëllic, Sophie Lécole Solnychkine, Vincent Souladié, Hélène Vally.

Ce qui est bien d'ailleurs c'est qu'on peut lire ce livre sans suivre l'ordre des chapitres, même si j'essai de le faire plus ou moins pour l'instant je fais un peu de saute mouton, et j'aime revenir en arrière , ou aller vers les thèmes que j'aime.

Un chapitre entier est consacré à la place de l'amour dans le cinéma de Malick. Divers chapitres évoquent chacun de ses films, le panthéisme si caractéristique de son oeuvre, l'emprunte métaphysique, mais je ne me risquerai pas à aller trop loin avec mes mots à moi, les auteurs le font beaucoup mieux ( certains passages il faut le dire aussi sont un peu complexes, il y a je trouve des chapitres plus faciles à lire que d'autres, et beaucoup de notions de philosophie sont abordées, que ce soit à travers des allusions à Husserl, à la phénoménologie, à Heidegger que Malick a enseigné pendant un temps, à Emerson, Nietzsche, Kierkegaard, Merleau-Ponty, à Bachelard , à Mircea Eliade, à la poésie notamment Baudelaire, la musique notamment le rapport de certains scènes à Wagner ou Bach, à l'histoire de l'art, à la kabbale et au Zohar, à la Bible, au Cantique des cantiques ... Autant de choses qui baignent son cinéma. Certaines connexions et comparaisons sont évidemment faites aussi avec d'autres oeuvres du cinéma, des grands films comme le 2001 l'Odyssée de l'espace de Kubrick voire à Hayao Miyazaki ou encore Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio
( voir ce topic sur ce film sans paroles assez fascinant)

Autant de petits détails qui parleront forcément aux cinéphiles, qui m'ont parlé mais comme vous pouvez le "sentir" il est bon d'avoir une certaine culture , du cinéma, de la philosophie , de l'art , pour le lire ( moi-même sans doute que plein de choses m'échappent )


Une grosse partie de l'oeuvre revient sur les thématiques de Tree of life, mais aussi les autres films ( on ne peut pas dire que le découpage soit fait par films, c'est plus thématique mais certains chapitres sont tout de même plus tournés vers un film en particulier, j'ai énormément apprécié notamment celui qui s'intitule L'arbre du monde et le Dieu invisible ... )

Un chapitre revient aussi sur Holly incarnée par Sissy Spacek, l'héroine de Badlands et les thèmes du film, on trouve aussi pas mal d'allusions à la place de l'eau dans son oeuvre, des rivières ( un chapitre entier s'intitule d'ailleurs L'extase de la Baie ) et plein d'autres choses dures à décrire. Les auteurs sont érudits et passionnés, c'est une évidence et ceci rend cette lecture foisonnante de détails, d'allusions, digne d'intérêt même je dois l'avouer pour certains passages un peu complexes car ça me donne envie de creuser, de faire des recherches annexes, on trouve diverses petites annotations (les auteurs se référant parfois à d'autres articles de la toile ou de la presse écrite, à allociné, à certains philosophes, certains écrivains )

Je n'ai pas encore lu ce chapitre mais il y a par exemple aussi une longue analyse du rapport de Malick aux transcendantalistes , comme Whitman, Thoreau, ami d'Emerson , ainsi qu'à toute la nostalgie des origines qui baigne son cinéma ( origines de la vie comme dans les scènes fameuses de Tree of life, origines de l'être humain, rapport à l'enfance , mais aussi origines des Etats unis d'Amérique). Au détour des chapitres on se laissera ainsi charmer tantôt par des évocations d'Huckleberry Finn ou à l'expédition du Kon Tiki ...

Les réflexions écologiques et sur le massacre de l'environnement par l'Homme ne sont évidemment pas oubliées, d'ailleurs n'allez pas croire que tous ces thèmes sont analysés un à un sans liaisons, ceux parmi vous qui connaissez déjà bien le cinéaste savent à quel point tout est relié par une profonde alchimie. L'Amour de deux êtres humains, comme celui d'Olga ( Marina, dont le nom évocateur de la mer n'est d'ailleurs pas choisi au hasard ) et Ben Affleck ( Neil ) dans A la merveille fait évidemment échos à l'Amour de Dieu , ce Dieu invisible et si difficile à saisir, le définir et l' "attraper" même dans les films malickiens n'est pas chose aisée.

Moi-même je dois l'avouer qui suis proche de la philosophie de Spinoza j'ai souvent vu dans les films de Malick un rapport puissant avec ma propre philosophie, je me sens en osmose avec eux, mais pour autant le Dieu des films de Malick est -il un concept immanent à la nature comme celui de Spinoza ? C'est dur à dire et le cinéaste semble plutôt osciller sans arrêt entre immanentisme et transcendantalisme , mais aucune vision n'écarte l'autre je pense. C'est très subtil. Un gros paragraphe évoque d'ailleurs Teilhard de Chardin et sa vision métaphysique singulière ( le point Omega et le Christ cosmique ) pour ceux à qui ça ne parle pas, rendez-vous sur ce topic du forum !

Il faut voir le point Omega comme en-dehors du monde. Comme le dit l'auteur du chapitre en question, entrer dans le monde, c'est passer la bouche de l'Enfer. Toute la création est une vallée de larmes, Lacrimosa
( il s'agit bien sur de la fameuse musique avec des choeurs religieux qui accompagne les scènes cosmiques de Tree of life, vous saisissez le parallèle ^^ )

L'emprunte créationiste est également évoquée, même si divers parallèles sont faits aussi avec le darwinisme ( ce qui peut sembler paradoxal ) mais j'essairai là encore de revenir sur le finalisme et l'escathologie malickienne plus tard ( n'hésitez pas à en débattre entre vous, mais là pour le moment, j'essai simplement de vous montrer certaines idées fortes présentes dans ce livre que j'ai commencé, et qu'il faudra creuser, pourquoi pas par un petit débat philosophique entre nous ^^ ) On a bien sûr des allusions à tout celà dans le cinéma de Malick, ainsi qu'à la Kabbale , au Zohar ( Mais j'essairai de revenir sur celà à mon retour de vacance, pour le moment ce n'est vraiment pas pratique d'écrire .. ) ; Pour revenir à l'image de l'arbre de vie d'ailleurs Darwin avait défendu cette idée schématique dans L'origine des espèces.
il y a aussi dans les annotations une petite citation très parlante de R.Ruyer que je veux vous citer , extraite de l'ouvrage Dieu des religions, Dieu de la science, avec notamment une petite allusion aux upanishads, textes sacrés hindouistes bien connus ^^



C'est la totalité du monde qui est saisie à travers l'image de l'arbre, idéogramme métaphysique non seulement dans les Upanishads, mais déjà dans les cultures inférieures. Idéogramme admirablement choisi pour figurer le monde, dans sa coalescence avec un autre monde qui ne cesse de le nourrir, et pour figurer l'unité se faisant multiplicité, la multiplicité nourrissant l'unité, et la circulation incessante du ciel à la terre, inséparables l'un de l'autre."





D'autres passages m'ont parlé aussi lorsque l'auteur revient sur certains plans emblématiques de Tree of life, notamment celui sur le vol d'étourneaux au-dessus des gratte-ciel où travaille Sean Penn , on a des réflexions intéressantes sur l'essence de la vie, sur l'émergence ( voir le topic du forum ) , l'image du vol d'oiseaux et de la comparaison avec certains phénomènes cosmiques m'a d'ailleurs rappelé un très bon livre de l'astrophysicien Hubert Reeves : Oiseaux, merveilleux oiseaux, que j'avais évoqué dans ce topic ( quand je vous dis parfois que beaucoup de topics du forum sont un peu reliés entre eux, dans la rubrique astronomiques, dans la rubrique Arayashiki où on évoque souvent des thématiques philosophiques, dans cinéma, je crois que Terrence Malick est décidément un cinéaste qui me parle terriblement et c'est une des raisons pour lesquelles j'ai absolument voulu lui donner une place de choix ici ( avec une rubrique à part ) Pour moi-même, il est au coeur de plein de choses, un peu comme un trait d'union.

Je ne résiste pas à l'envie de faire une longue citation du petit passage sur le vol d'étourneaux que j'évoquais juste avant :



Le grand récit de la Création est précédé par une image-idée cruciale : un nuage d'étourneaux est en train de passer entre les immeubles de la grande ville, ne cessant de se transformer dans un mouvement continu qui ne maintient son unité "qu'en catastrophe". La structure dissipative de l'essaim est un ordre auto-organisé, résultant d'un jeu de force entre les individualités qui le peuplent. Cette scène pose ainsi le problème de la nature de l'unité du cosmos : l'unité n'est-elle qu'une résultante du chaos ? Le monde n'est-il qu'une nébuleuse d'individus-gouttes sans liaison les uns avec les autres ? Le nuage d'oiseaux est isomorphe au chaos urbain, grouillant, comme la tour où travaille Jack - d'individus qui se concentrent, se croisent et se cotoient sans se toucher. Même dans le lit de sa maison où Jack se réveille, le dos tourné à sa compagne, on ne se touche pas. Cette hypoesthésie contraste avec l'hyperesthésie tactile de son enfance : quand il risque sa main sous l'eau du robinet, il ne sait plus toucher. La nuée d'oiseaux est presqu'aussitôt mise en parallèle avec le nuage moléculaire d'hydrogène qui va former la galaxie. Au matérialisme statistique des atomistes , Malick oppose un finalisme. Il veut montrer l'unité d'impulsion, de direction et de structure de l'Univers.

La vieille coutume de planter un arbre à la naissance d'un enfant exprime le désir d'immortaliser l'évênement, de le faire participer à l'immortalité de la nature naturante. Ainsi Malick relie toutes les naissances de la vie sur Terre : la naissance du fils n'est qu'un évênement microscopique dans un faisceau de gestations et de maturations à différentes échelles. Des nuages d'hydrogène et de la fusion nucléaire jusqu'à la formation des planètes, tous les évênements cosmiques sont traités comme des embryogenêses. Comme le dit Ruyer, " toute naissance est aussi miraculeuse que la légendaire naissance de Bouddha ou de Jésus ". Malick regarde chaque évênement de la cosmogenèse comme on regarderait la naissance de Jésus.




( Frédéric Bisson, extrait du chapitre L'Arbre du monde et le Dieu invisible )

Toujours du même auteur et chapitre, et même si j'aimerais vous citer tout le développement textuel intermédiaire ( très intéressant ) , une autre petite citation , qui est en fait une citation de Ruyer dans La Gnose de Princeton :



" Le Dieu dont l'Arbre de la Vie est le corps apparent n'a commencé, et seulement sur la Terre, qu'il y a quelques milliards d'années. Il n'est ni infiniment puissant, ni infiniment sage, ni infiniment bon ou juste. Il se trompe, il échoue en beaucoup de ses rameaux, qui se flétrissent. Il se contredit souvent. Il se dévore lui-même, et ne peut concilier toutes ses forces et ses qualités. Mais, en contrepartie de ses limitations, il est "crédible", et même, malgré ses défauts, aimable et admirable, quand il prend la forme des ailes du papillon ou de l'oiseau, des pétales des fleurs, ou des visages des êtres que nous aimons et admirons.





Une autre petite allusion que je voulais vous raconter qui m'a parlé ( en tant que fan des terres du milieu et des univers de Tolkien, je parle du VRAI Tolkien, et pas de la vision souvent déformée et commerciale de son oeuvre par Peter Jackson dans ses films ) concerne une petite comparaison entre Olga Kurilenko dans A la merveille et une elfe. Elle est très aérienne ( bien que, comme je l'évoquais, son nom fait aussi référence à l'eau, et au monde marin, mais comme les elfes me direz-vous qui sont souvent des amoureux de la mer dans le silmarillion ; cette eau si présente au Mont Saint Michel , lieu fascinant à la frontière entre deux éléments, l'eau et la terre justement, symbole des deux amants, Ben Affleck étant plus terrien, et incarnant sans doute le côté plus matérialiste propre à l'homme. Olga elle passe son temps à danser, comme une elfe effleurant la surface de l'eau, légère et aérienne, souriante même quand elle est triste. Ceci m'a vraiment rappelé la descriptions de certains elfes par Tolkien, et notamment Luthien Tinuviel, l'amante de Beren ( si je le dis c'est aussi car nous l'avons proposé comme actrice potentielle sur le forum pour incarner pourquoi pas Luthien dans le cas d'un éventuel film sur le silmarillion, un jour ^^ ceci m'amuse car finalement les mots même de l'auteur de cet ouvrage sur Malick et ses analyses rejoignent plus que jamais ma perception, je pense qu'Olga serait parfaite pour incarner celà ^^


Concernant la forme ( je la critiquais un peu plus haut dans ce post ) je suis un peu déçu que les images distillées au fil des pages soient assez petites, à part quelques unes en pleine page, et surtout, en noir et blanc et non en couleur, c'est un peu dommage, surtout quand on sait à quel point l'esthétique visuelle est grande devant une oeuvre du cinéaste. Mais le livre dans une version en couleur et plus luxueuse aurait sans doute été bien plus cher.

C'est un magnifique compagnon que je recommande ! Achetez le et lisez-le si vous aimez le cinéma de Terrence Malick ! Il vous donnera envie de pour replonger dans l'ambiance si particulière de ses films, à la fois apaisante pour l'esprit, riche philosophiquement et métaphysiquement, et attisera sans doute votre curiosité, en vous faisant entrevoir même certaines petites choses que vous n'aviez pas perçu ! Dans les prochains posts si j'ai le temps ( ou à mon retour chez moi car là je suis en camping ) j'essairai de vous faire d'autres citations bien senties de passages qui m'ont marqué ... Cette mini présentation n'était qu'un début, un point d'ouverture pour qu'on en discute, car il y a vraiment beaucoup à dire et je ne peux parler de tout, d'autant que je n'ai lu qu'un tiers pour le moment, mais je voulais vous faire percevoir un peu ce qu'il contenait en me concentrant surtout sur les thèmes qui me parlent mais il y en a d'autres abordés aussi. Plus j'avance dans ce bouquin plus je regrette qu'il n'y ait pas plus de fans ici ( et plus je vois des choses à creuser pour la rubrique, c'est de bon augure pour le futur ^^ )
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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar 20thCenturyBoy » dim. août 10, 2014 12:28 am

Les fans sont présents mon ami. :wink:
On n'a malheureusement pas tous le temps de s'impliquer en lisant ce livre ou au point de répondre à tes énormes pavés mais sois sûr qu'on te lit avec grand intérêt !
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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar Somewhere » dim. août 10, 2014 12:41 am

J'étais en train de lire aussi. :D

Le passage sur les oiseaux qui forment une conscience collective me rappelle un film en ce moment à l'affiche, Lucy, de Luc Besson, et sur les capacités du cerveau humain. J'en parlais avec mon père aussi qui est à fond dans ce domaine, le cerveau dont une partie est inutilisée, il est suggéré que l'utilisation de cette zone permettrai de communiquer avec ce qui est autour de nous, formant ainsi le tout qui nous entoure comme un moi unique. Tel tous les neurones d'un cerveau, nous êtres vivants sommes tous en ce monde connecté entre nous, connecté à la Terre. Alors j'aime bien cette idée car elle évoque bien sûr la très belle théorie Gaïa, on pourrait aller encore plus loin en disant que tout dans l'univers est connecté, tout vient d'une même origine, et tout garde un lien.

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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar phoenlx » dim. août 10, 2014 11:17 am

Hypernova a écrit :J'étais en train de lire aussi. :D

Le passage sur les oiseaux qui forment une conscience collective me rappelle un film en ce moment à l'affiche, Lucy, de Luc Besson, et sur les capacités du cerveau humain. J'en parlais avec mon père aussi qui est à fond dans ce domaine, le cerveau dont une partie est inutilisée, il est suggéré que l'utilisation de cette zone permettrai de communiquer avec ce qui est autour de nous, formant ainsi le tout qui nous entoure comme un moi unique. Tel tous les neurones d'un cerveau, nous êtres vivants sommes tous en ce monde connecté entre nous, connecté à la Terre. Alors j'aime bien cette idée car elle évoque bien sûr la très belle théorie Gaïa, on pourrait aller encore plus loin en disant que tout dans l'univers est connecté, tout vient d'une même origine, et tout garde un lien.


oui je suis très proche de cette vision des choses aussi
je ne savais pas qu'ils parlaient de ça dans Lucy :shock: Il faudrait absolument que je le vois à mon retour de vacance ce film
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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar phoenlx » lun. août 11, 2014 10:12 am

ci-dessous : Ralph Waldo Emerson ( philosophe et poète américain, je voulais attaquer ce nouveau post par son évocation car il est l'un des penseurs qui inspirent profondément l'esprit des films malickiens, l'un des chapitres du bouquin est d'ailleurs consacré à lui et aux Transcendantalistes, mouvement philosophique Idéaliste auquel il appartient .. )

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je cite le livre, afin d'évoquer cette pensée ( vous sentirez aisément le rapport à Malick, c'est au passage une philosophie dont je me sens assez proche aussi, malgré quelques nuances :mrgreen: )

L'unité de l'Homme et de la nature forment une unité spirituelle d'essence divine. L'idéalisme emersonien a des accents panthéistes : l'unité avec la nature est une unité avec Dieu. Dieu irrigue l'ensemble du monde matériel , il est l'Esprit Universel qui traverse la nature, si bien qu'en ne faisant qu'un avec elle, l'homme ne fait qu'un avec le divin. Cette nature divinisée n'est pas à distance de l'homme, elle letraverse sans cesse :

" [...] L'Esprit, c'est à dire l'Etre supprême, ne construit pas la nature autour de nous , mais la fait faillir à travers nous, comme la vie de l'arbre fait jaillir des branches et des nouvelles feuilles à travers les pores anciennes "

Unissant l'Homme avec la nature l'Esprit universel, c'est à dire Dieu , unit par là les hommes entre eux dans une même réalité spirituelle : " C'est une âme unique qui anime tous les hommes "

Quoiqu'il soit toujours difficile d'étiqueter une pensée aussi dense et aussi riche, le Transcendantalisme d'Emerson pourrait se caractériser comme un monisme spiritualiste tout autant qu'un panthéisme. Dieu est partout, la nature est sa création, non pas séparée de lui mais qu'il habite. Partant, la nature est avant tout une réalité spirituelle. L'homme , dont la vérité réside dans l'esprit, communie avec la nature et ainsi avec Dieu. Les hommes ne sont pas des individus séparés, ils participent tous d'une même âme incarnée dans la nature à laquelle l'humanité est profondément unie. Le monde est une unité , tous ses éléments forment un Tout spirituel dans lequel fusionnent l'homme et la nature au sein d'une même réalité divine.
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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar Somewhere » lun. août 11, 2014 10:29 am

Ah ben c'est ce que j'arrête pas de dire ça. :tire-langue:

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Re: [Livre] Terrence Malick (éditions Eclipse - revue de cinéma)

Messagepar phoenlx » dim. août 31, 2014 11:32 am

Je poste un petit article du site culturepoing.com à propos de ce livre , qui parle de ses thèmes
( article signé Enrique SEKNADJE )

Un numéro de la revue "Éclipses" sur Terrence Malick.

Malick l'enchanteur

C'est peu dire que Terrence Malick est un cinéaste hors-normes, au parcours atypique car en pointillés marqués, à l'oeuvre esthétiquement et philosophiquement radicale, et qui divise. La revue Éclipses vient de lui consacrer un beau numéro, coordonné par son rédacteur en chef Youri Deschamps - et c'est à point nommé qu'il y est question d'éclipse à propos de cette carrière sus-mentionnée, celle d'un artiste ayant une vision cosmique de la vie. Les ouvrages en français sur Malick ne sont pas nombreux. C'est donc une bonne chose que sorte cette étude. Elle ajoute à ce qui a déjà été écrit, complète, discute - en donnant des références. Un travail collectif qui prend la forme d'une superposition et association de différentes voix, à l'image du cinéma de Malick - l'idée de la « fugue » malickienne est étudiée par Pierre Jailloux dans son texte : « Calme bloc ici-bas » -, où l'on peut faire dialoguer les textes entre eux, mais aussi avec d'autres écrits, et dialoguer en tant que lecteur/spectateur avec chacun d'eux.
On pourra s'étonner que la photo de couverture propose une image tirée de À la merveille, le film le plus décrié de Malick. Une oeuvre que l'on peut juger maniérée et pauvre de substance. Mais, outre le fait que c'est peut-être le titre auquel il est ainsi fait référence qui est le plus important, outre le fait que la photo est objectivement belle - l'Amour vécu sur fond de paysage relativement serein, avec effleurement de visages -, on constate que les études sur des films d'auteur qui posent problème présentent toujours l'intérêt, lorsqu'elles sont bonnes, d'attirer et concentrer l'attention du lecteur-spectateur sur ce qui reste gravé en l'esprit, subsiste en la mémoire, au-delà des appréciations négatives. En ce sens, le texte de Jean-Max Méjean, qui fait écho à la couverture, rend grâce à cette œuvre qui peut décevoir au regard d'autres films de son auteur, mais qui en même temps touche avec persistance par son caractère flottant, épuré, intime, par la présence à la fois proche et lointaine de la matière de l'expression... Méjean travaille sur les références religieuses, convoque l'onosmatique, évoque avec l'aide de Bachelard les éléments que représente Malick. Il souligne bien le mouvement d'oscillation - opposition et complémentarité - dans la représentation visuelle et narrative du cinéaste, entre la légèreté (la femme) et la lourdeur (l'homme) - Frédéric Bisson fait, dans son propre article, et précisément à propos de The Tree Of Life, directement référence à la Pesanteur (le père) et la Grâce (la mère) de Simone Weil.

Les textes sont divers par leur approche et leur style, et c'est bien ainsi. Certains sont consacrés à un film en particulier : Pierre-Alain Moëllic travaille sur Le Nouveau Monde - et l'amour ; Myriam Villain sur La Ballade sauvage - et les voix « in » et « off »... D'autres abordent des thèmes et des problèmes intellectuels de façon transversale : Pascal Couté s'intéresse aux rapports de Malick avec la philosophie de Ralph Waldo Emerson, Frédéric Bisson à la conception et représentation malickiennes de Dieu et de la figure christique - « théologie » et « christologie »... D'autres, enfin, évoquent des aspects spécifiquement formels du cinéma de l'auteur des Moissons du ciel : Roland Carrée se consacre au mouvement de travelling et à la tendance malickienne à filmer les personnages de dos ; Jérôme Lauté à la musique et, en un rapide mais intéressant parallèle avec Kubrick, au rapport entre celle qui est préexistante à un film et celle qui est écrite pour lui...
Notre liste n'est pas exhaustive.

Beaucoup de réflexions et d'analyses intéressantes ressortent de l'ensemble des textes. On soulignera celles qui concernent le rapport entre visuel et narratif chez Malick. L'importance de la représentation du paysage, de la Nature, du Cosmos. Le caractère ténu de l'« histoire », de l'intrigue - voire l'absence ralative, parfois, de celles-ci. En termes aristotéliciens, on pourrait donc bien évoquer la primauté de l'Opsis sur le Muthos. On ajoutera bien sûr, cependant, qu'un autre élément essentiel est présent dans ce cinéma : ce que Pierre Jailloux appelle les « chuchotements à soi-même »... Donc : La Dianoia ou pensée discursive. Images contemplatives et interrogations in petto. Observation et méditation.

On ne saurait trop conseiller la lecture, l'acquisition de ce nouveau volume de la revue Éclipses. Sa lecture permettra, entre autres, de patienter d'ici la sortie prochaine du nouveau film du réalisateur : Knight Of Cups.

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"The Tree of life" et "Le Nouveau monde"


Remarques sur The Thin Red Line et le transcendantalisme émersonien.

The Thin Red Line est indubitablement le film le plus abouti, le plus prenant de Malick. C'est pourquoi nous nous y arrêtons ici et mettons en exergue le texte que Pascal Couté lui consacre - « Je suis l'amant de la beauté infinie et immortelle ». On trouve dans The Thin Red Line, exploitée sublimement, l'association des voix individuelles qui forment une Unité spirituelle. Le lien ainsi symbolisé entre les êtres humains. Ce que dans d'autres contextes ou époques on a nommé la coralità, un terme italien qui renvoie plus ou moins directement au concept heidegerrien de l'être-avec. Saad Chakali évoque un « choeur homérique peuplé d'une demi-douzaine » de « voix », dans son texte sur le « geste ». En son introduction, Youri Deschamps mentionne l'« oversoul » d'Emerson, traduit généralement par « surâme » - terme français que reprend Christophe Beney dans son écrit sur l'« eau » et le « fleuve » chez Malick. Dans le film, une voix dit : « Peut-être que tous les hommes possèdent une grande âme dont chacun est une partie. Tous les visages d'un même homme. Un grand Moi. Nous ensemble. Un seul « Être ». Emerson, au début de son essai intitulé « L'Histoire » écrivait : « Il y a un seul esprit commun à toute individualité ; tout homme est en communication avec cet esprit et, par lui, avec tous les hommes ».
C'est dans ce film riche, subtil, complexe, que la tension est la plus forte entre communion et dysharmonie, indolence et violence.

Le style de Pascal Couté est limpide et l'analyse qu'il fait de La Ligne rouge semble couler positivement de source. L'auteur montre et démontre ce qui rapproche Malick d'Emerson et ce qui l'en éloigne. On sait qu'avant de devenir pleinement cinéaste, Malick a étudié la philosophie - en suivant notamment les cours de Stanley Cavell qui s'est intéressé de près au septième art -, et l'a enseignée un court temps. Malick a travaillé Heidegger, Husserl, Wittgenstein, Kierkegaard, mais aussi les transcendantalistes comme l'auteur de Nature et Henry David Thoreau. Cavell a d'ailleurs écrit un ouvrage important sur Emerson : The Senses of Walden.

Couté fait ressortir la dialectique qu'on trouve chez le réalisateur et dans son film entre accord et conflit, au sein même de la Nature, et le fait qu'elle se retrouve donc nécessairement en la réalité et l'Histoire humaines. La première voix que l'on entend commence ses questions ainsi : « Qu'est-ce que cette guerre au cœur de la Nature ? Pourquoi la Nature rivalise-t-elle avec elle-même ? ». Il y a aussi, donc, l'idée que l'homme peut se retrouver en conflit, non seulement avec ses semblables, mais avec la Nature - pas de façon externe, à travers un dualisme, mais tout simplement parce qu'il en est une composante. Il y aurait peut-être finalement une sorte de monisme malickien qui inclurait cette donnée de l'antagonisme violent et épisodique entre les éléments composant le Monde. Couté écrit que cette idée de la guerre inhérente à la Nature n'est pas, selon lui, fondamentalement émersonienne. C'est probable, et il est clair que Malick ne peut être réduit au penseur et à l'écrivain de Concord. D'autres influences sont discernables en lui - on le comprend bien à la lecture de ce numéro d'Éclipses où il est également question, entre autres, de Heidegger. Emerson n'avait pas, par ailleurs, une pensée figée. Et ce ne sont que certains aspects de sa philosophie que l'on peut retrouver chez Malick qui, lui, ne fait pas un cinéma monolithique.
De l'un à l'autre, les films de Malick présentent des différences. Chaque oeuvre est riche de points de vue divers - au niveau des personnages -, et peut même receler une pensée et une vision du cinéaste qui sont multi-faces, voire, parfois, apparemment contradictoires. Prenons quelques points : il y a une Unité spirituelle formée par les hommes et leurs voix, et pourtant ces voix - pensées ou discours oral -, ne vont pas toutes dans le même sens et, qui plus est, portent chacune de la Raison... Il faut mentionner les points de vue différents sur la vie et la guerre du soldat Witt et du lieutenant Welsh. Celui-ci est un rationnel, terre-à-terre, qui ne se fait pratiquement aucune illusion, et qui ne voit dans les conflits armés humains que lutte pour l'appropriation et mensonge meurtrier et cynique de la part de ceux qui dirigent et gouvernent. Qui considère que chacun doit penser à lui-même, se protéger et mettre à distance ce qui l'entoure. Son subalterne est un illuminé, un « magicien » - le terme est de Welsh -, qui conçoit l'Humanité en terme de « famille » et qui cherche à retrouver l'Union originelle à travers une mort sacrificielle. Qui a une vision mystique du bien et du mal, du paradis et de la chute, de la souffrance - la souffrance est rédemptrice. Il y a celui qui pense que seul existe le monde terrestre et que tout ce qui se vit, s'y vit - Welsh -, et celui qui croit en l'au-delà, un « nouveau monde » - Witt. La voix de Witt, à un moment : « Un homme regarde un oiseau agonisant et pense qu'il n'y a que douleur sans réponse. Un autre homme voit le même oiseau, ressent la grâce. Il sent quelque chose qui sourit à travers lui ».
Il serait présomptueux de ne voir Malick qu'en Witt, et pas en Welsh. Emerson s'est fait, de son côté, et au risque de donner l'impression de se contredire lui-même, le défenseur d'un certain individualisme anti-social, de la confiance solide en soi - « self-reliance » -, de la solitude, de l'héroïsme. On retrouve ces caractères et chez Witt et chez Welsh. Ceux-ci sont des personnages complexes. Welsh est sensible sous ses airs de dur. Witt « fort » et résistant sous ses airs rêveurs.

Il y a, dans The Thin Red Line, une Unité spirituelle formée par les hommes et leurs voix, mais il y a bien - comme le mentionne Hélène Vally à la suite de Michel Chion dans son texte sur le « feu » et la « nuit » chez Malick - une « solitude » que semblent trahir, exprimer les personnages. La Nature est belle, mais tous les personnages ne sont pas attentifs à elle. Il y a conflit dans la Nature, mais la Nature - animaux et végétaux - ne semble pas forcément agressive envers l'homme. Elle était représentée plus hostile et nuisible au soldat venu de l'extérieur dans le roman dont s'est inspiré Malick : The Thin Red Line de James Jones (1962). Jean-Michel Durafour, dans son texte sur le film publié dans la revue en ligne Cadrage, a raison d'évoquer l'indifférence des animaux vis-à-vis des hommes et leur distance - représentée y compris à travers la forme filmique.

Couté montre bien, ensuite, que si certains personnages de The Thin Red Line, principalement le soldat Witt, sortent de ce qui étaient pour eux à un moment un jardin édénique, ils sont en mesure de le retrouver dans la Mort, qui, elle, n'est pas antithèse de la Vie, mais fondamentalement liée à elle. À ses yeux, Malick retrouverait donc là Emerson - lequel concevait l'immortalité, celle de l'âme.

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Les crocodiliens dans "The Thin Red Line"

Plusieurs contributeurs de la revue évoquent le crocodilien que l'on voit au début du film, et parlent d'un alligator en reprenant une observation et une interprétation de Jean-Michel Durafour faites dans Cadrage. Une image problématique, car l'alligator ne vit pas dans la région où se situe l'action et parce qu'elle pourrait faire en quelque sorte faux-raccord - le « jump cut » est une figure essentielle du cinéma de Malick - avec l'animal vu plus tard, capturé par les Américains : un crocodile. Malick représenterait ainsi symboliquement une hétérogénéité entre des milieux censés être homogènes, une différence entre des espèces censées faire partie d'un même univers. Sachant qu'il est souvent malaisé de distinguer les deux sortes de crocodiliens et ayant eu quelques doutes sur cette différence affirmée entre les deux animaux, nous avons montré les deux images que nous avons tirées du film, et que nous présentons ci-dessus, au spécialiste des crocodiles et reptiles Luc Fougeirol. Il nous a répondu qu'à son avis, au vu de ces deux snapshots, « les deux animaux sont de la même espèce : crocodylus porosus, appelé crocodile de mer, ou crocodile indo-pacifique ». Et qu'il « est fréquent en Australie, Papouasie, Indonésie, jusqu'en Inde ». On pourrait donc être amené à nuancer, plutôt que forcément à contredire, le propos de Durafour - en tout cas pour cette représentation précise.
L'image du premier crocodilien est cependant bien la preuve que la prédation est au cœur de la Nature. Cet animal, cette image sont à nos yeux essentiels, car ils sont à la fois élément et représentation du réel et symbole. Le crocodile, notamment lorsqu'on le voit aux mains des Américains, représente probablement autre chose que lui-même en même temps que lui-même : le Japonais. L'étymologie du terme crocodile fait apparaître l'expression grecque de « peau jaunâtre ». Si les Japonais sont symbolisés par un être vivant appartenant de plain-pied à la Nature, c'est qu'ils sont eux-mêmes représentés à certains moments du film comme se fondant à celle-ci, comme y appartenant fondamentalement. Les Américains ne semblent parfois rien voir d'autres que le paysage... Calme et impassible, mais finalement hostile malgré les apparences - l'ennemi y est caché. En ce sens, il s'agit bien pour Malick de représenter un combat de l'homme contre la Nature.
Mais les Américains sont représentés à la manière des Japonais. Il semblent bien qu'ils soient pour ceux-ci ce que ceux-ci sont pour eux. Les différents belligérants sont dans le même navire. Les Américains font partie eux aussi de la Nature car ils sont en guerre, parce qu'ils se cachent au profond des herbages. Ils vivent, notons-le par ailleurs, des conflits internes. Et bien que faisant partie de la Nature, ils nuisent à celle-ci et nuisent aux populations qui sont plus proches d'elles qu'ils ne le sont. Ils lui nuisent parce que la Nature se nuit à elle-même et aussi, certes, parce qu'ils sont des êtres de culture, supposés civilisés, possédant des moyens techniques destructeurs. Parce qu'ils sont des conquérants dénaturant le monde - on est proche ici du film Le Nouveau Monde.

Les différentes populations mises en scène, notamment les militaires, ne sont pas inscrites au sein d'un schéma manichéen. Les notions de semblable, de prochain, d'autre, d'étranger, d'ennemi ou d'ami, d'opposant ou d'adjuvant, sont des plus relatives chez Malick et ne sont pas (égo)centrées en un point de vue, étroit, qui lui serait strictement personnel. Comme leurs ennemis, les Américains peuvent se conduire comme des bêtes. Un soldat japonais, blessé après l'attaque finale, à qui un soldat ennemi, arracheur de dents de cadavres, annonce avec une certaine cruauté jubilatoire qu'il va mourir, répond et répète du fond de sa souffrance, dans sa langue natale, par une phrase qui n'est pas traduite et qui signifie en français et en substance : « Vous aussi, vous allez mourir un jour... ».


Le site de la revue Éclipses :
www.revue-eclipses.com/

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"The Thin Red Line" et "Le Nouveau Monde"


( source : http://www.culturopoing.com/Cinema/Un+n ... lick+-6091 )
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Re: Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Messagepar phoenlx » sam. janv. 31, 2015 3:47 pm

Un nouveau livre sur le cinéma de Terrence Malick va paraître !

petite description du figaro :

L'Amérique de Terrence Malick décryptée dans un essai passionnant

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Alors que le nouveau film du réalisateur texan Knight of Cups est présenté à la Berlinale la semaine prochaine, Alexandre Mathis sort un ouvrage complet sur les racines de son cinéma.

Depuis 2007, Playlist Society propose sur son site des articles critiques exigeants, rédigés par une vingtaine de passionnés. À rebours de l'âge de la concision, le blog développe des dossiers critiques, des portraits au long cours. Cette année, Playlist Society passe à la vitesse supérieure avec le lancement de sa maison d'édition. Au programme, des essais sur la musique, le cinéma, la littérature ou l'art…

Un beau projet, extrêmement soigné graphiquement, qui commence ce mois-ci avec la sortie d'un essai d'Alexandre Mathis, Terrence Malick et l'Amérique. En un peu moins de deux cents pages, l'auteur retrace le chemin si particulier du réalisateur, intimement lié aux questionnements qui ont traversé l'histoire de son pays d'origine. Du regard des colons sur la terre promise, au déracinement de Pocahontas dans Le Nouveau Monde, en passant par les problématiques religieuses dans The Tree of Life, ou à l'épopée meurtrière de Kit dans La Balade sauvage, l'auteur analyse le «travail impressionniste» de Malick qui cartographie aussi bien les territoires américains que l'évolution de la philosophie de ses habitants. «Son pays, les contrées qu'il aime, écrit Alexandre Mathis, il les filme, il les explore, il les fait partager.»

Terrence Malick et l'Amérique revient notamment sur quelques-unes des critiques qu'a essuyées le réalisateur à la sortie de ses deux derniers films Tree of Life et À la merveille. Deux sorties rapprochées qui ont accéléré le rythme de tournage de Malick et qui ont ouvert une nouvelle page dans sa carrière. Son regard sur la nature, sa façon de monter les films et de travailler avec la musique et les comédiens - qui lui a valu des rapports conflictuels avec certains compositeurs et acteurs, coupés du montage final - sont décortiqués par l'auteur. Malick, «dernier maître de la sidération» filme «la métaphysique de manière métaphysique.» Si une partie du public a mal réagi à The Tree of life, c'est peut-être qu'ils n'étaient pas prêts à la part d'abandon que demande les récentes œuvres du réalisateur.

La femme dans le cinéma de Malick

Alexandre Mathis s'interroge aussi sur la place des femmes dans son cinéma. Les critiques ont reproché à Terrence Malick de faire de la figure de la mère, notamment interprétée par Jessica Chastain dans The Tree of Life (déjà mère protectrice dans Take Shelter de Jeff Nichols), un cliché d'attributs féminins, dont les qualités principales seraient une forme de douceur et de passivité. Il montre pourtant que dans son cinéma, la femme est plurielle. Il y a bien sûr la figure maternelle, omniprésente et liée à la «mère nature des Amérindiens» mais aussi la femme-enfant (Linda dans Les Moissons du ciel ou Holly dans La Balade sauvage), la femme trahie (Marina dans À la merveille) et la femme souvenir (la femme du soldat dans La Ligne rouge). «Et puis, dans tous ces films, écrit Alexandre Mathis, les hommes sont-ils plus libres que les femmes? Pas sûr. D'une certaine manière, ils sont encore plus aliénés. [...] Par-dessus tout, ils subissent.»

Complet et documenté, Terrence Malick et l'Amérique est un essai passionnant qui s'adresse à la fois aux fans transis et à ceux qui sont restés aux portes de son cinéma après la sortie de The Tree of Life. Alexandre Mathis leur donnera envie de reconsidérer les derniers films du cinéaste. L'un des plus intéressants que l'Amérique compte actuellement.

( http://www.lefigaro.fr/cinema/2015/01/2 ... onnant.php )
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Re: Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Messagepar Somewhere » sam. janv. 31, 2015 4:02 pm

Ah oui c'est vrai qu'il sort un nouveau film cette année. :mrgreen:

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Re: Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Messagepar phoenlx » sam. janv. 31, 2015 4:09 pm

Ba oui ça se rapproche !
ce dernier livre je vais sans doute l'acheter, j'avais beaucoup aimé celui sorti l'an passé ( et présenté plus haut )
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Re: Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Messagepar phoenlx » sam. mai 16, 2015 3:02 pm

Je viens de commencer à lire le livre Terrence Malick et l'Amérique, c'est très intéressant et je trouve qu'il complète bien l'autre ( indiqué au début et que j'ai lu en vacance l'été dernier )
Le second est un petit livre par contre, format presque poche ( je l'imaginais plus grand ) ; Dans la brève introduction ils reviennent sur le parcours de Malick comme cinéaste et sa bio ; Il y a des petits détails dont je ne me souvenais plus ( je savais qu'il avait été journaliste par exemple avant d'être professeur de philosophie puis cinéaste et scénariste, mais comme anecdote on peut lire qu'il a entre autre planché sur une affaire liée à Che Guevara et à Régis Debray. Raison pour laquelle sans doute il fut pressenti en 2008 pour adapter la vie du Che à l'écran mais c'est finalement Steven Soderbergh qui a fait ce film on s'en souvient ...

Le premier chapitre du bouquin est intéressant et déjà bien ancré dans le thème général du livre puisqu'il évoque le rapport à l'Amérique dans tous ses films, en brossant un petit parallèle entre La balade sauvage, Les moissons du ciel, La ligne rouge, Le nouveau monde, Tree of life et A la merveille ... On comprend bien en le lisant les thèmes communs à chaque film, et aussi l'enracincement du cinéma de Malick malgré tout dans une certaine tradition du cinéma américain qui aime revenir sur les origines de l'amérique ( cf l'importance des western, des road movie dont la balade sauvage est d'ailleurs une belle illustration ) mais le chapitre évoque surtout le rapport à la propriété, et aussi le thème du déracinement ( particulièrement fort dans des films comme A la merveille avec l'expérience vécue par le personnage d'Olga Kurilenko, mais aussi dans Tree of life avec la famille de Brad Pitt obligée de quitter sa maison à la fin etc.

La lecture du livre est agréable, je le conseille aux fans du cinéaste, surtout car il donne des clés de lecture intéressantes. En lisant ce chapitre, j'ai eu tout à coup envie de revoir les films malickiens mais d'une autre façon que par ordre de réalisation. On s'aperçoit que ses films explore le rapport à l'Amérique à différentes époques ( Le nouveau monde explore bien sûr l'époque de la conquête , Les moissons du ciel l'époque où la révolution industrielle bat son plein, La ligne rouge brosse des thèmes communs mais dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et des combats dans le Pacifique, Tree of life et La balade sauvage explorent les années 50 et A la merveille serait plus récent. Il peut être intéressant de se laisser porter par ses films dans cet ordre de visionnage ( avis à ceux qui comme moi comptent refaire sa filmo prochainement , voire pourquoi pas, la découvrir par étapes ^^ )
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Re: Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Messagepar phoenlx » jeu. août 13, 2015 10:12 am

j'ai presque terminé la lecture de ce livre ; bel éclairage sur le cinéma de Malick ( j'étais même agréablement surpris de voir une citation du seigneur des anneaux et de Sam Gamegie en en-tête d'un des chapitres :super: ) il m'a donné envie de revoir chacun de ses films, je pense me faire un nouveau cycle Malick à la rentrée ( à l'approche de son nouveau film :mrgreen: )
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Re: Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Messagepar phoenlx » dim. août 16, 2015 12:06 pm

J'ai quasiment terminé mon livre malickien ! j'ai beaucoup aimé sa lecture ( mais j'en parlerai à mon retour de vacance car ici ce n'est pas pratique )
parmi les multiples thèmes traités dedans : la manière de Malick de filmer ( des anecdotes très intéressantes ) , les influences bibliques dans certains films comme The tree of life, Les moissons du ciel, les influences dans la peinture, le symbole du mont Saint Michel dans A la merveille , le rapport à la nature, au panthéisme, au christianisme, à la foi, l'analyse du thème du déracinement dans tous ses films, la quête du sens de la vie, le rapport à la musique, avec notamment des commentaires des compositeurs comme Zimmer, Horner, certains très critiques ; la place des acteurs ( certains comme Sean Penn très critiques aussi qui ont très mal digéré d'apparaitre si peu à l'écran :lol: J'ai même appris la présence d'acteurs connus dans certains de ses films qu'on ne voit pas DU TOUT :lol: )
d'autres choses fort sympa au détour des pages par exemple l'analyse du thème de l'arbre de vie, rapport à la Bible, à la chute du jardin d'Eden, à la Kabbale judaïque, allusions à d'autres comme comme L'arbre de Julie Bertuccelli, Avatar de Cameron, Totoro, le conte de la princesse Kaguya, The fountain de Aronovski et d'autres.
On a aussi évidemment ( cf le titre du livre ) une grosse analyse du rapport des films de Malick à l'Histoire et au territoire américain, l'influence des westerns, notamment dans la manière de filmer certains paysages etc.
Des comparaisons avec d'autres réalisateurs sont faites ( pour les rapprocher ou au contraire marquer les différences ) comme Kubrick, l'auteur du livre casse également certains clichés, certaines idées reçues sur Malick et son cinéma, certaines critiques.
Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce livre c'est aussi qu'au détour des pages on apprend des choses sur l'art ( telle oeuvre, tel tableau utilisé par Malick comme influence ou autre ou qui apparait dans telle scène ) ; des allusions à des philosophes, peintres, à d'autres films ( ça donne plutôt envie de les voir pour se cultiver :mrgreen: ) C'est un livre qui attise la curiosité, qui ouvre l'esprit , qui donne envie de revoir non seulement les films malickiens mais d'aller plus loin. Ca les met bien en corrélation avec plein de choses par exemple le rapport aux philosophes et écrivains transcendentalistes. Je le conseille à tous les fans du cinéastes et aux autres cinéphiles aussi, de même que je conseille l'autre film ( celui présenté plus haut et que j'ai lu l'an passé ) les deux se complètent bien.
J'aborderai certains points de détails à mon retour de vacance à la suite de ce post pour vous donner une meilleure idée de certaines idées avancées par l'auteur, certaines analyses, comparaisons ( là je peux pas trop avec ma WIFI c'est pas pratique )
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Re: Les livres sur le cinéma de Terrence Malick

Messagepar phoenlx » sam. août 22, 2015 6:16 pm

Une petite analyse du livre Terrence Malick et l'Amérique trouvée sur un blog ( je me retrouve pas mal dans le commentaire de la rédactrice ) :
http://www.lesfilleselectriques.com/201 ... lamerique/
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