Matrix - Réflexions, rapports à la philosophie, à la science et paraboles

Prenez la pilule rouge et plongez à la découverte de la matrice en compagnie de Néo, Trinity et Morphéus !
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Matrix - Réflexions, rapports à la philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:52 pm

Histoire de commencer un réagencement des différents topics sur l'univers Matrix sur le forum, je décide d'ouvrir un topic synthétique pour évoquer les nombreuses allusions aux philosophes, aux religions, à la Bible, la Kaballe et à la science voire d'autres choses , matériaux, à la culture notamment la culture populaire, allusions à des livres etc, qui sont distillées dans le film. Pour introduire le topic, je vais reprendre des posts que j'avais déjà écrit il y a longtemps , histoire de les remettre bien visibles. Dans les anciens topics ils étaient un peu noyés dans la masse et dans le flood.
Nous aborderons ici aussi les allusions scientifiques , les allusions à l'informatique, à l'intelligence artificielle et à ses notions, et ce topic pourra servir aussi pour ceux qui veulent poster des réflexions poussées sur l'essence de l'oeuvre, ses paraboles, pour évoquer votre vision ou votre rapport personnel à elle
( J'ai fais une petite disgression sur Spinoza un peu plus bas , et j'en profite pour évoquer au début aussi un livre que je possède, qui analyse surtout les deux premiers films et parle du rapport au bouddhisme, aux arts martiaux, à la philosophie ) Bref, c'est un peu de tout ça qu'il sera question ici.
Si vous postez à la suite, essayez de le faire avec propreté et clarté histoire que le topic reste lisible, pas comme les anciens.

______________________________________________________________________________________________________________________



LIVRE : MATRIX , MACHINE PHILOSOPHIQUE

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je rappellerai pour commencer l'existence de ce livre sur tous les aspects philosophiques de la trilogie : Matrix : Machine philosophique, excellent livre sorti à l'époque du second film

par Alain Badiou, Thomas Benatouïl, Elie During, Patrice Maniglier, David Rabouin et Jean-Pierre Zarader, qui comme son nom l'indique se veut être une étude des différents thèmes, allégories, portées philosophiques, métaphores diverses présent(e)s dans les 3 films.

A lire pour tous les inconditionnels des films mais J'ai envie de le conseiller aussi (et peut -être surtout) à ceux qui sont très critiques envers Matrix , qui n'ont pas aimé , notamment les volets 2 et 3, n'y voyant notamment qu'une pseudo-philosophie ou un délire de cinéaste et qui n'admettrons jamais que ces films soient autre chose que de bons films d'action à caractère surtout commerciaux.

Je ne suis pas du tout d'accord avec cette vision personellement (malgré d'énormes faiblesses dans les 2èmes et 3èmes films mais plus sur des questions de forme que de fond) et je n'ai pas pu résister à la tentation d'acheter ce livre qui m'a comblé ..

Voici la description qu'en fait l'éditeur pour donner une idée :

<<La trilogie de Matrix est-elle autre chose qu'une formidable machine commerciale ? Oui, c'est une machine philosophique. Et cependant elle n'aurait pas eu le succès que l'on connaît s'il s'agissait seulement d'un film " pour philosophes ". Au cœur de son propos, il y a bien sûr une question " éternelle " aux accents adolescents (" Comment savoir si la réalité n'est pas une vaste illusion ? ") ; le film est saturé de lieux communs philosophiques et de références ouvertes ou occultes à toute la tradition : de Platon à Baudrillard en passant par Descartes. Mais tout cela ne suffit pas à en faire un film philosophique, ni de la philosophie mise en film. L'ambition des réalisateurs de Matrix était de fabriquer un " film d'action intellectuel ". C'est bien de cela qu'il s'agit un film d'action qui, en mêlant allègrement la fable et le concept, le spectacle et la spéculation, produit des effets théoriques. Ces effets concernent des thèmes aussi variés que le réel et le virtuel, la liberté humaine et les raisons du choix, la cohabitation de l'homme et des machines, le statut des lois de la nature, la puissance de l'amour, le syncrétisme religieux. Si Matrix ne faisait qu'illustrer des philosophies toutes prêtes, les philosophes n'auraient rien à en dire : ils n'ont pas besoin d'attendre du cinéma qu'il leur apprenne leurs classiques. Mais le film fait beaucoup mieux : il fournit des protocoles d'expérience, il suggère sans les effectuer toutes sortes d'opérations et de constructions philosophiques. Entre science-fiction et philosophie, une forme de " philosophie-fiction " : le kung-fu dans la Caverne de Platon. Matrix, machine philosophique peut se lire comme un manuel, une sorte de guide de l'utilisateur à l'attention de ceux qui ont aimé le film, qui l'ont détesté, ou qui se demandent simplement ce qu'on peut en penser. On y trouvera treize textes portant sur différents aspects philosophiques, et un glossaire des principaux symboles, concepts et personnages >>
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:53 pm

Lire aussi ce topic : --> viewtopic.php?f=174&t=10155
J'y aborde dedans l'un des DVDs offerts à l'époque avec le coffret collector 10 DVD de Matrix ( devenu rare aujourd'hui ) qui aborde toutes les références à la philo et à la science, c'est très intéressant à voir ..

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le coffret en question

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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:54 pm

Platon et Matrix

Le mythe de la caverne de Platon

Presque tout le monde connait sans doute ça mais peut-être est-il bon de commencer par les fondamentaux ! D'autant qu'en général quand on demande aux gens : Qu'est-ce que ça vous évoque Matrix ? Les gens répondent : La caverne de Platon !!

De quoi s'agit-il ?! Faisons un peu de philo ( Ceux qui dormaient pas en Terminale pendant le cours de philo connaissent mais je le fais pour les autres ou les plus jeunes :lol: ) On va parler de la caverne de Platon mais je vais en profiter pour dériver beaucoup sur la philosophie de Platon en général (qui découle de cette image)
Image

Voici un petit dessin qui illustre.

Platon représente le monde sensible (notre monde matériel où l'on vit) comme un monde ou les êtres humains sont enchaînés depuis leur naissance. (c'est une image bien sûr) Enchaînés à quoi ? Eh bien aux apparences.

Pour celà il prend cette comparaison avec cette fameuse caverne. A l'intérieur de la caverne , on a des prisonniers qui n'ont jamais vu la lumière du jour , car ils vivent en permanence au fond ! Ils ne savent pas comment c'est en dehors de la caverne. La seule chose qu'ils voient du monde extérieur ce sont des ombres qui parviennent au fond de la caverne, déformées. La source de lumière qui produit ces ombres c'est le soleil , qu'ils ne voient pas en tant que tel.

Un jour un prisonnier arrive à s'échapper et à sortir de la caverne. Ce dernier se met à voir le Soleil pour la première fois. L'astre du jour symbolise la Vérité (avec un grand V), la Justice, la Beauté etc. Toutes les notions de perfection qu'on nomme Idées (avec un grand I) propres à la philosophie platonicienne (dite "idéaliste" pour cette raison)

Lorsque ce prisonnier voit le soleil pour la première fois, il est éblouit et d'abord un peu aveuglé, normal vu qu'il n'a jamais vu la lumière du jour , un peu comme lorsqu'on sort d'une pièce obscure en plein été dans laquelle on est resté longtemps. ceci symbolise le fait qu'il est parfois un peu pénible de voir la Vérité en face la première fois.
On a bien sûr la même chose dans Matrix où Néo, après être passé pour la première fois du monde de la matrice au monde réel dans le premier film, se dit aveuglé (" tes yeux voient pour la première fois" lui rétorque Morphéus .. )

Le prisonnier qui s'échappe de la caverne du mythe symbolise le philosophe, qui par son travail de réflexion arrive à voir au-delà du monde des apparences (des ombres)

Comme on le voit sur l'image, le prisonnier échappé de la caverne contemple la Vérité de manière graduelle, par étapes. D'abord aveuglé il ne voit pas grand chose, puis il voit le reflet de la réalité dans un lac, puis il voit de mieux en mieux à mesure que son regard s'habitue à la lumière vive.

Ces étapes symbolisent pour Platon les 4 grands ordres de certitude croissants de sa théorie de sa connaissance : Il faut en effet selon lui distinguer :
* d'abord l'imagination , point de départ de toute connaissance, mais aussi degré le plus bas car elle déforme la réalité.
* la perception : connaissance par l'entremise des organes des sens.
* Ensuite le raisonnement qui consiste à appliquer la réflexion aux données de la perception. C'est lui qui permet les sciences expérimentales.
* et la pensée qui est la "connaissance immédiate des évidences rationelles"

Ainsi selon l'allégorie de la caverne, les ombres dans la caverne correspondent à l'imagination. Ceux qui parviennent à se retourner en brisant les chaînes (les philosophes) et à voir la réalité en face parviennent d'abord à la perception, puis vont se mettre à raisonner sur ce qu'ils voient.
la contemplation du Soleil, source de lumière et de connaissance correspond à l'Idée du Bien, stade ultime de la connaissance (pensée)

Il prend alors conscience qu'il doit accomplir une mission : Retourner au fond de la caverne afin de montrer aux autres prisonniers toujours enfermés qu'ils sont dans l'erreur , en considérant que les ombres qu'ils voient sont la réalité alors que c'est en fait la réalité déformée.
( parabole du philosophe qui cherche à éduquer les gens, les faire sortir de leur préjugés ... )

Mais les prisonniers ne croient pas en le monde des idées. A demi aveugles, ils refusent la version de l'échappé, et l'accueillent très mal, ce qui montre que le premier rapport à la connaissance est l'incrédulité et le refus.

Platon utilise cette allégorie de la caverne pour expliquer sa philosophie idéaliste et ce qu'il entend par "Idées" ; la Vérité (celle qu'on doit chercher à connaître, le but du philosophe) se situe dans le monde des idées, différent du monde sensible qui nous trompe (et qui ressemble à la caverne semi obscure)

Pour lui le monde des Idées (symbolisé par le Soleil éclatant) est le véritable monde, car l'être humain est une âme bien plus qu'un corps. Un être humain est une âme immortelle, appartenant au monde des Idées, qui est enchaîné dans un corps prisonnier des apparences sensibles.

Dit comme ça on voit bien le parallèle avec Matrix. Le monde de la matrice, monde des apparences , étant bien sûr à mettre en parallèle avec le monde de la caverne ; et le monde réel (Sion etc) à celui des Idées. Comme dans le mythe, Néo a d'abord du mal à voir la vérité en face (elle est comme trop aveuglante et dure à avaler) , il le fait par étapes, des étapes bien précises que Morphéus a tracé pour lui faire prendre conscience de la réalité en douceur. A ce titre Morphéus pourrait symboliser l'échappé de la caverne // le philosophe qui part de la caverne puis revient pour sauver les autres (en tant qu'échappé préliminaire de la Matrice avant Néo, qui joue ensuite le rôle de guide pour ce dernier)

Néo joue ensuite lui-même ce rôle de guide et ainsi de suite, et Morphéus précise bien à un moment dans le film que les humains vivant dans la Matrice y sont tellement habitués qu'ils résistent lorsqu'on essait de les faire sortir. A tel point qu'ils peuvent potentiellement être dangereux et favoriser le système, il convient donc de les faire sortir en douceur ; Néo joue ce rôle, notamment dans la phase chronologique qui se situe entre le film 1 et le film 2 ( cf quelques unes des histoires racontées dans Animatrix)

A la fin du premier film, on voit Morphéus se libérer de ses chaînes en les brisant par sa propre volonté. Symbole de la libération de l'esclave. Mais aussi d'une certaine manière un autre symbole du prisonnier de la caverne qui se libère de ses chaînes pour affronter la réalité à ses périls.

Une autre allusion à la caverne platonicienne existe dans Matrix , mais plus subliminale (et explicite à mon avis seulement si on a déjà perçu l'allusion principale évoquée précédement) : Il s'agit de la caverne dans matrix 2 où se déroule la Rave Party sensuelle à connotation vaudou. Scène bizarre et d'ailleurs un peu énervante (moi la première fois elle m'a énervé, notamment par sa longueur exagérée), mais je pense qu'elle a un sens symbolique ; le choix d'une vaste caverne n'est pas anodin dans une oeuvre qui accorde par ailleurs une telle place au mythe de Platon. Mais dans la symbolique universelle, le passage dans une grotte (que ce soit l’estomac de la baleine visité par Jonas, ou la caverne qui accueille le Christ après la crucifixion) précède souvent une renaissance. Le temple de Zion représente donc cet antre maternel d’où une humanité libre doit renaître.


Pour en revenir à Platon, pour ce dernier, dans un monde changeant où toutes les formes sont imparfaites, la régularité des choses ne peut provenir que de l'existence d'un moule commun: l'Idée. Par exemple: l'Idée du cheval, l'Idée de l'homme, l'Idée de la justice, etc.

Monisme / dualisme

Cette théorie de Platon est dualiste car elle sépare le monde en deux entités distinctes (symbolisées par la caverne et le monde extérieur à la caverne) : le monde réel matériel et le monde des idées ;
le corps et l'esprit etc

(et s'oppose à ce qu'on appelle les philosophies monistes ou tout est matériel par exemple. On peut citer Spinoza comme philosophe célèbre moniste ; C'est d'ailleurs une grande différence entre Spinoza et Descartes (on compare souvent ces deux philosophes ; Mais Descartes était dualiste et Spinoza moniste .. ) De manière générale dès lorsqu'on considère par exemple que l'âme n'existe pas (qu'elle est simplement la résultante de l'actualité électrique dans notre cerveau mais qu'elle n'a pas d'entité propre, on est moniste ^^ )

La philosophie de Platon plus en détail .. Implications et répercutions ..

Pour Platon, les deux premiers stades de la recherche de la connaissance (l'imagination et la perception) correspondent au monde sensible, alors que le raisonnement et la pensée sont liés au monde intelligible.

Le monde sensible est le monde qui nous entoure, mais il est incapable, de nous permettre d'accéder à la connaissance car il est impur et changeant , et l'expérience ne peut que nous tromper puisqu'elle correspond à la sensibilité de chacun. Un individu pourra être amené à ressentir les choses différemment d'un autre etc.

Le monde intelligible est le monde de l'abstraction , de l'Idée pure.
Pour Platon , lorsque Dieu ordonna au démiurge de créer le monde, ce dernier copia sur le monde intelligible pour façonner ce qu'il y avait au départ : le chaos , et en faire un monde mixte : mi intelligible, mi chaotique : le notre , monde sensible.

( je fais une petite parenthèse personelle pour dire que ça rejoint par exemple la création du monde chez Tolkien dans le silmarillion : où on a d'abord les esprits angéliques (les Ainur) jouant une Grande Musique devant le Dieu Unique (Eru) , et cette musique induit une IDEE de l'Univers. l'Univers existe en quelque sorte en pensée à ce moment là ( a travers les thèmes musicaux ) et c'est ensuite qu'Eru crée à partir de cette "vision musicale parfaite" le monde réel sensible (Eä : "ce qui est" avec notamment Arda : La Terre .. ) C'est très platonicien comme idée (si vous me permettez l'expression :lol: ) Parenthèse close. revenons à nos moutons (et à la philo de Platon)

je vais essayer d'aborder maintenant les implications pour le développement des sciences (c'est un thème qui m'intéresse notamment par rapport à l'astronomie) :

Platon pense que pour accéder à la vraie connaissance, il faut raisonner par rapport au monde intelligible, celui des idées, de l'essence. C'est ce qu'on appelle le rationalisme platonicien.

Cette tendance platonicienne de rejeter la sensation pour l'idée sera caractéristique de beaucoup de penseurs grecs, notamment Aristote. Et la je fais une mini parenthèse perso sur l'astronomie car la manière dont Aristote et Ptolémée expliquèrent les astres est typique de cette pensée (et en plus ça va me permettre de bien l'illustrer)

Aristote puis Ptolémée voyaient les astres (les planètes, les étoiles, le Soleil .. ) comme se déplacant sur des sphères et la Terre était le centre de tout. Tous les mouvements des astres pouvaient être expliqués par des mouvements, soit de sphères autour de la Terre , soit de sphères tournant elles même autour d'autres points situés eux meme sur des sphères tournant ( etc etc) autour de la Terre ! En bref, des sphères emboitées les unes dans les autre ; Tous les mouvements observables étant expliqués comme une combinaison de rotations.
( Voir aussi ce lien )

Image

Cette idée était très influencée par la théorie platonicienne car elle partait notamment du principe que le cercle ou la sphère en tant que figures géométriques parfaites se devaient d'être à l'origine de tous les mouvements. C'est l'Idée du cercle ou l'Idée de la sphère qui prévaut. En gros les grecs platoniciens comme Aristote partaient de l'Idée qu'ils se faisaient de la perfection (des mouvements parfaits etc) , et ils s'imaginaient que le monde sensible réel avait ensuite été créé à partir de cette Idée.

Au départ la théorie d'Aristote était très élégante. A l'époque des grecs elle semblait expliquer finement le mouvement des astres apparent. C'était une "bonne théorie scientifique" pour l'époque.

Mais le préjugé platonicien qu'elle contenait intrinsèquement eut des conséquences plutôt néfastes par la suite car bientôt (notamment au Moyen âge et à mesure que la renaissance approchait) les hommes en étudiant le mouvement des planètes et des astres de plus en plus finement, avec des instruments d'observation de plus en plus précis, s'apercurent que la théorie ne collait pas , mais on rajoutait à chaque fois des sphères et des cercles au modèle, afin de "corriger" les mouvements. Evidement parceque personne n'osait remettre en cause les sacro saints postulats d'Aristote (cercle : mouvement parfait. Terre : au centre de l'Univers)

Et il faudra des scientifiques courageux comme Copernic avec sa théorie héliocentrique (et Galilée puis Kepler) pour démontrer que cette vision des choses était complètement fausse et pour proposer un modèle beaucoup plus en adéquation avec les observations : c'est l'idée de la Terre tournant autour du soleil de Copernic, ce sont les observations de Galilée avec sa célèbre lunette qui les confirment, et ce sont les équations de Kepler décrivant le mouvement des planètes autour du soleil, non pas circulaire comme on l'a longtemps cru, mais elliptique !!!!

je referme ma petite parenthèse astronomique, (pour éviter de faire trop de HS par rapport à Matrix) mais c'est pour montrer un peu que l'idéalisme platonicien a évidement ses limites et que si c'était une théorie très a la mode dans l'antiquité et au Moyen Age, les découvertes astronomiques qui bouleversèrent la science a partir de la renaissance et qui remirent en cause certaines idées reçues tenaces induites par les successeurs de Platon allèrent permettre à d'autres philosophies importantes progressivement de voir le jour ... ceci me semblait important à rappeler.

Revenons à Platon ...

Platon est un essentialiste : Il souligne qu'un objet (par exemple une table) ne sera jamais totalement identique à un autre objet qui porte le même nom (une autre table) : mais ce sera toujours une table. On peut "voir" un objet, le rencontrer par expérience que quand on en a eu l'idée : L'idée est abstraite et parfaite. Quand on juge une réalité on la juge toujours par rapport au modèle absolu et parfait. Nos pensées et réflexions vont donc chercher à copier et décrire le monde intelligible , non pas le monde sensible. C'est en ce sens qu'il est un idéaliste (par opposition à ceux qui pensent que la réalité première est la matière : = matérialisme)

Il faut également opposer chez Platon l'opinion (doxa ) et la pensée / le concept / l'idée ( noïa ) : L'opinion est un jugement fondée sur l'imagination ou sur un mauvais usage de la perception, donc sur le monde sensible.

Implications de la théorie de Platon pour le libre arbitre :

L'allégorie de la caverne implique que l'ignorence est symbolisée par les chaînes. Elle correspond donc à une contrainte, et à l'inverse la connaissance correspond à la liberté. ca rejoint le point de vue de Spinoza.

De cette vision philosophique Platon induit sa méthode éducative, qu'il expose dans ses 28 dialogues : la dialectique (c'est aussi la méthode de Socrates) : Il s'agit d'un processus par lequel l'âme va s'élever, par degrés, des apparences sensibles trompeuses aux réalités intelligibles. La maïeutique est l'art de faire accoucher les esprits par le biais de cette méthode.

L'importance du rôle du maître est capitale dans cette pédagogie, et ce dernier emploit souvent l'ironie pour parvenir à ses fins (et en feignant devant l'élève de ne pas connaître la vérité)

Voilà pour mon petit topo sur Platon (et notamment le mythe de la caverne, tellement central dans Matrix)

Je terminerai par une petite vidéo philosophique ( un petit cours sur l'allégorie de la caverne, si certains veulent creuser un peu la question )



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Platon
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:54 pm

Descartes et Matrix

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René Descartes

Je voulais dans le temps aborder un peu les multiples allusions philosophiques et scientifiques de Matrix, je relance ce topic très incomplet.

Après les clin d'oeil bien connus à Platon et l'allégorie de la caverne, on va voir un peu les allusions à Descartes (ça va rejoindre encore nos histoires d'idéalisme)

Descartes, comme Platon, est un idéaliste. On a vu avec Platon que l'idéalisme est un concept totalement opposé au matérialisme. Il exprime que l'esprit est la réalité première, la pensée. la matière n'est que le produit de la pensée ( exemple : création du monde par Dieu, pensée pure).

on a affaire à une théorie philosophique qui cherche à rendre compte des relations entre l’esprit et le monde.

Plus précisément, l’idéalisme cherche à répondre à la question suivante :
* comment l’esprit humain peut-il connaître le monde (extérieur) ?
* Et peut-il le connaître ?

L’idéalisme répond en général à cette question, soit qu’il est difficile de connaître le monde tel qu’il est (indépendamment de la façon dont nous le connaissons, de nos idées), soit qu’il est impossible de le connaître. Il s’agit là d’une problématique épistémologique, qui concerne la connaissance, et ses conditions de possibilité. C’est ce qu’on appelle l’idéalisme problématique.

Mais c'est aussi une problématique ontologique: La question est de savoir :
de quoi le monde extérieur est-il composé ?
existe-t-il même un monde extérieur à l’esprit qui connaît ?
Qui ou qu’est-ce qui nous assure qu’il n’est pas une illusion ?

Exemple d'autres philosophes idéalistes : Berkeley, hegel (j'entre pas pour l'instant dans les variantes)

L'hypothèse du malin génie de Descartes

Tout celà est expliqué dans Méditations métaphysiques

Descartes refait un peu sienne une idée et une méthode qui caractérisait déjà les sceptiques grecs, elle n'est pas nouvelle. Les sceptiques se basaient sur les diverses illusions et hallucinations pour dire que nous ne pouvons pas connaître avec certitude le monde extérieur. Descartes reprend la même question que se posaient les sceptiques : existe-t-il (au moins) une vérité ? l’homme est-il ainsi fait qu’il peut connaître (au moins) une vérité ? Cette question va être traitée par une drôle de méthode : il s’agit du doute " hyperbolique ", un doute exagéré, poussé à tout. haque fois qu’un candidat à la vérité se présentera, Descartes se demandera si on peut ou non trouver une raison de douter de sa vérité. S’il y a la moindre raison de douter, alors, il faudra la déclarer fausse, " faire comme si elle était fausse ".

Il va commencer par se poser la question : Est-ce que ce que nous ressentons est vrai ? Toutes les choses basées sur nos sens. Il va donner deux raisons d'en douter.
La première repose sur l'illusion des sens : nos sens sont imparfaits et nous trompent parfois.
le deuxième repose sur l'analogie avec le rêve (qu'on retrouve bien plusieurs fois dans Matrix symboliquement) : Il est impossible de distinguer clairement si on rêve ou pas. Peut-être que toute la vie est une espèce de songe. Une sorte d'hallucination, une image provoquée dans mon esprit par une sorte de malin génie. Tout ce qu'on voit, ressent, le monde, notre corps, ne serait que le fruit d'une espèce de machination d'une sorte d'esprit supérieur manipulateur.

Bon en fait en lisant bien Descartes on s'aperçoit qu'il n'y croit pas vraiment (et donc il n'est pas exactement adepte de cet espèce d'iséalisme absolu) on parle plutôt d'idéalisme problématique : C'est surtout censé illustrer que le monde réel tel qu'on le perçoit est problématique et qu'il est raisonnable (surtout quand on est scientifique, la science fonctionne un peu sur ces principes) il est raisonnable de douter de tout, même de ce qui peut paraître évident. L'idéalisme absolu au sens strict est plutôt défendu par des philosophes comme Berkeley

( On voit bien à travers tout ça les allusions à Matrix, les films des Wachovski étant une manière ludique d'illustrer ce principe du malin génie)

Le cartésianisme pourrait donc se résumer ainsi : Pour atteindre à la vérité, il faut au moins une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions que l'on a reçu et reconstruire de nouveau, et dès le fondement, tous les systèmes de connaissances. Descartes tentera d'employer cette méthode et arrivera à deux vérités fondamentales (selon lui) , d'où tout découle :
---> Celle de sa propre existence : " Je pense, donc je suis"; c'est le fameux cogito
---> celle de l'existence de Dieu.

Descartes "démontre" l'existence de Dieu comme suit : l'être parfait est celui qui réunit toutes les perfections, or l'existence est une perfection, donc l'être parfait existe ...

oui ? non ? :lol:
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:55 pm

Berkeley et Matrix

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Berkeley, philosophe irlandais ( 1685-1753)

Pour bien saisir Berkeley il faut déjà avoir lu tout ce qui précède sur Descartes et l'idéalisme (notamment l'idéalisme platonicien, mais aussi l'idéalisme cartésien, problématique)

Berkeley, c'est la même idée mais poussée encore plus à l'extrême.

Pour lui : la réalité matérielle n'existe carrément pas, tout est le résultat d'une image dans la conscience : le monde n'existe pas, à part dans mon cerveau.

Si on objecte à Berkeley toutefois que les objets doivent bien exister quelque part quand ils ne sont pas perçus, ni par moi ni par un esprit quelconque ( le bureau et l'ordinateur devant moi doivent forcément exister quelque part même si ni moi ni personne n'existait pour les percevoir, ou encore, qu'ils n'ont pas besoin de moi pour exister et avoir les qualités qu'ils ont : texture, composition, etc en bref leur essence), Berkeley rétorquera à celà que tout ça existe certes, mais soit dans d'autres esprits que le mien, soit dans l'esprit de Dieu.

La source extérieure de nos perceptions mentales n'est pas le monde en soi, mais Dieu, esprit supprême. C'est Dieu qui nous envoie nos perceptions et qui coordonne les perceptions des différents esprits, de façon à ce qu'il y ait un monde commun à tous les esprits.

C'est une conception qu'on nomme l'immatérialisme ( = négation totale de la réalité matérielle) et qui, on le voit, rejoint carrément ce qui se passe dans Matrix.

Descartes avec son hypothèse du malin génie évoquait la même idée sous forme de question , mais comme on l'a vu, il n'y croyait pas vraiment , et c'était surtout une manière de montrer qu'il fallait se méfier des sensations et apparence pour accéder à la réalité, mais dans le fond, il n'allait pas jusqu'à oser nier la réalité matérielle.

Berkeley si. c'est un idéaliste absolu , un idéalisme ontologique ; l'exact opposé des matérialistes pour qui la réalité matérielle nous donne directement accès aux connaissances. Lui la nie complètement. Il va également beaucoup plus loin que Kant, qui est lui aussi un idéaliste mais qui pensait que la réalité existait, mais qu'il fallait passer par des grilles de lectures (une matrice en fait) pour accéder à ce qu'elle est; On verra Kant plus en détail plus tard (car c'est justement lié aussi à Matrix)

Selon Berkeley, l'avantage de sa thèse est d'éviter à la fois le piège du scepticisme et du doute cartésien, imparfait pour accéder à la connaissance...
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:55 pm

Cornel West dans Matrix

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Je continuerai à compléter petit à petit le topic matrix ( j'ai toujours pas fini mon analyse des clin d'oeil aux philosophes) mais aujourd'hui je fais une petite "pause" pour parler un peu de Cornel West ( l'homme de la photo ) certains le reconnaissent peut-être, c'est l'un des acteurs du film, il a un petit rôle , c'est l'un des membres du conseil de Sion.

En fait certains le savent peut-être mais il n'est pas vraiment acteur ( les films le font tourner un peu en guise d'hommage à son travail ) c'est un philosophe et penseur spécialiste des religions, connu entre autre pour ses prises de positions pour la cause des noirs.

Né en 1953 à Oklahoma il a enseigné plusieurs années à l'université d'Harvard ainsi qu'à Yale à partir de 84. Alors qu'il enseigne à cette école, il manifeste sur le campus contre l'Apartheid qui sévit en Afrique du Sud, ce qui lui vaut d'être emprisonné. En représailles, l'administration le retient pendant le printemps 1987, ce qui l'oblige à enseigner tant à Yale qu'à l'Université de Paris.

Il enseigne aujourd'hui à Princeton, où il est professeur de religion et d'Histoire sur les noirs américains. Son apport au champ de la philosophie s'appuie sur l'église baptiste américaine noire, le marxisme, le pragmatisme et le transcendentalisme.

À l'adolescence, il participait déjà à différentes manifestations pour les droits des Noirs, et demandait que son école propose des cours d'études sur les Noirs. Dans un de ses écrits, il affirme qu'il admire le militantisme de Malcolm X, la rage du parti des Black Panther, tout comme la théologie agressive de James Cone.

EN 93 il a publié une collection d'essais : Race Matters qui a fait fureur aux states. Malgré quelques détracteurs qui l'accusent d'opportunisme il demeure un auteur fréquemment cité, bien que ses apports aient été largement ignorés par le monde académique.

En 2001, Cornel West est au centre d'une polémique avec le nouveau président d'Harvard. Ce dernier l'accuse de trop s'occuper de politique et pas assez d'activités académiques, car West a créé un disque de hip hop intitulé Sketches of my Culture. En 2002, il quitte Harvard pour retourner à Princeton.

En 2003, il apparaît comme l'un des conseillers dans les films Matrix Reloaded et Matrix Revolutions. Dans le coffret DVD Matrix, il enregistre des commentaires sur la philosophie.

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Pour en revenir à Matrix, l'abondance d'acteurs noirs dans la trilogie n'aura échappé à personne, ce qui est " logique " dans un film qui cherche souvent à mettre en avant le thème de l'esclavage et de la libération ( clin d'oeil aussi au mythe de la caverne de Platon )
On peut y voir divers échos , que j'ai un peu souligné dans la première page , clin d'oeil à l'esclavage des hébreux dans la Bible, clin d'oeil à l'esclavage des noirs, et à leur émancipation récente. le choix des acteurs n'est pas du au hasard et en particulier celui de monsieur Cornel West qui a beaucoup milité et écrit sur le problème ^^ je ne connaissais pas ce philosophe et en voyant Matrix 2 et 3 la première fois j'ignorais tout de lui, j'ai appris un peu qui il était en faisant des recherches sur matrix plus récemment ..
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:56 pm

Matrix et Jean Baudrillard

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Bienvenue dans le désert du réel

C'est au philosophe français Jean Baudrillard qu'on doit l'expression " Le désert du réel " qui est réutilisée par Morphéus dans Matrix, dans cette scène du premier film où ils sont dans le programme d'initiation et où Morphéus montre à Néo sur un écran de télévision ce qu'est devenu le monde après la guerre entre les hommes et les machines. Une réalité apocalyptique. ( cf l'image postée)

Il y a plusieurs allusions à Baudrillard dans Matrix c'est pourquoi après mes petits commentaires sur les allusions à Platon, Descartes, Berkeley, Marx, la Kabbale, Cornel West, les religions etc j'aborde un peu ce philosophe, proche des post-modernes. Ce qui suit est une synthèse mélange de plusieurs sites ( dont la fiche wikipédia) et du petit documentaire DVD " les origines de la matrice". certaines phrases seront des copiers collés.

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Baudrillard est un philosophe et sociologue né en 1929. Il a écrit et réfléchit sur beaucoup de choses comme les dérives de la société de consommation mais son oeuvre finit par se concentrer sur la notion de "disparition de la réalité". Critique du rationalisme et de l'épistémologie scientifiques on lui doit nombre d'articles dans la presse. Il a entre autre cherché à montrer comment les tendances sociologiques contemporaines comme les commémorations, les « tsunactions » (réaction de la société comme celle qui a eu lieu après le tsunami qui a frappé les côtes sud-asiatiques en 2005) et autres excès sont les moyens obscènes selon lui de l'extension quasi- «totalitaire» du Bien pour obtenir une cohésion.

Il a développé des idées sur la façon dont la nature des relations sociales est déterminée par les formes de communication d'une société, réflexions qu'il aborde notamment dans son livre le plus célèbre : Simulacres et Simulation , un livre qu'on retrouve sous forme de clin d'oeil dans Matrix 1 : Dans l'une des toutes premières scènes du film, c'est dans ce livre que Néo / Thomas Anderson dissimule son logiciel de contrebande.

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Pour expliquer le lien entre la philosophie de Baudrillard et Matrix il faut expliquer que pour lui en quelque sorte, la réalité a un peu disparu, l'homme moderne ( ou post-moderne plutôt ) est complètement déconnecté d'elle à cause de tout un tas de choses. Il explique que nous vivons dans un monde factice où la vérité se cache derrière des symboles qui prennent la place du concept qu'ils représentent. Un simulacre, c'est une réalité qui existe pour cacher le fait qu'il n'y en a pas.

C'est une extrapolation de la philosophie de Kant. Emmanuel Kant , philosophe idéaliste pensait contrairement aux matérialistes que l'expérience ne nous permet pas de vraiment saisir ce qu'est la réalité ; le processus de connaissance commence par les sens , mais passe ensuite par l'entendement et la raison ; l'expérience nous permet de nous faire découvrir un objet, mais c'est ensuite la raison qui nous permet de le penser ( le conceptualiser) la réalité matérielle ne nous donne aucune vraie connaissance.

On a donc l'idée que le monde est une construction qui se passe dans notre esprit, rien d'autre. Idée dont découle aussi la pensée de Baudrillard et notamment cette notion de simulacre qu'il détaille dans son livre phare Simulacre et Simulation. Au début du livre il commente une fable de Borges et évoque une carte géographique qui colle très très finement à la réalité d'un territoire.

La carte finit par avoir la primauté pour nous, c'est un simulacre, un modèle, mais qui n'est pourtant PAS la réalité et qui est déconnecté d'elle.

Cette allusion est représentative selon baudrillard de ce qui se passe à notre époque pour toutes sortes de choses. Le fait que les modèles ont la primauté pour nous. Le réel ( le " vrai réel" ^^ ) serait comme une sorte de vestige, il n'en resterait que des parcelles, d'où l'expression " le désert du réel" et on comprend évidemment très bien les liens avec le scénario de Matrix, la matrice définie comme une parcelle de la simulation neuro-interactive remplacant le monde de la fin du 20ème siècle.

Pour Baudrillard le simulacre, d'abord reconnu comme représentation du réel, s'est vu multiplié, systématisé par l'avènement industriel, contribuant à brouiller les repères entre l'image et ce qu'elle représente.

" Il ne s'agit plus d'imitation, ni de redoublement, ni même de parodie, mais d'une substitution au réel des signes du réel, c'est-à-dire d'une opération de dissuasion de tout processus réel par son double opératoire, machine signalétique métastable, programmatique, impeccable, qui offre tous les signes du réel et en court-circuite toutes les péripéties. "
(Jean Baudrillard. Simulacres et Simulation - Galilée 1981)



Il faut signaler que certains intellectuels français et baudrillard lui-même ont dénoncé la récupération du philosophe par le film Matrix : Ainsi dira t'il : "Matrix, c’est un peu le film sur la Matrice qu’aurait pu fabriquer la Matrice" !! A cet argument, j'ai trouvé une réponse intéressante sur le site web matrix-happening.net :

si le premier Matrix jonglait astucieusement avec l'idée de la simulation (en opposant un univers simulé à la réalité que découvre le héros), à aucun moment le concept de simulacre n'était pleinement abordé, encore moins le fameux " nihilisme " qui en découle.
Ceci occasionna de légitimes critiques, surtout en France, à l'encontre des prétentions du film, et sa manière de citer pompeusement des philosophes dont il ne retenait à priori que l'aspect gadget.
. à priori seulement. Car si d'aventure un critique considérait que la référence à Baudrillard avait parfaitement lieu d'être, s'il supposait que les scénaristes hollywoodiens à l'origine de ce blockbuster était des gens cultivés et peut-être plus intelligents que lui (chose impensable pour un lettré français) alors ce critique, ce spectateur cultivé et doté d'un minimum d'humilité aurait très certainement eu l'intuition du piège qui se profilait : à savoir que Matrix le film opèrait précisément comme un simulacre, que les signes, les conventions auquel il avait recours pour nous révéler une " vérité " (Neo découvre le monde réel) étaient les outils-même qui nous interdiraient de comprendre la " vérité " de l'oeuvre (il n'y a pas de monde réel).

A Hollywood, le terme " pitch " désigne le plus petit dénominateur commun d'un film, ce qui permet de le résumer en quelques mots, ce qui sert à présenter de façon économique le concept à des producteurs éventuels, et ce qui sert plus tard à la promotion du film vers le public.
Le pitch de Matrix, tel qu'il fut unanimement perçu à sa sortie était évident : " La libération de l'humanité, rendue esclave par les machines. " C'est ainsi que journaux, médias, spectateurs, se relayaient l'histoire du film. Et pourtant, à y regarder de près, aucun élément de la campagne marketing n'explicitait ce pitch, tel que cela se produit pourtant d'ordinaire. Les seules taglines (phrases d'accroche) qui accompagnèrent la sortie du film étaient, au choix, des affirmations d'ordre général " The fight for the Future begins ", des questions qui laissaient entendre une réponse " What is the Matrix ? " ou des affirmations qui invectivaient directement le public " The Matrix has YOU ".

Et si, à tout hasard, ce pitch, aussi absent de l'oeuvre qu'omniprésent dans l'esprit du public, était faux ?
Et s'il n'était que le fruit d'une représentation du réel (du film) totalement déconnectée du réel ?
Et si le simulacre avait effectivement fini par précéder et déterminer le réel ?

( la suite )








Baudrillard a illustré sa théorie des simulacres en analysant divers évênements médiatiques des années 80, 90 comme la guerre du golfe ( cf son livre La Guerre du Golfe n'aura pas lieu ) ; Il a souvent été attaqué et critiqué notamment par des auteurs se réclamant de l'héritage des lumières ; Il a été qualifié d'apolitique ou de réactionnaire, certains l'accusant en substance de se complaire dans une sorte de nihilisme ou de cynisme conservateur.

Idée qu'il convient de nuancer à travers par exemple ses réflexions sur l'urbanisme, où il explique que certains aménagements urbains prétendent ôter la possibilité même de la « délinquance » en modélisant le territoire et en effaçant tout lieu susceptible de fonctionner comme lieu public de rassemblement (bref, « la rue »).

En utilisant cette ligne du raisonnement, Baudrillard en vient à caractériser l'époque actuelle comme « hyper-réalité » où le vrai en vient à être effacé ou remplacé par les signes de son existence.

Baudrillard distingue néanmoins le simulacre de la copie, en ce que la copie se réfère à l'original (une copie d'un tableau ne prend son sens qu'à l'égard du tableau original), tandis que le simulacre ne fait que simuler d'autres simulacres : toute notion d'une oeuvre originale, d'un événement authentique, d'une réalité première a disparu, pour ne plus laisser la place qu'au jeu des simulacres. En ceci, Baudrillard rejoint l'analyse de Nietzsche de la vérité comme voile, et de la pudeur de la féminité, ensemble de voiles qui ne font que voiler d'autres voiles. Ôtez tous les voiles, et il ne reste plus rien.


Baudrillard a pu affirmer que ce qui était important, c'était de formuler des « théories intéressantes », et non pas vraies, ce qui a prêté l'occasion de plusieurs dénonciations de son supposé « cynisme ». Plutôt que de dire, par exemple, « notre hystérie autour de la pédophilie est telle que nous ne comprenons plus vraiment ce qu'est l'enfance », Baudrillard écrivait, dans The Dark Continent of Childhood (2002), que « l'enfant n'existe plus ».

De même plutôt que dire — comme Susan Sontag dans son livre Sur la photographie — que la notion de la réalité a été embrouillée par la profusion de ses images, Baudrillard en est venu à affirmer que : « le réel n'existe plus ». Ce faisant Baudrillard caractérisa, dans Le crime parfait, son défi philosophique comme n'étant plus la question de Leibniz « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?», mais plutôt : « Pourquoi y a-t-il rien plutôt que quelque chose ?»

Pour ceux qui veulent approfondir sur le philosophe vous savez ce qu'il vous reste à faire :mrgreen:

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Bon je précise que je n'ai pas lu ce livre, ce qui précède est une petite synthèse d'après des lectures sur le web en tout cas je voulais faire sentir en quoi la convergence avec Matrix est très nette.
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:58 pm

Matrix : La relation subtile homme / technologie

( Où l'on abordera aussi le rapport éventuel Matrix / politique ; Matrix / Marxisme (?) )

J’aimerais ce soir aborder un thème soulevé par la trilogie Matrix parfois un peu passé sous silence (bien qu’il soit très important) ; Tellement passé sous silence d’ailleurs que souvent, quand on interroge les gens , ils semblent comprendre un peu l’inverse. Il s’agit du rapport homme / Machine. Dans la fin de mon post, j’évoquerai en quoi la vision des films rejoint en fait un concept évoqué par Joël de Rosnay dans son livre L’homme symbiotique, et (dans une ultime partie, en guise de conclusion) je relierai (une nouvelle fois ^^ ) cela à une certaine métaphysique panthéiste sous-jacente à la trilogie.

La première partie est une espèce de petit résumé que je fais d’un des chapitres du très bon livre : Matrix, Machine philosophique ( Mécanopolis, cité de l’avenir) , dont je vous recommande la lecture intégrale. La deuxième partie (et le lien avec l’homme symbiotique) est une petite réflexion personnelle, mais vous allez voir qu’elle s’impose après avoir énoncé le début. Et la dernière partie, la réflexion sur Matrix et le panthéisme, est à la fois un prolongement et un développement d’une remarque que j’avais déjà faite sur ce topic, et découle d’une lecture de ces films qui m’est chère et rejoint un peu ma métaphysique propre..

Mais commençons par le début : Le rapport homme / Machine.

Quand on questionne le fan de base de la trilogie, en général celui-ci vous explique que (entre plein d’autres choses) Matrix est une sorte d’allégorie de l’esclavage, et de l’aliénation de l’homme par la technique. Il y aurait en filigrane derrière le film une dénonciation de la technique, de tous ces objets qui , au départ conçus pour servir l’homme, finissent par nous empoisonner la vie (Est-il utile de rappeler les débats récurrents sur les bienfaits et les méfaits des ordinateurs, de tous ces gadgets technologiques dont nos sociétés dépendent de plus en plus, le téléphone, la télévision, les automobiles …) L’homme finirait par devenir esclave de ses créations , c’est ce que démontre Matrix avec un exemple extrême , en prenant pour illustrer ce fait l’exemple (finalement possible, quelque part) d’une intelligence artificielle qui finirait par émerger , et qui renverserait complètement la donne : Non seulement l’homme n’aurait plus le contrôle des machines (on voit ce genre de scénario souvent dans la SF : Terminator c'est pareil etc) mais là c'est pire : l'homme deviendrait lui-même esclave et comble de l'horreur : unité de production (cf l’allégorie de la pile jetable)

A n’en point douter, chez beaucoup de personnes , c’est cette image très négative des machines qui prévaut , surtout après avoir vu le premier opus. C’est d’ailleurs vrai si on s’en tient au premier opus, et c’est une des raisons pour lesquelles, je pense , il faut absolument DEPASSER le premier film et voir les deux autres. Matrix est conçu comme une machine philosophique, les films illustrent des questions philosophiques, et usent souvent d’une technique bien connue des philosophes : la dialectique : L’accession à la vérité par étapes successives. En gros : on prend le spectateur par la main et on cherche à lui faire percevoir quelque chose, mais un peu plus tard ce quelque chose est remis en cause.

A tous les niveaux d’interprêtation , philosophique, métaphysique, religieux, Matrix opère comme cela. Il en va de même de la vision de la machine, tout d’abord très négative (par opposition à l’homme, esclave, qui est doté d’une image plus positive dans le premier volet) mais vision qui est remise en cause ensuite…

En effet, loin de « dénoncer » les machines, les films nous amènent beaucoup plus à repenser le rapport que l’ont doit avoir à la technique, qui n’est pas un rapport d’exclusion. Les films ne prônent jamais par exemple de se méfier à tel point de la technologie qu’il faudrait revenir à une espèce de société primitive ou on abandonne tous ces objets modernes qui nous asservissent. C’est évidement pas le propos.

Le propos il est bien plutôt dans le fait de prôner une espèce de symbiose homme machine ; C’est là qu’on rejoint le bouquin-prospective de Joël de Rosney que j’évoquais au début.

Mais avant d’y venir , détaillons d’abord cette première lecture de la trilogie (un peu naïve) , lecture illustrée de manière manifeste par le premier film, ou encore par certains propos très durs de Morphéus à l’égard des machines, lui qui se considère avant tout comme un soldat cherchant à rendre à l’humanité son libre arbitre en éliminant ces entités « maléfiques » en quelque sorte.

On peut surtout se remémorer certaines répliques de Néo dans le deuxième film: Rappelez-vous par exemple ce discours avec le conseiller Hamman, lorsqu’ils sont dans la salle des machines ( à Sion ) : Néo et Hamman s’interrogent sur le sens de la guerre avec les machines. En effet , cette scène illustre que même à Sion, dans le monde réel, l’homme dépend encore fortement des machines pour survivre, sans que celles-ci semblent pour autant menacer directement l’espèce humaine, mais au fond , quelle différence ? Néo répond ( de manière naïve) que la différence, c’est le contrôle : on peut débrancher les machines, ce qui prouve qu’on est les maîtres. Néo se trouve incapable de donner une définition du contrôle qui ne soit pas négative : avoir la possibilité de détruire son instrument.

Mais en fait, on a exactement le même raisonnement du côté des machines de Matrix, comme on le voit à travers le discours de l’architecte, mais de manière symétrique : les machines aussi dépendent des hommes (qui sont leurs « piles ») ; mais c’est parcequ’elles peuvent les détruire à tout moment , quitte à se détruire elles-mêmes, qu’elles sont leurs maîtres, qu’elles en ont le contrôle.

Tout le problème serait-il donc de redevenir les maîtres de nos créations ? Pas si simple.

Car en fait, à la base la définition même des machines est inadéquate et biaisée ainsi que l’idée de la liberté défendue par Néo et Morphéus , mais aussi l’architecte, pour penser le rapport de l’homme à la machine. En effet , il faut bien plutôt considérer un fait manifeste qui est que : l’homme lui-même FAIT DEJA partie de la machine ! On pourrait l'illustrer par de multiples exemples, comme celle du programmeur de logiciel open source qui utilise lui-même un système open source. Il faut bien considérer que l’homme, loin d’être extérieur à la réalité technique, fait partie d’elle, il est au milieu , et c’est curieusement sans doute en acceptant sa place dans un milieu technique composite que l’homme pourra se réaliser, et participer, par sa différence, à une nouvelle réalité.

Un peu comme dans Matrix, où le conseiller Hamman laisse déjà entrevoir une culture du compromis ("les machines ont besoin de nous et nous avons besoin des machines") , laquelle prend tout son sens à la fin du troisième film par la conclusion de la trilogie.

La question sous-jacente posée est donc bien plutôt celle-ci : Le rapport de l’homme aux techniques n’est-il pas une espèce d’articulation entre deux lignées évolutives différentes, qui accélère la vitesse de développement de chacun en le faisant passer par l’autre ?

Prenons un exemple , mais non pas à travers un relation homme / machine, mais un exemple basé sur l’agriculture : L’homme cultive des céréales , conséquence : les céréales se multiplient. L’homme moderne pense peut-être , en cultivant des plantes , développer ses capacités de reproduction et d’expansion (autrement dit : participer au développement de sa propre espèce) … Mais « du point de vue de la céréale » en tant qu’espèce végétale, l’agriculture peut être vue aussi comme une redoutable manière de se répandre.

Dans Matrix 1, lors de l’interrogatoire de Morphéus enchaîné par l’agent Smith, celui-ci présente la révolte des machines comme une simple étape de l’évolution sur Terre : les machines ont fini par « cultiver » les hommes mais cette situation était déjà en quelque sorte latente avant leur révolte (et bien avant l’émergence de l’IA, donc d’une conscience parmi les machines) : Les machines se sont servi de l’illusion de la liberté souveraine de l’homme pour se développer, se multiplier, se complexifier , jusqu’au stade d’inversion des rôles. Ceci illustre bien que l’homme a toujours été un moyen de reproduction des objets techniques. Ce qui est nouveau, c’est que l’inverse ne le soit plus.

Mais le propos de la trilogie (surtout évoqué à travers le message global final) est justement de se demander si c’était vraiment inéluctable. La réponse est non bien sûr et c’est à une symbiose des deux « espèces » qu’il faut aboutir, nous disent en gros les films.

Autrement dit : il ne faut pas concevoir l’usage des machines que comme la soumission à une utilité (cette idée de la machine est biaisée et c'est ce qui provoque le drâme dans le scénario de Matrix avec les machines qui se rebellent contre leurs créateurs) : Il faut au contraire revoir fondamentalement cette conception et considérer que l'espèce humaine devra apprendre plutôt à être au milieu des machines comme une « chose parmi les choses » , sur le même plan ; L'Homme ne perdra pas sa différence, au contraire, il la maximisera et l'optimisera.

vision politique marxiste ?

Mais au-delà de tout ça, il faut rappeler l’aspect politique qui est aussi derrière Matrix, et qui rejoint ces questionnements technologiques, avec la même approche dialectique.

Comme je viens de l’évoquer, Matrix nous dit d’abord (en gros) : l’homme est asservi par les machines, ces dernières sont mauvaises, elles nous ont privé de libre arbitre et la situation de domination s’est retournée ; En gros, il faudrait donc la récupérer, reprendre le contrôle. Ensuite deuxième étape on s’aperçoit que c’est pas si simple, et c’est plutôt une symbiose qui est préconisée.

La première lecture a des échos politiques, notamment dans la vision avancée par le marxisme. La critique récurrente du capitalisme par le marxisme n’est-elle pas justement la dénonciation de cet asservissement qu’on constate assez souvent de l’homme par ses moyens de production ? N’entend-on pas souvent qu’il faut mettre l’économie au service de l’homme et non l’inverse ? Mais on rejoint le raisonnement biaisé qu’on évoquait : L’homme retrouve le CONTRÔLE sur les machines, ou ici, les moyens de production, l’économie au sens large, comme si ce contrôle était effectivement possible, or le propos de Matrix montre justement que non , c’est pas aussi simple que ce raisonnement basique le laisserait présager (Et j’en veux ici la preuve que les films Matrix ne sont pas vraiment des films «marxistes» comme certains le disent, certains qui les récupèrent ainsi parfois dans leurs analyses. C’est plus compliqué et après avoir utilisé le marxisme comme thèse (on pourrait dire : dans le film 1) les deux films suivants s’amusent justement à faire l’antithèse avec la synthèse qui serait la suivante :

---> Il faudrait penser la politique autrement que par des considérations de majorité. Il faudrait en fait complètement revoir notre notion de l’Etat. Il s’agit de montrer qu’on peut construire un ordre politique sans passer par cette machine particulière qu'est l'Etat (ce contrôle par le haut, avec l’idée de domination qui est sous-jacente). En effet quand on regarde comment fonctionne la nature et justement, les formes vivantes (cf certains de mes topics sur l’émergentisme) on a bien plus souvent affaire à un « contrôle par le bas » , c’est ce qui marche.

C’est ce qui explique entre autre comment l’internet a pris en quelques années une expansion aussi exponentielle (à tel point qu’il parait aujourd’hui devenir par certains côtés, « incontrôlable » il acquiert une espèce de vie propre. Il n’y a pas de contrôle par le haut sur le net. Chacun est un peu une espèce de « maitre du net » à sa manière depuis sa machine, chacun participe à sa vie, c’est pas comme une société commandée par un organe au sommet qui régenterait tout, en fait on régente chacun le net à notre niveau).

Matrix semble nous dire (même si ce sera sans doute pas évident) qu’une société moins aliénée ne pourra naître que par ce nouveau raisonnement et en repensant notre idée de l’Etat et plus généralement , en repensant carrément notre rapport au monde, aux moyens de production, à la technologie.

Je voulais absolument parler de ce côté politique des choses, mais revenons sur l’histoire de symbiose homme / machine et sur les visions prospectives de Joël de Rosnay ( voir aussi ce topic où j’en parlais viewtopic.php?t=4380)

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Monsieur Joël de Rosney

Les propos phares de la thèse de Joël de Rosnay sont les suivants (résumés par Jean Claude Keller sur le site web : http://www.gymnase-morges.ch/docs/HommeSym.HTML ) :
Tout d’abord l’idée maîtresse est que des bouleversements se préparent pour l’espèce humaine. Que la vie, par exemple, va bourgeonner à nouveau sur Terre. Certes, elle n'a jamais disparu. Elle existe au contraire à profusion: l'explosion démographique en rappelle la vitalité. Mais il s'agit cette fois d'une nouvelle forme de vie, d'un niveau d'organisation encore jamais atteint par l'évolution: une macro-vie à l'échelle planétaire, en symbiose avec l'espèce humaine. Cette vie hybride , à la fois biologique, mécanique et électronique, est en train de naître sous nos yeux. Nous en sommes les cellules.

On peut déjà pressentir ce futur, notamment via l’évolution des techniques, des avancées en science cognitives et informatiques, les nanotechnologies etc. Joël de Rosnay est à la base un grand biologiste français, spécialiste des origines du vivant, mais son domaine de recherche concerne aussi les nouvelles technologies et l’approche systémique de la connaissance ; Il est donc très bien placé pour savoir de quoi il parle ^^ Il nous propose un nom pour cet organisme planétaire du futur : le cybionte, nom donné à partir de cybernétique et de biologie. Ce macro-organisme existerait déjà à l'état primitif et vivrait à l’état latent, potentiel, dans sa globalité. Vous voyez bien je pense en quoi ce concept se rapproche beaucoup de ce que j’évoquais précédemment à travers la symbiose homme machine.
Voir cette conférence audio, pour ceux que ce sujet passionne : http://www.tous-les-savoirs.com/index.php?op=themes&c=168&a=audio

Si on pousse ce concept à l’extrême, on peut même le rapprocher d’entités qu’on retrouve dans d’autres œuvres de Science fiction, notamment chez Isaac Asimov , avec l’entité Gaîa , et c’est là qu’on pourrait aborder mes histoires de panthéisme (j’en ai déjà parlé dans d’autres topics) : L’idée d’un futur inéluctable où l’homme « fusionnera » en quelque sorte avec son environnement au point de devenir une espèce de cellule d’un ensemble plus vaste (lui-même vivant mais doté d’une vie qui transcende l’entendement de ses parties). C’est très spéculatif et après ça rejoint même la métaphysique, les notions religieuses, mais c'est assez fascinant.

Mais sans faire torp de HS la-dessus là où Matrix (pour revenir aux films) constituent eux aussi à leur manière une espèce de fable panthéiste , c’est bien plutôt dans cette réunion des contraires qu’on retrouve prônée dans le troisième film (celui qui boucle la boucle, ce troisième film qui effectue le « samsara » de la trilogie , si l’on veut ^^ )

J’ai expliqué en effet en quoi (pour chaque chose que les films abordent) Matrix utilisait l’approche dialectique : accession à la vérité par étapes. Ces films peuvent être vus comme un pot pourri de pas mal de philosophies ( Platon et l’idéalisme, Descartes et son histoire de malin génie, Nietzsche, Berkeley et tant d’autres) Ils s’appuient aussi allégoriquement sur un peu toutes les grandes religions du monde , le christianisme avec l’idée du Messie et de la trinité, le judaîsme avec les allusions à l’esclavage, la Kabbale Juive comme espèce de code à décrypter (un de ces 4 je ferai un topic la-dessus) , les mystiques et religions asiatiques, le bouddhisme, le taoïsme , les upanishad hindou etc etc. On a pas mal d’allusions à la gnose aussi. Mais plus qu’une philosophie de bazar, qu’un synchrétisme un peu grotesque et informe, c’est surtout une manière d’affirmer (je pense) différentes phases d’accession à la vérité. Un peu comme une dialectique : Et si le premier matrix est indéniablement surtout d’essence judéo-chrétienne (et un peu gnostique) , la suite de la trilogie lui donne un caractère beaucoup plus boudhiste et asiatique. On pourrait rappeler les allusions à l’hindouisme et au Karma dans le troisième film, mais surtout au samsara, le cycle de la nature , l’éternel recommencement , à mettre en parallèle avec les cycles de reload de la matrice.

Mais cette dialectique (dire une chose, puis son contraire pour la DEPASSER) se retrouve à bien des niveaux, de manière subtile , et notamment dans l’approche philosophique globale des films, qui est d’abord dualiste et qui à mon sens se transforme en une approche moniste à mesure que la trilogie approche de son terme.
Elle est dualiste au début, de manière assez claire : On a des contraires qui s’affrontent, comme je l’évoquais avec l’antagonisme homme / machine ; bien / mal. On a un peu plus tard l’antagonisme Néo/Smith. La réalité de la matrice, celle de l’illusion (la caverne de platon, cf l’idéalisme platonicien) versus le monde réel tangible , matériel etc.

Mais ensuite tout se complique, Néo arrête les machines dans le monde réel , tout se brouille et plus rien n'est aussi simple qu'au début, à mesure notamment qu’on perçoit que Smith est une sorte d’opposé de Néo, les deux finissant par fusionner, et à mesure que ce dessine tout ce que j’évoquais au début à savoir ce compromis entre l’humanité et les machines qui parachève la quête, une fin à laquelle on se serait pas trop attendu après le premier film.

C’est bel et bien d’une quête de l’unité qu’il s’agit ; Néo n’est-il pas d’ailleurs l’Unique , celui qui opère la réunion entre les deux espèces ennemies, celui qui , symboliquement, unifie les contraires, rassemble les choses ? L’avenir viable étant justement dans la coexistence, dans cette fusion de Néo qu'on voit à la fin ... J’ai toujours beaucoup aimé ces scènes, où l’on voit Néo fusionner avec l’environnement digital, par exemple lorsqu’il arrive à la source, juste avant le discours de l’architecte, ou encore dans les scènes finales du dernier film, lorsqu’il est dans la ville des machines, comme en symbiose avec ce qui l’entoure. Il y a dans ces scènes quelque chose de profondément panthéiste ( l’idée que la réalité est Une , sans entité immatérielle transcendante), que tout est lié et en interraction , que tout dépend de tout.

Spinoza nous dit en substance que le bonheur humain réside dans la connaissance et dans l’acceptation de cette idée que l’homme n’est pas dans la nature comme un empire dans un empire, que nous sommes intimement liés à ce qui nous entoure, au cosmos , et au cycle de la vie, et que c’est en arrivant à l’intégrer sereinement dans notre tête que nous parviendrons à vivre plus heureux. Pas simple pourrait-on rétorquer, car nous sommes justement prisonniers de notre nature et des apparences, Matrix nous dirait plutôt que nous sommes prisonniers de la matrice ^^ Mais c’est exactement de la même chose dont il s’agit.

Le message de Matrix est par excellence tel que je le conçois un message spinoziste , même si les films pour arriver à cette espèce de conclusion finale passent par tout un tas d’allégories et de démonstrations intermédiaires empruntant à toutes les philosophies et les grandes religions du monde. Je vous avouerais que c’est un parmi tant d’autres aspects qui font que j’adore vraiment ces films.
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:58 pm

Matrix et judaïsme
Matrix et allusions bibliques, chrétiennes,
Matrix et la gnose


J'aimerais aborder dans ce post un élément qui me marque beaucoup aussi dans la trilogie Matrix : toutes les allusions autour du judaïsme, de la Kabbale (la mystique Juive) , et , parce que c'est pas mal lié, nous parlerons ici un peu aussi des allusions à la Bible (judéo chrétienne) au messianisme, au sionisme , à Israel, et à la Shoah, ce génocide monstrueux des Juifs par les nazis.

Tout ça se retrouve dans Matrix avec un oeil averti.

Commençons par le clin d'oeil à l'évênement le plus tragique : la Shoah. Je pense que ça n'a échappé à aucun de ceux qui ont maté les dessins animés Animatrix. Dans la première partie de Seconde renaissance, on voit les humains vivre côte à côte avec les robots, en paix , jusqu'à ce que l'un d'entre eux tue son maître qui voulait le désactiver. S'ensuit un procès et une véritable haine non contenue de l'Humanité pour les robots, qui se traduit par un véritable « génocide » qui rappèle énormément certaines heures les plus sombres du nazisme ....

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Bon au-delà de la Shoah on peut y voir une allusion à d'autres génocides modernes évidemment.

Les références au sionisme et à Israel se retrouvent tout d'abord évidement à travers Sion , cette cité humaine près du centre de la Terre (qui symbolise l'humanité libérée de l'esclavage des machines, un peu comme les anciens hébreux libérés d'Egypte dans la Bible, partis pour le pays de Canaan où sera bâtie notamment Sion autrement dit Jérusalem) On peut d'ailleurs remarquer les nombreuses allusions dans Matrix à l'esclavage des hébreux (ou à leur libération) : Le vaisseau overcraft de Morphéus s'appelle le nebuchadnezzar ( nom anglais de Nabuchodonosor, roi de l'antique Babylone bien connu, qui prit d’assaut Jérusalem après un long siège et déporta les juifs à Babylone, en 587 av. J.-C où ils restèrent longtemps prisonniers) Des scènes de Matrix évoquent par ailleurs la libération au sens large , qui pourraient évoquer la libération du peuple noir (Morphéus brisant ses chaînes dans Matrix 1 c'est l'esclave qui s'émancipe ... symbole aussi du prisonnier de la caverne de Platon qui s'échappe , voir plus haut mon analyse du mythe de la caverne de Platon .. ) Pour Nabuchodonosor , on peut aussi rappeler pour l'anecdote que ce roi babylonien du livre de Daniel était celui qui réclamait qu'on interprête ses rêves étranges .....

Avant d'évoquer plus loin les allusions christiques, on peut noter que Néo rappèle aussi Moïse : Comme le prophète des hébreu il accepte son rôle de messie après une longue période de résistance. Comme Moïse qui dut quitter le confort de sa première vie (lui qui fut adopté dans la famille royale des pharaons) Néo devra quitter sa première vie dans la matrice, avec son confort illusoire, pour découvrir sa vraie nature et revenir ensuite jouer son rôle de libérateur des humains esclaves de la matrice. Néo est donc à la fois Moïse, l'homme nouveau (l'apôtre Paul appelait souvent ainsi le Christ) mais certains y voient aussi une allusion dans son nom à Noé (dont il constitue un anagramme) Noé qui est refondateur de l'Humanité après le déluge. Déluge d'ailleurs qu'on pourrait peut-être voir dans ce déluge apocalyptique de grêle qui sévit à la fin de Matrix 3 lors du combat Smith / Néo)

Mais il y a une autre allusion à Israel dans Matrix : Dans Animatrix Seconde renaissance, on voit les machines rebâtir une nouvelle cité après le « génocide » : cette cité est nommée 01 ( zero one) , nom qui symbolise bien sûr l'aspect binaire du raisonnement des machines mais la prononciation de zero one est aussi proche de celle de Sion (Zion en anglais) et il y a un parallélisme.

De plus, l'emplacement que les machines choisissent pour cette cité est (je cite la voix off) le berceau de la civilisation) mais on voit sur la carte que ça se situe à l'emplacement de l'Israel Biblique en fait. Autrement dit : la capitale des machines , le lieu notamment où on voit Néo se sacrifier en faisant face au deus ex machina dans Matrix revolution, c'est en Israel ^^

On peut remarquer que dans le scénario décrit dans Animatrix, ce pays des machines est créé après le génocide des machines, et pour répondre à un besoin de survie. Les machines à la base veulent simplement ne pas disparaître , et prospérer à côté des humains, en commercant avec eux. C'est l'humanité qui va les rejeter , notamment en les empêchant d'adhérer à l'ONU, ce qui va déclencher la guerre entre les hommes et les machines et le renversement de situation.

J'y vois évidement une analogie très claire à la création d'Israel, l'Etat hébreu fondé peu après la seconde guerre mondiale et les épreuves tragiques de la Shoah pour des raisons de liberté et d'émancipation du peuple Juif. Si on veut pousser le parallèle encore plus loin, on peut constater aussi qu'Israel a prospéré ensuite , notamment économiquement, et aujourd'hui continue à être très mal acceptée par les Nations.

Les frères Wachovski (qui sont Juifs, même si apparemment convertis au bouddhisme d'après certaines sources) avaient sans doute à coeur de traduire symboliquement tous ces éléments rappelant le sionisme dans leurs films et on peut noter à quel point ils ont réussi à le faire finement en les mélangeant à tant d'autres choses et à un scénario prenant dans des films d'action magistraux.

Je n'évoquerai pas en détail ici les multiples allusions à la Bible au sens large (notamment chrétienne) , ni tous ces personnages qui ont des noms qui rappèlent l'Ancien et le Nouveau Testament (des noms comme Jacob, Moser- c'est à dire Moïse , l'un des membres du Hammer, Apoc – pour Apocalypse- sont des exemples ou encore Cypher , le traitre du nebuchadnezzar de Matrix 1, qui fait allusion à Lucifer, et Séraphin le protecteur de l'oracle, qui porte le nom des anges séraphim). Ils sont nombreux dans l'oeuvre, inutile non plus de rappeler les allusions à la sainte trinité dans Matrix ( le nom de Trinity, le trio constitué par Morphéus – le père , guide de Néo- , Néo lui-même – le fils, le messie, l'élu de la race humaine, et Trinity) Néo dont l'autre nom, celui qu'il avait dans la Matrice, Thomas Anderson, évoque quant à lui Saint Thomas (celui qui doute) et ander-son (le fils de l'homme, qui est un autre nom du messie) ; Néo qui par ailleurs comme le Christ meurt à la fin de matrix 1 avant d'être (en quelque sorte) rescussité par le baiser de Trinity pour devenir un autre homme, transcendant la Matrix. Il y a dans les scènes finales de Matrix 1 où on le voit lumineux, interprêtant parfaitement le code de la matrice, des allusions claires à la résurrection. Néo enfin, qui comme le Christ est trahi lors d'un repas (le repas de Cypher et de lagent smith au restaurant) ; Cypher jouant donc ici plutôt le rôle de Judas.

Dieu lui-même, le Dieu chrétien, semble symboliquement présent à travers le personnage de l'architecte, avec sa barbe blanche soigneusement taillée en pointe, mais comme on le verra plus tard, il fait aussi et peut-être surtout référence au Dieu des doctrines gnostiques : le Grand Architecte de l'univers ( qui a inspiré la Notion de Grand Architecte chez les franc-maçons aussi ... )
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Bien qu'il puisse sans doute aussi évoquer le roi des dieux de la mythologie grecque : Zeus (un peu comme dans Saint Seiya avec Kido où je pense on a aussi une volonté d'évoquer les deux ^^ ) , ce qui serait également logique par rapport aux multiples allusions matrixiennes à la mythologie grecque (Niobé, Morphéus, Perséphone, l'Oracle, Oedipe aveugle- Néo les yeux crevés dans Matrix 3 ...)

Thomas Römer souligne que l’idée de grand architecte remonte à une idéologie précise, celle de la gnose qui naît au Ier siècle après Jésus-Christ. Dans ce courant religieux fondé sur le principe de dualité, le Grand Architecte désigne un dieu mauvais, qui a construit un univers matériel auquel l’homme doit échapper.
Le Grand Architecte de la matrice rappelle bien cette puissance créatrice malfaisante, sauf que les héros doivent échapper à un monde virtuel pour re-tourner dans le monde matériel du corps et de la matière authentique ; on a donc une inversion dans Matrix. Tout au contraire, «le monde matériel est mauvais dans la gnose, alors que la matrice est une construction de l’esprit».

Après ces quelques exemples qui montrent le foisonnement d'allusions judéo-chrétiennes et bibliques on peut poursuivre le jeu de piste à l'infini et chercher éventuellement des figures d'apôtres parmi les membres du nébuchadnezzar ...

Tout ça n'a échappé à personne et plusieurs sites web y reviennent en long en large et en travers. Notons d'ailleurs , anecdote pas insignifiante que le thème du messianisme (de l'Elu sauveur) n'est pas seulement un thème chrétien mais aussi Juif ^^ et propre aussi à d'autres religions et mythologies.

Certaines allusions matrixiennes sont parfois plus subliminales. Je citerai l'exemple de l'affiche de Matrix Revolution, avec sa fameuse phrase « everything that as a begining as an end », « Tout ce qui a un début à une fin » , réplique récurrente dans le film, prononcée par l'Oracle notamment, et qui fait prendre conscience à Néo qu'il doit se laisser pirater à son tour par Smith, et se sacrifier.

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Alors que presque toutes les lettres sont en majuscules, on peut remarquer certaines en minuscules , qui forment le mot hébreu THANNIN si on les remet dans l'ordre. Il s'agit d'un synonyme de léviathan.

Le Leviathan est l'oeuvre principale de Hobbes ( un trés grand philosophe ). Ce dernier stipule en somme que chaque homme à le pouvoir de tuer un autre homme à l'état de nature. Plutot que de vivre dans un état de peur constante du à ce postulat de départ , les hommes choisissent d'accepter de donner tous ensemble ce pouvoir qu'ils ont individuellement à une entité suprème : le léviathan.
En renoncant à ce droit, ils acquièrent la sécurité car le léviathan veille sur tous. Ce résumé est trés mauvais et trés court. Mais dans le Leviathan on trouve le détail suivant qui est essentiel : Le léviathan échappe au contrat entre les hommes , il est né du contrat des hommes. En aucun cas il n'a de contrainte puisque il est hors contrat. Il est une résultante. Par conséquent une fois le contrat signé, chacun se retrouve sous la loi du léviathan sans pouvoir avoir un retour sur lui puisqu'à la fois il émane de tout le monde mais de personne en particulier.

Le leviathian renvoit donc à la matrice et au pacte signé entre les hommes et les machines dans animatrix.

A part ça il faut aussi savoir que dans la Bible, dans le livre de job, il est question du Leviathan qui est le monstre de l'apocalypse. Et le leviathan devra se battre contre le messie qui est envoyé par Dieu avec pour mission de tuer le leviathan pour ne pas laisser les ténèbres régner sur Terre.

Bien entendu le messie serait symboliquement Neo, le leviathan seraitt Smith (l'oracle dit que les tenebres commencaient a s'installer -on pense a Smith qui se multiplie indéfiniement) et Dieu pourrait etre le créateur de la matrice autrement dit l'architecte.

Quoiqu'il en soit faut pas aussi oublier le livre de Hobbes rappèle que le leviathan est le symbole du serpent qui se mord la queue. Or comment s'achève revolutions? Il s'agit d'un retour au debut (un rechargement de la matrice ou plutôt de la nouvelle Matrice). Le leviathan (Smith) se detruit tout seul (en absorbant Néo).

Outre Thannin, les allusions à la Kabbale, à la numérologie, au rapport mystique entre les lettres et les nombres sont nombreuses. On peut rappeler le chiffre 101 récurrent (le numéro de la chambre de Néo au début de Matrix 1, mais aussi de l'étage du mérovingien), ou encore 01 pour la ville des machines, 303 (3*101) qui évoque la trinité etc.

Les frères Washowski dans les rares interviews qu'ils ont données, affirment qu'il y a plus dans leurs films que tout ce qu'on pourra jamais savoir. Quelqu'un dans une émission de radio affirmait que les films Matrix avaient été conçus avec l'aide de très grands kabbalistes.

Alors je dois avouer que j'ai pu d'infos sur tout ça et si certains d'entre vous ont déjà étudié les signes kabbalistiques dans Matrix, n'hésitez surtout pas à en parler ici pour enrichir le topic. Mais je propose quelques pistes d'études issues un peu de mes recherches personelles.

Tout d'abord on peut rappeler certains fondamentaux de la Kabbale, cette mystique Juive, et notamment le rôle important qu'y joue la lumière (c'est également le cas dans Matrix comme l'attestent plusieurs scènes visuelles clé , le moment où Néo pénètre dans la source, ou lorsqu'il marche dans la ville des machines, Matrix 3, on a l'impression qu'il est pénétré de lumière, comme pénétré par une vérité qui éclate enfin en lui ) :

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La Lumière est l’un des mots les plus importants de la kabbale. C’est la plus haute métaphore de l’infini et du divin. Toutes les lumières émanent de l’infini. La kabbale, c’est la réception de cette lumière de l’infini. « Lumière, « vibration » et « énergie » sont les 3 mots clefs de la kabbale pratique.

L’énergie, depuis sa source, se propage dans l’ensemble de l’univers à travers un modèle de 10 « transformateurs d’énergie » appelé Sephiroth.
La réalité vraie (metsiout) est la lumière qui se trouve en chaque chose. La réalité fondamentale n’est donc pas la matière mais l’énergie : tout est énergie.

( Voir mon petit topic sur la Kabbala dans la rubrique Juive du forum )

La kabbale pose comme hypothèse que la grandeur de l’homme est d’avoir la capacité de sentir ces énergies et de les maîtriser. Le kabbaliste est celui qui sait orienter ses pensées dans la bonne direction : c’est la kavana. Le kabbaliste est en perpétuelle remise en question. Il est un « chercheur » de vérité et non un « possesseur » de vérité. Il est celui qui sait s’ouvrir à une perception supérieure, il se « réveille » d’un sommeil intérieur : entendre l’inouï, voir l’invisible et sentir l’immatériel. Il sait voir la richesse incroyable du monde en chaque instant et chaque lieu, sentir la présence divine partout.
On pourrait y voir un parallèle avec l'Eveil de Néo et son long apprentissage de ses facultés de perceptions particulières de la réalité de la matrice, jusqu'à ce qu'il arrive à être complètement maître de l'environnement : voler, se déplacer à toute vitesse etc. Il y a évidement aussi beaucoup de clin d'oeil asiatiques et aux philosophies des arts martiaux et du bouddhisme (la quête de l'illumination) mais j'y reviendrai dans un post ultérieur.
Dans la Kabbale la vibration intérieure de l’homme correspond à 10 rythmes, ou pouls, que l’homme doit essayer de connaître pour les diriger avec justesse. L’analogie avec la musique et la recherche de l’harmonie est aussi utilisée.
Le mouvement est fondamental. La lumière circule à travers tous les mondes. Une fois le monde créé, il est entré dans un processus de remontée vers sa source et s’est construit en allant du bas vers le haut, du moins parfait vers le plus parfait. Cette évolution vers le haut est la source de l’optimisme fondamental de la pensée kabbaliste. L’homme fait partie de cette évolution, il aspire à retourner à la lumière primitive, il aspire à toujours être meilleur, ne pas tomber dans l’autosatisfaction.J'aime voir un clin d'oeil à cet aspiration à la remontée vers la lumière de l'infini de la kabbale dans Matrix 3 lorsque le vaisseau Logos piloté par Trinity et Néo remonte au-dessus des nuages pour échapper aux sentinelles. L'instant est fugace et ne dure pas, mais est synonyme d'émerveillement, alors que nos deux compères contemplent la lumière du Soleil pour la première fois.
Toute la kabbale se fonde sur un schéma vertical : le passage de la lumière de l’infini (or en sof), ou lumière d’en haut, à la réception de cette lumière (qabbala) dans les mondes d’en bas. Entre émanation et réception, les intermédiaires sont multiples. La kabbale est l’étude de ces voies, des mondes intermédiaires qui existent entre le monde supérieur et le monde inférieur.
Ces intermédiaires sont : les lettres de l’alphabet ou le « livre » (sefer) ; les chiffres et l’univers mathématique (sefar) ; la décade des éléments fondamentaux (les 10 sefirot) ; les noms multiples de Dieu et le Tétragramme ; la prière ; etc.
Les chiffres et les lettres de l'alphabet hébreu (auxquelles correspondent des chiffres en fait) sont donc très importants et ont un caractère sacré. C'est lui aussi qu'on peut retrouver quand on a un oeil averti à plusieurs niveaux dans matrix.
Plus de détails ici : http://www.systerofnight.net/religion/html/kabbale.html

Je vais m'arrêter là pour ce soir (dans le prochain article je vous parlerai des références à Spinoza dans matrix ^^ )
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 4:59 pm

Je reprend mon trip matrixien. Après avoir survolé les allusions bibliques, juives et kabbalistiques, ainsi que le rapport subtil homme / machines, après avoir brossé la comparaison avec les philosophies de Platon, Descartes, Berkeley , et avant d'attaquer plus tard Baudrillard, Hegel , Nietzshe et Kant, je vais tâcher de brosser toutes les références de Matrix à un philosophe que j'adore : Spinoza. C'est peut-être le lien le plus profond , l'essence même de l'oeuvre (au sens trilogique) mais ça va être plus dur d'en parler, c'est beaucoup plus quelque chose qui "se sent" que se démontre et donc je vais être obligé d'en parler par étapes en abordant un autre thème important avant : Matrix et les arts martiaux ( un paragraphe que j'appèlerai la Voie du guerrier, et qui nous permettra d'aborder l'essence asiatique de l'oeuvre, et notamment bouddhiste, hindouiste et taoiste , sur laquelle on reviendra en long en large et en travers plus tard ). Je serai obligé aussi de faire des disgression pour bien expliquer des points du scénario parfois un peu obscurs chez certains, et je précise d'ailleurs que mon interprêtation n'est pas forcément LA BONNE j'ai toujours considéré un peu ces films comme adaptables à la vision des spectateurs, du moins dans une certaine mesure.


LA VOIE DU GUERRIER

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Dans Matrix, on a un fait qui saute aux yeux à tel point qu'il n'étonne même plus (en tout cas ceux qui en général aiment ces films car c'est aussi parallèlement une raison qui énerve parfois les autres) : on à affaire à un film d'action bourré de combats. Mais au fond pourrait-on se demander : Pourquoi des combats ? Pourquoi cette quête initiatique de néo, ce parcours vers la vérité est-il jalonné par tous ces combats. On aurait pu imaginer un scénario un peu similaire mais sans toutes ces « chinoiseries » (si vous me permettez l'expression lol ) : est-ce que c'est juste pour faire beau ? Épater le spectateur ? Insérer des hommages aux manga shonen, aux films de kung fu de Hong Kong ?

Evidement non, il y a un sens bien plus subtil et profond. On peut d'ailleurs d'emblée y voir une certaine contradiction avec le bouddhisme zen : Dans Matrix, pour parvenir à ses fins, on n'hésite pas à tuer, ça se castagne sans cesse et on fait pas semblant (rappelez-vous la réplique de Morphéus à Néo : dans la matrice, toute personne est potentiellement un agent. Autrement dit, Néo devra apprendre à tuer sans hésitation n'importe lequel de ces pauvres humains branchés à la matrice, lesquels peuvent s'en trouver n'importe quand parasités par un agent qui se télécharge en eux).

J'ai toujours vu dans ces allusions le petit côté rebelle anarchiste de Matrix. Combattre un système en se disant : tous ceux qui ne combattent pas le système avec nous, sont AVEC le système et potentiellement des ennemis au même titre, c'est très radical.

Certains analystes évoquent d'ailleurs clairement l'inspiration marxiste qu'aurait Matrix, où les individus soumis à une illusion permanente et considérés uniquement comme source d'énergie par les maîtres de la planète symbolisent le prolétariat. Un autre point de vue récurrent y voit d'ailleurs aussi une vision tiers-mondiste en arguant du fait que les agents sont toujours des blancs habillés uniformément à l'occidentale, alors que les autres personnages reflètent, surtout à partir du deuxième film, la diversité des populations de la planète. Matrix , film de gauche ou d'extrême gauche ? Je vous laisse en juger (on peut sans doute trouver des exemples de la thèse inverse)

En tout cas dans la conception des choses qui consiste à être prêt à éliminer toute personne du système car elle serait potentiellement un agent, on est loin de la philosophie pacifiste du bouddhisme (du moins tel qu'il est souvent perçu dans l'imaginaire populaire). Pourtant, il y a quelque chose de très asiatique dans le fait de parvenir à s'accomplir (comme c'est le cas dans Matrix) à travers les combats, c'est à ça que je faisais référence en parlant de la Voie du guerrier (qui a un rapport avec le taoïsme)

Le Bushido (la voie du guerrier) : Matrix et les arts martiaux

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Je poste pour introduire mon paragraphe cette petite image de Cis ( voir le Animatrix : Programme) parceque ce petit film d'animation présente deux persos branchés à un programme d'entrainement qui respire bien le Japon ancien (jusqu'aux moindres détails avec l'emblème bien connu du clan Takeda sur sa tunique ^^ ) et il symbolise bien je trouve l'essence générale très asiatique des combats de Matrix et les références au Bushido , le code d'honneur des samouraï , que j'aborde maintenant.

Le Bushidô englobe les multiples préceptes et codes régissant la vie de l'élite guerrière des samouraï. ( bushi signifie " guerrier " et dô, la " voie " )
Il faut bien comprendre que l'essence profonde du Budo est de transformer les techniques brutales de guerre en arts, sans soucis de l'efficacité guerrière. Le but devient bien moins de protéger sa vie que d'atteindre une sorte d'illumination spirituelle (ça va vraiment de pair) Il s'agit d'une quête de soi-même avant tout. L'ennemi est en soi, dans les illusions de l'ego, qui nous empêchent de voir notre vraie nature.

S'il ne craint pas la mort, le Samouraï n'en est pas pour autant suicidaire. Sa mort au combat répond à une tentative de rétablir un équilibre vital détruit.

Dans Matrix 3 , néo répond par sa mort et son sacrifice à un déséquilibre engendré par le “Bug Smith” , lequel est son opposé. L'équation s'annule par la réunion des deux opposés (Néo , l'Unique, et Smith, l'anti-Néo, le multiple) et c'est ceci qui sauve la situation et donne tout son sens aux actions de Néo. Sa mort. De même que dans la morale du Buchido, sa mort permet ici de rétablir un équilibre.

La mort du samouraï est le garant d'une vie juste. Reste à s'entendre sur le terme " juste ", reste à déterminer le moment où le déséquilibre devient chaos. Reste à établir la frontière entre une vie difficile et un calvaire. A chacun de fixer ses limites et de créer son propre Bushidô, en gardant constamment à l'esprit que le Bushidô ne se contente jamais d'être le véhicule de profondes réflexions philosophiques. Il cherche d'abord et avant tout à les rendre effectives. Son objectif premier est toujours de transformer la théorie en pratique.
Le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir. S'il perd le combat et s'il est obligé de livrer sa tête (…) il mourra en souriant, sans aucune vile allure.

Derrière tout ça il y a sans doute un petit enseignement pour notre époque, où la culture de la gagne est très souvent mise en avant. Le tantrisme tibétain, tout comme le Y-King, nous apprennent eux aussi que le gain et la perte sont les deux faces nécessaires d'une même pièce : l'apprentissage de la vie. Comme le dit Yagyu Munenori « Vouloir uniquement gagner est une maladie. Chercher uniquement la technique par accumulation des entraînements est également une maladie »

On peut se rappeler dans Matrix une scène qui évoque très bien cela, lorsque Néo pense battre Morphéus dans le programme d'entraînement, alors qu'il n'a fait que télécharger dans son esprit des programmes de Kung fu, de Ju jitsu et autres arts martiaux. Il n'en maîtrise que la technique et pas les fondamentaux.

Comme l'explique très bien Kenji Tokitsu « l'apprentissage du Budo commence avec la technique corporelle, mais celle-ci n'en constitue qu'une petite partie, l'essentiel étant que notre subjectivité existe à chaque instant et dans chacun de nos gestes »

Dans Matrix Néo doit apprendre à se défaire de son égo et de sa subjectivité, pour progressivement appréhender le fait que l'environnement de la Matrix n'est qu'une illusion, et que la souffrance peut être transcendée , et une toute nouvelle approche des mouvements acquise lors des combats. Les combats seront donc la voie qui lui permettra de vaincre les illusions de la Matrice.

Derrière l'importance des combats dans Matrix, il y a donc cette idée forte de la réalisation personelle (au sens noble du terme) à travers le combat. On y retrouve d'ailleurs de multiples allusions dans les répliques, on peut citer celle de Séraphin à Néo, après leur simulacre de combat au début de Matrix 2 « On ne connait vraiment quelqu'un qu'en le combattant »


Je poursuivrai par deux paragraphes qui reviennent sur deux points importants de compréhension des films, qui me serviront à aborder Spinoza et le panthéisme.

Pourquoi c'est Néo qui doit recharger la Matrice ?

La question simple que certains fans qui ont pas bien compris les films se posent parfois c'est : Pourquoi est-ce que ça doit être Néo qui recharge la matrice (en allant à la source) Pourquoi les machines ne le font elles pas elles-même et par corollaire, puisque ça doit être Néo, pourquoi les machines cherchent elles à le tuer.

Voici ma réponse.

Les machines en réalité ne veulent pas tuer (ou supprimer) L'élu. Elles veulent supprimer Néo en tant qu'élu potentiel mais non avéré, c'est un peu différent car de leur point de vue, au départ de la trilogie et même jusqu'au moment du face à face néo / architecte, Néo n'est pas forcément l'Elu. C'est une probabilité mais qui ne se confirme qu'au fur et à mesure de l'avancement de la trilogie à travers ses exploits dans la matrice.

L'elu est un bug pour la matrice, un risque de crash. d'où l'intérêt pour la matrice de le maîtriser. Mieux même : l'idée forte de l'architecte est d'utiliser l'élu pour que son code se réinsère dans la matrice (en allant à la source) de cette manière, la version suivante de la matrice est une version améliorée, qui tient compte de la particularité de l'élu.

Si l'élu n'allait pas redisséminer son code lui-même , en gros (c'est comme ca que je le vois) la matrice serait rechargée mais , disons, à l'identique. Or chaque nouvelle version tente de se rapprocher de plus en plus finement des aspirations de la race humaine pour éviter à nouveau des bugs. D'où l'importance de l'élu comme programme de contrôle, c'est un feedback, une boucle de rétroaction

Donc le but des machines est bel et bien d'attirer l'élu vers la source. Maintenant le problème c'est justement (de leur point de vue) : néo est-il vraiment l'élu?

Ce n'est pas forcément le cas , et il se pourrait simplement qu'il soit un humain plus "ordinaire" un peu comme Trinity , Morphéus et les autres rebelles, acquérant certains pouvoir dans la matrice mais incapable de la maîtriser totalement comme Néo le fait (il faut bien distinguer ce que fait un Elu, comme Néo , et les autres, et je vous encourage si vous le pouvez à lire le chapitre du livre Matrice : machine philosophique, titré La voie du guerrier, où sont brossés notamment des parallèles entre les combats dans Matrix et la philosophie des arts martiaux asiatiques. C'est intéressant pour justement bien percevoir ce que l'élu a "de plus" , de vraiment spécial. C'est un peu ce que je racontais précédement en résumé. Néo finit par transcender totalement la matrice et plus rien ne lui est impossible, il vole , évite les balles , mais il fait bien plus encore. Même la mort ne l'atteint plus car son esprit a “compris” parfaitement que c'est virtuel. Que son corps est ailleurs.
Lorsqu'à la fin de Matrix 1 il meurt, transpercé de plusieurs balles, il est à ce moment là (dans le monde réel) dans une sorte de coma, et mort dans la matrice. Son coma l'aurait probablement mené à la mort dans le réel aussi s'il n'y avait pas eu le baiser de Trinity qui change tout. Grâce à lui ( un peu comme certains comateux dont on dit qu'ils parviennent à sentir ce qui se passe auteur d'eux, qui entendent des sons etc) l'esprit de néo dans le réel n'a pas basculé , il a continué à vivre, et ça implique une prise de conscience, une sorte d'éveil au sens bouddhiste du terme. Il se réveille de la mort dans la matrice et à partir de ce moment, il a en quelque sorte complètement intégré ce qu'est la matrice. Il en perçoit les lignes de code jusque dans les moindres détails, elle n'a plus aucun secret pour lui. C'est l'élu véritable !!! Un être avec une perception , un éveil parfait qui n'a plus rien à voir avec les “simples” pouvoirs de Morphéus et des autres. Il faut bien comprendre ce point.
Il y a donc une différence claire à saisir entre les élus (comme Néo et ses prédécesseurs) et les élus potentiels mais dont le potentiel ne se réalise pas pleinement, et les rebelles et autre. Les machines cherchent dans l'histoire à détruire les “faux élus” et c'est pour ça que Néo est sans cesse attaqué dans la matrice (car il pourrait être un faux élu) mais le but des machines est d'amener le vrai élu à la source, pour profiter de son code en vue d'une amélioration.

Toutes les épreuves imposées à Néo dans les films 1 et 2 , les agents hostiles oeuvrant pour le faire échouer etc , visent surtout pour les machines à s'assurer qu'il est bien l'élu. S'il n'est pas l'élu, il mourra pendant ces épreuves et c'est le but. S'il est l'élu : il arrivera immanquablement à la source, car il a forcément le pouvoir de passer ces épreuves. Et donc, à la source, il se retrouve en état d'être contrôlé.


La différence Oracle / architecte

J'attaque le deuxième point important avant mon blabla philosophique.

Ce qu'il faut bien comprendre aussi , et qui est parfois flou pour certains, c'est la grosse différence entre le rôle de l'Oracle et celui de l'architecte.

L'architecte raisonne de manière très binaire, très mathématique : son raisonnement se résume en gros à :
* s'il y a un élu ---> Il faut le maîtriser, l'attirer à la source, redessiminer son code et reloader la matrice en tenant compte des ajustements pour améliorer la version suivante (ce que je viens de raconter) L'architecte se moque totalement par exemple de considérations comme la paix entre les machines et les hommes, ce qui lui importe en tant que concepteur de la matrice c'est la stabilité de cette dernière et la viabilité de ce fameux rapport maître / domination entre les machines et les hommes.

Mais l'oracle est plus subtile. Elle a le même but en gros (une matrice améliorée, plus stable) mais d'une part elle cherche je pense à "tendre" vers la paix entre les hommes et les machines (car elle a compris plus subtilement que cette condition aide la réalisation de la précédente) et surtout, l'oracle est un programme intuitif, qui va chercher à désequilibrer les équations gérant la matrice là où à l'inverse l'architecte cherche à les équilibrer. Ca veut dire quoi ?

Ca veut dire que là où l'architecte chercherait systématiquement à réduire les anomalies (et à les contrôler) l'oracle au contraire se permet parfois de créer des bugs, quitte à prendre des risques, pour créer des conséquences inattendues mais en se disant qu'elles finiront par être quand même contrôlées, et le "plus" c'est qu'on aura une matrice encore améliorée. Prendre ce qu'on pourrait appeler des “mini risques positifs”

C'est l'oracle qui introduit en l'élu (néo) de l'amour pour Trinity, les anciens élus à l'inverse, au moment du choix, prenaient toujours l'autre porte, celle qui conduit au salut de Sion. Néo est différent car son amour pour trinity est plus fort encore que son désir de sauver la race humaine , même s'il a l'espoir de réaliser les deux, sans trop savoir comment à la fin de Matrix 2. C'est bien évidement l'oracle qui a créé cette situation, qui l'a voulu et qui a tout orienté en ce sens (notamment en influençant Néo et Trinity subtilement en leur parlant, et en faisant naître de l'amour en eux, comme le montre certaines répliques de Matrix 1 lors de la première rencontre Néo / l'oracle ... )

L'Amour, sentiment humain par excellence, était en quelque sorte un "sujet d'étude" pour l'oracle en vue de mieux prendre en considération ce sentiment dans les versions suivantes de la matrice.

C'est aussi l'oracle qui permet le retour du "bug Smith" , autre déséquilibre provoqué volontairement ; Pourquoi ? Je vais donner mon explication mais pas sûr que ce soit la bonne. En tout cas tel que je vois le truc, le bug Smith (qui finit par pirater toute la matrice a la fin de matrix 3) c'est quelque part justement ce qui permet de "compenser" la spécificité de l'élu Néo , lequel , pour les raisons qu'on vient de voir, est le premier à ne pas prendre la bonne porte comme ses prédécesseurs , à cause de l'amour. Tout aurait pu donc mal se finir.

Néo ne redissemine pas son code à la fin de matrix 2, il décide de sauver Trinity, revient dans le monde réel. Des lors la procedure habituelle s'enclanche : les machines cherchent à détruire Sion etc mais il y a 24 heures de délai. Ce que souhaite évidement l'oracle, et qui a prévu ce scénario depuis très longtemps, c'est que Néo parvienne plus tard de lui-même à sauver la situation. A disseminer son code comme il aurait du le faire à la fin de matrix 2 , mais du coup il faut une condition supplémentaire : neutraliser Smith (sinon c'est ni l'humanité ni les machines qui gagnent mais Smith et c'est un risque volontaire que prend l'oracle, laquelle "mise" fortement sur Néo).

Et c'est ce qui se produit. Néo comprend que Smith est en quelque sorte son opposé, et qu'il peut le neutraliser comme il le fait dans la scène à la fin, en se laissant pirater, mais à condition d'être en même temps branché au programme central , lequel reloade alors la matrice en profitant notamment du code de Néo pour faire une amélioration de la matrice future nouvelle version.

L'oracle a joué un jeu dangereux mais comme elle l'explique à l'architecte dans la scène finale "tout changement est dangereux" ; l'oracle a pris ces risques pour tendre vers la situation de paix (peut-être paix provisoire mais paix quand même) et elle a gagné son pari ; Il est intéressant pour finir (d'un point de vue philosophique) de constater qu'à la fin elle l'explique à Séraphin en disant qu'elle ne "savait pas" mais qu'elle "avait la foi"

La foi semble un sentiment à proprement parler humain, il semble que l'oracle à force d'étudier la psyché humaine et de jouer ce rôle commence à se rapprocher un peu de ses objets d'étude, un peu comme ces programmes particuliers qu'on voit dans Matrix 3 (Ramakandra, Sati etc) qui semblent aussi commencer à leur manière à éprouver des débuts de sentiments humains.

Je trouve ça assez beau car ça fait en même temps réfléchir sur ce que nous sommes, ce qu'est la vie, on retrouve tous les questionnements philosophiques habituels, qu'est-ce qui nous différencierait d'une intelligence artificlle extrêmement élaborée ? C'est une question abordée fréquemment dans la SF et que matrix aborde en plus d'une foultitude d'autres choses.

Au-delà de ça et pour finir, je voudrais insister sur le caractère assez "panthéiste" voilé de la trilogie matrix.
Spinoza dans Matrix ?
Symboliquement, si Néo est "l'Unique" Smith est "le multiple" comme on l'a vu Ils sont complémentaires et opposés. L'un est destiné à équilibrer les choses l'autre à les déséquilibrer.

Il y a beaucoup de symbolique derrière celà.

Néo au final est une sorte de messie qui finit par sauver les deux peuples (humains et machines) via son sacrifice, et son sacrifice très spécial revêt un caractère très particulier puisqu'on le voit finalement "se fondre" à son ennemi pour l'annuler. Et comme tous les élus, son code est ensuite redisseminé dans la matrice.

J'y vois pour ma part un parallèle avec certaines philosophies panthéistes, que ce soient les panthéismes mystiques comme on en retrouve dans certaines religions asiatiques (taoisme .. ) ou le panthéisme rationnel à la Spinoza. Ces philosophies nous rappèlent qu'on fait partie intégrante de la nature, auquel notre corps retournera pour s'y fondre, et souvent les panthéismes insistent à leur manière sur la source d'espoir qu'une telle réalité constitue, l'idée de la mort semble moins terrible que dans d'autres philosophies (c'est l'idée que la mort fait partie de la vie). On est à l'opposé des conceptions dualistes, comme celle des religions monothéistes, qui consistent à séparer la réalité en deux (l'âme / le corps; le monde matériel / le monde spirituel ; le monde terrestre / le monde après la mort : enfer et paradis etc etc )

Les panthéismes sont des monismes à l'inverse (idée que la réalité est UNE) Il y a une seule substance. L'âme en quelque sorte n'existe pas et est simplement une résultante de la complexité de nos cerveaux ; Les panthéismes vont jusqu'à dire que Dieu existe, mais Dieu c'est la nature.

L'idée forte est que la réalité est une et indivisible, et que la mort fait partie de la vie. Rien ne meurt, ne disparait vraiment. Tout se transforme. Nous sommes poussières d'étoile et poussières d'étoile nous redeviendrons. Mais la nature elle, au sens global, poursuit son chemin, et notamment la génération automatique de structures plus complexes, plus d'émergence (qui sait quelles formes de vies émergeront peut-être dans le futur , sur Terre ou ailleurs ? Bien malin qui pourrait le dire. L'idée d'une Intelligence artificielle qu'exploite Matrix et beaucoup d'oeuvres SF en est un exemple parmi plein d'autres possibles). Il y a en bref dans ces conceptions panthéismes une tendance à souligner et bien rappeler l'unité de la nature et de sa substance et une sorte d'appel pour nous les hommes à la ressentir (par l'étude, ou par la méditation si on se réfère aux panthéismes de certaines religions) et ce ressenti doit nous permettre non seulement d'atteindre le bonheur en nous libérant d'une impression fausse de la réalité, hérité des monothéismes et des apparences trompeuses du monde sensible, mais aussi doit nous permettre de repenser notre rapport au monde ...

De manière très subtile, Matrix parle de ça aussi. J'aime beaucoup ces scènes où on voit Néo comme se fondre dans la lumière , semblant être en symbiose avec ce qui l'entoure, et ces scènes présentes dès Matrix 1 où on le voit en fusion avec la matrice, lorsqu'il perçoit totalement le code pour la première fois. A la fin de la trilogie, Néo en quelque sorte "retourne au Tout". Son code est réinséré. Il est mort mais il survivra quelque part dans la version suivante de la matrice, c'est je pense ce que veut dire un peu l'Oracle à la petite Sati à la fin (notons que le choix de programmes d'inspiration indienne pour illustrer ce thème- Rama kandra, sa femme Kamala, Sati - n'est pas anodin, la religion hindoue étant basée sur une forme de panthéisme. Le générique final de matrix 3 avec ses paroles basées sur les Upanishad, ces textes sacrés hindous, n'est pas un hasard non plus.. )
Image
Rama Kandra

Le premier Matrix nous montre une réalité des choses très manichéenne, les machines, la matrix et les agents semblant incarner le mal, mais par la suite les films mettent de la nuance ; Loin d'être cette représentation simpliste du mal , j'ai toujours vu personellement la matrice comme une représentation de la nature réelle (paradoxalement). C'est là d'ailleurs que les films aiment à nous embrouiller en inversant tout, et en inversant notamment certaines philosophies dont ils s'inspirent. Quelque part, la matrice, c'est bel et bien le monde réel (le notre ^^ ) On peut constater qu'il y a des cycles de la matrice, un peu comme le samsara, cet éternel recommencement de l'univers , dans certaines religions d'Asie. On rejoint aussi les religions indiennes. La matrice symbolise donc quelque part la nature réelle et les images de fusion lumineuses de Néo avec le monde des machines à la fin serait transposables à une union de l'humanité avec la nature ( en tout cas, c'est le message subliminal) c'est ce que je vais mieux expliquer ensuite, mais après avoir parlé de la dialectique de construction des films.

La dialectique de la trilogie :
FILM 1 : dualisme / manichéisme
FILM 2 et 3 : monisme


Si le premier film matrix 1 est très dualiste d'inspiration (c'est beaucoup plus le judéo christianisme et la Bible qui inspirent le scénario: on a des références au messianisme , et donc un certain dualisme baigne le premier film, induisant un manichéisme manifeste : on vu que le Bien / le Mal sont grosso modo respectivement : l'humanité / les machines... )

à l'inverse les deux films suivants de la trilogie brouillent les cartes et sont bien plus monistes par essence et inspirés par les religions d'Asie (hindouisme, taoisme, bouddhisme) même si le bouddhisme est aussi très présent dans le 1 à travers les arts martiaux.

J'aime beaucoup cette dialectique et c'est pour ça , je pense , qu'il faut absolument DEPASSER le premier film. C'est comme une dissertation ; si on ne voit que Matrix 1 : on ne lit que la thèse, non l'antithèse, encore moins la synthèse. Je pense et trouve dommage que les spectateurs qui s'arrêtent au 1 s'arrêtent où ils trouvent , peut-être de manière inconsciente, que les films s'écartent de leur propre point de vue pour partir dans un délire dans lequel ils se reconnaissent peut-être moins, et c'est révélateur quelque part du fait que les films Matrix "tapent juste" !! Ils entraînent le spectateur à lui-même se remettre en cause totalement à travers toutes ces allusions parfois contradictoires. Mais il faut bien saisir cette dialectique de la remise en cause permanente.

Le premier film est pas mal manichéen , là où le 2 et surtout le 3 apportent de la nuance ; nuance renforcée quand on a vu Animatrix Seconde renaissance, quand on se rappèle que cette situation est venue à cause de la folie des hommes : à la base les machines étaient pacifistes ce que Morphéus se garde bien de dire à Néo lorsqu'il lui parle de la guerre Homme / machines dans le flashback de Matrix 1 !! ( voir mon post plus haut sur la relation hommes / machines )

Mais il y a eu à la base une sorte de "génocide" des machines qui a entraîné ensuite la création d'une nouvelle nation (zero one, qui sonne un peu comme "Sion" ^ ^ ) nation basée "là où est le berceau de l'humanité" je cite .. laquelle nation est ensuite rejetée par l'ONU etc

Comme on l'a vu plus haut ça évoque un peu le génocide des Juifs, la Shoah, la création d'israel, le sionisme.

Les frères Wachovski étant Juifs à la base (mais convertis au bouddhisme) c'est pas étonnant qu'on retrouve toutes ces métaphores dans leurs films. Ils ont cherché à faire passer plein de messages subliminaux. Ou plutôt que des messages, nous entraîner plutôt à nous interroger et nous poser des questions. Il ne faut pas s'arrêter à certains messages qu'ils semblent dispenser car souvent un élément vient ensuite les contredire.

La richesse du scénario de la trilogie est à mon sens beaucoup dans cette logique de la dialectique (que nous verrons en détail ensuite en abordant Hegel, le philosophe)
Ainsi pour percevoir l'âme de Matrix il faut dépasser la logique manichéenne du premier volet (les machines = le Mal) en considérant l'exemple d'animatrix seconde renaissance, et ce que nous montre la fin de la trilogie : l'âme de Matrix pour moi elle est dans cette relation subtile homme / machines vue plus haut. Au début, c'est très manichéen mais après on se rend compte au final qu'il faut que les deux peuples ennemis entrent en quelque sorte en symbiose, coopèrent intelligement. Là seulement existe un avenir viable.
C'est la grande question qui commence à poindre dans le petit dialogue entre Néo et le conseiller Hamman dans reloaded : le gros problème de l'humanité , problème que n'a pas encore dépassé Néo à ce moment là (qui a toujours un wagon de retard) c'est qu'on a toujours cherché à avoir une relation de contrôle sur nos technologies. C'est ce qui dans Matrix provoque la catastrophe : les machines finissent par ne pas l'accepter, finissent notamment par ne pas accepter d'être les esclaves des hommes, pouvoir être débranchées selon leur bon vouloir etc. Elles commencent à acquérir une sorte de "vie propre" et veulent simplement survivre. Derrière ça il y a évidement le mythe du Golem, la création de l'homme qui se retourne contre lui et qui devient dangereuse pour l'Humanité. Ou Frankestein.

Le problème de l'homme est qu'il cherche à avoir cette relation de domination, de maître / esclave, avec tout sans en mesurer les conséquences : avec la nature ---> cf les problèmes d'environnement actuels, avec lui-même : l'esclavage des peuples, les peuples qui s'entredéchirent ..
La contrepartie serait non pas une relation de contrôle par rapport à l'environnement mais une symbiose : arriver à tirer partie des ressources naturelles de manière plus intelligentes sans violer la nature , sans la polluer etc. Idem pour nos relations entre nous.

Et évidement, avoir le même rapport intelligent de symbiose avec nos technologies, éviter par exemple (là c'est l'inverse) de finir par être esclaves de nos ordinateurs, de nos téléphones portables, de nos voitures sans lesquelles certains ne peuvent plus rien faire ... Créer en quelque sorte une société totalement repensée, jusque dans ses fondements. Sans revenir à l'état de nature mais en repensant complètement notre rapport aux choses.

Les histoires de symbiose homme / technologie ont été très bien abordées dans le livre : l'homme symbiotique, de Joel de Rosnay (voir plus haut).

Matrix à sa manière aussi nous invite à repenser nos rapports avec notre environnement, nos technologies, nous-même. L'idée c'est d'arriver en quelque sorte à une symbiose intelligente, laquelle nous libèrerait enfin d'une certaine forme de servitude, d'angoisse existentielle. Il y a quelque chose de très spinozien je trouve la-dedans.

_______________________________
Pour finir ce post j'aimerais donner mes sources d'inspiration pour cette petite synthèse personelle : d'une part le premier chapitre du livre Matrice : machine philosophique (j'ai repris certains éléments en les résumant et certaines citations autour des arts martiaux) ainsi que plusieurs sites web (dont ce site consacré à la trilogie http://matrix101.free.fr/encryptes.htm ) , certains sites sur le Bushido (notamment celui-ci : http://www.asukado.net/home/bushido.html) et Wikipédia pour la présentation de Matrix + le DVD bonus “Les origines de Matrix” du coffret en 10 volumes sur les implications scientifiques et philosophiques.
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » mar. mars 31, 2015 5:00 pm

[topic à compléter dans le futur et ce sera long ^^ 8-) ]

Je verrouille le topic en attendant de rajouter moi-même au moins 2 ou 3 nouveaux gros paragraphes, pour éviter que ça floode direct, ensuite je l'ouvrirai aux discussions et débats. si vous avez des idées à proposer, voire critiques, n'hésitez pas à réagir dans le topic général - dont j'ai repris certains posts pour faire ce topic-ci !! --> cliquez ici

post obsolète
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » ven. avr. 24, 2015 1:54 pm

Les rêves et Matrix
( Petite réflexion personnelle spinoziste inspirée par un paragraphe du livre Matrix : Machine philosophique )


J'étais tout à l'heure en train de parcourir un peu au hasard les pages de mon livre Matrix : Machine philosophique, que je conseille souvent, et je me suis attardé à un petit paragraphe dans l'annexe alphabétique, à propos du rapport de Matrix aux rêves. Ils expliquent quelque chose d'intéressant et qui montre assez bien encore une fois qu'il faut décidément arriver à dépasser la vision du premier film en intégrant les idées philosophiques des suivants.

En gros dans le premier film, on apprend qu'il faut se méfier des apparences ( parabole de la caverne de Platon. la matrice n'est pas le vrai monde etc )
l'idée est que les hommes vivent dans une sorte de rêve et que c'est pas la réalité ( d'où la symbolique du nom de Morphéus d'ailleurs , du nom du dieu grec du sommeil et des rêves )

Le deuxième film nous renvoie à notre copie. Le monde qu'on croyait réel ( qui l'est certes d'une certaine manière sauf si on envisage un autre niveau de matrice emboité ) ce monde là n'est pas si réel que ça dans le sens où il est lui-aussi un élément contrôlé par les machines.
La phrase de Morphéus est significative à la fin de Matrix 2 : " j'avais un rêve, et ce rêve m'a été enlevé " dit-il lorsque le vaisseau explose.
ou plutôt dans d'autres traductions " j'ai fais un rêve et ce rêve m'a maintenant abandonné"

L'idée derrière ça est que le sceptique doit toujours porter son doute sur la question avant la réponse.
Plutôt que nous demander : est-ce que le monde dans lequel je vis est réel ou est-ce que c'est une illusion, il faut aussi se demander de quel point de vue peut être envisagée la distinction entre rêve et réalité.
Quand on regarde le monde réel dans matrix ( sion ) ce n'est pas un monde si enviable , à tel point que certains comme Cypher préfèrent rejoindre la réalité de la matrice ( qui d'une certaine manière est leur "vraie réalité" ) c'est un choix comme un autre.
Ce qui pousse les hommes à sortir de la matrice c'est finalement le désir de liberté et la curiosité. L'idée d'être enchainée est néfaste pour certains qui préfèrent aller dans une réalité où ils s'imaginent libres. Mais on le voit bien, cette liberté est elle-même une donnée de plus dans le programme des machine , qui l'ont prévu elle-aussi. Les machines contrôlent d'une certaine manière les rebelles jusque dans le monde réel.

L'idée c'est qu'on peut finalement percevoir la réalité en vivant dans l'illusion ; après tout en quoi la réalité de la matrice serait-elle moins "vraie" que l'autre ?
Si Morphéus regarde le monde ( sion ) avec les yeux d'un homme libre ( qu'il n'est pas ) , si Sion lui apparaît comme une terre de liberté ( qu'elle n'est pas ) alors la soi-disant réalité de Morphéus n'en est pas vraiment une. Il est en quelque sorte enchainé aussi au monde réel. Sa réalité n'est pas "vraie"

De plus on n'est pas vraiment sûr de la méthode utilisée par les machines pour induire dans l'esprit des hommes l'illusion du monde matriciel, certains analystes de Matrix pensent que les machines pourraient jouer sur le contrôle de l'imagination onirique des humains.
Il paraît très complexe d'imaginer que les machines puissent régler et accorder tout un réseau de stimulations neuronales pour chaque individu qui est connecté à la matrice. Ca fonctionnerait plutôt comme une machine à rêves ; en gros ça veut dire que les machines n'ont juste qu'à stimuler dans le cerveau des individus le rêve des situations dans lesquels ils se trouvent impliqués, rêves qui nécéssiteraient juste d'être dirigés, à la manière de l'hypnose. Un peu comme certains hypnotiseurs qui arrivent d'ailleurs à créer des illusions concordantes ( et peuvet faire interragir différents individus en leur pouvoir sans avoir à s'assurer que chacun des individus s'accorde sur une même interprêtation de la scène ) dans matrix ça fonctionnerait un peu de la même manière. Ainsi serait préservée la possibilité d'une expérience de perception subjective des humains à l'intérieur de la matrice.

Il y a de plus une phrase assez intéressante, lorsque Néo rencontre l'Oracle pour la première fois et qu'il lui évoque les rêves qu'il fait dans le monde réel. Elle lui dit " alors c'est que maintenant tu perçois le monde en dehors du temps"
phrase qui a du paraître énigmatique à beaucoup :mrgreen:
Il y a là une petite allusion à Spinoza d'ailleurs et à son sub specie aeternitatis. L’homme chez Spinoza est à la fois éternel et de peu de durée. Dans son livre l’Éthique, il explique ainsi qu'une partie de esprit de l'homme, à savoir l’imagination, meurt avec le corps, tandis que l’entendement demeure (remanet). Cette double caractéristique ouvre la possibilité d’appréhender les choses comme actuelles de deux façons, en relation avec un certain temps et un certain lieu d’une part, sub specie aeternitatis, d’autre part. La première façon de concevoir concerne l’actualité des choses en tant qu’elles durent ; la seconde implique que les choses soient considérées sous leur aspect éternel comme des conséquences nécessaires contenues en Dieu.

Pour en revenir à notre histoire de matrix ça montre surtout que l'idée n'est finalement pas vraiment d'opposer rêve et réalité, ou monde d'illusion / monde plus vrai ( ceci est l'approche de bon nombre de philosophies qui placent cette question de l'illusion de la réalité à devoir dépasser au coeur ) l'idée c'est plutôt de devoir parvenir à constituer une liberté dans et par le rêve.

La question à se poser est alors de se demander ce que le rêve est censé nous révéler.
Un penseur chinois du 4ème siècle ( Tchouang Tseu ) évoquait une petite histoire : il disait qu'il se rêvait en papillon et qu'il ne savait plus à son réveil s'il était Tchouang Tseu se rêvant en papillon ou un papillon se rêvant en Tchouang Tseu. D'après une interprêtation bouddhiste un peu trop sommaire, la leçon à tirer serait que le monde ne serait qu'un rêve ou une illusion dont il faut se détacher. Mais une autre interprêtation plus fine existe : L'idée est que cette histoire ne nous engage pas à l' "éveil " mais bien au contraire à l'oubli et à cette merveille du rêve où nous parvenons naturellement à adhérer à une autre forme de réalité ( celle du rêve ) en nous détachant de la vraie illusion : celle d'un égo libre et donateur de sens.
L'idée est donc qu'il n'y a pas de meilleure manière de saisir la vérité du papillon que de rêver : non pas parceque le rêve nous donnerait accès à quelque connaissance du papillon, mais parcequ'il nous fait sortir de cette encombrante "connaissance" et de cette "conscience" par laquelle il nous est définitivement interdit de coller à la réalité de son vol.

[ Voilà en gros la petite analyse que j'ai résumé qu'on peut trouver au mot "rêve" dans l'annexe du bouquin Matrix Machine philosophique, j'ai recopié certaines phrases mais je trouve ça intéressant et ça rejoint décidément encore une fois un peu Spinoza .. Autrement ils parlent aussi de l'un des animatrix , il faudra que je l'analyse à part dans le topic : celui qui s'appèle Matriculated. J'y reviendrai, ce n'est pas celui qui m'intéressait le plus mais à la lumière de cet article mon regard va un peu changer. Dedans on y voit des hommes capturer une machine et se brancher en même temps qu'elle sur la matrice dans une sorte de séance de méditation collective. La machine, comme "hypnotisée" découvre le monde des fantasmes humains et en donne une interprêtation machinique et psychédélique... Bref j'y reviendrai dans le topic des animatrix .. ]

Autrement j'aime bien ce type d'analyses matrixiennes de la trilogie qui vont un peu au-delà des analyses finalement trop simplistes se basant que sur le premier film. Après tout le dernier film et la scène finale nous amènent à une nouvelle coexistence pacifique ( symbiose ) homme / machine. L'idée est qu'il faut dépasser ce manichéisme de l'affrontement , idée du premier film ; il faut aussi dépasser cette question de la vérité ( monde de la matrice ou monde réel : qu'est-ce qui est le plus vrai ) L'homme a surtout besoin de rêver pour être finalement libre. La nouvelle matrice générée à la fin de Matrix 3 englobe la notion d'amour , de poésie. Rappelez-vous de ce coucher de soleil fait par la petite fille Sati ( dont le nom inspiré d'une divinité hindou est sans doute encore une fois chargé de sens ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Sati_%28hindouisme%29 )
Comme le dit d'ailleurs durendal il me semble dans sa vidéo, les machines d'une certaine manière aiment les humains.
rappelez-vous là encore certaines scènes des animatrix, et ce personnage féminin qui veille sur les bébé dans les couveuses. ça m'a vraiment surpris la première fois. A la fin de matrix 3 Néo par son sacrifice aboutit à une coexistence pacifique, un marché si on veut, les machines ont eu besoin des humains et de lui pour érariquer le virus smith mais les humains ont aussi désormais pleinement besoin des machines, l'idée est d'optimiser la relation. Les machines ont aussi bien compris l'intérêt de générer un univers le plus favorable possible au bien-être humain. En un sens on en revient finalement un peu aux conceptions de Cypher, la matrice avec l'illusion qu'elle génère peut nous faire accéder à une forme de vérité. L'homme est dans le fond une espèce enchainée, le libre arbitre est une illusion ( même dans la réalité, si on considère les lois de la physique qui nous gouvernent et gouvernent l'univers etc ) donc à un moment - et là je pense que ça pourrait rejoindre un peu Spinoza - autant ne pas fuir ça en vain, et accepter les choses comme elles sont mais en essayant de changer notre vision, notre regard, pour accéder au bien-être, à la béatitude spinoziste si on veut, accéder à une connaissance "hors du temps" ( phrase de l'oracle à néo ) un peu comme la connaissance du Dieu / Nature ( concept immanentiste chez Spinoza ) , connaissance qui nous fait finalement vraiment dépasser notre condition d'êtres humains mortels et limités ( dans le temps, l'espace, avec nos souffrances ) et accéder à une forme d'éternité en quelque sorte ...
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Re: Matrix - Réflexions , Rapports à la Philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » dim. sept. 11, 2016 3:27 pm

Bon je déverrouille ce topic (je l'avais verrouillé depuis des mois car je voulais rajouter des choses dedans, il y a encore plein de choses à traiter et je voulais éviter le flood et les commentaires le temps de préparer le topic mais c'est tellement vaste comme sujet qu'on verra plus tard, pour la suite :mrgreen: Si certains veulent éventuellement commenter ce qui s'est dit ..

En attendant, je poste un petit lien intéressant qui parle du rapport de Matrix à la Gnose
(un courant qui je dois l'avouer est assez mystérieux pour moi) : http://www.zen-occidental.net/articles1/matrix.html
je viens d'ailleurs d'en ouvrir un topic dans la rubrique Philosophie du forum (il aurait presque plus sa place dans les religions mais vu que j'ai fermé la rubrique .. ) On pourra en débattre : viewtopic.php?f=100&t=17042
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Re: Matrix - Réflexions, rapports à la philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » jeu. nov. 03, 2016 9:36 am

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Matrix et gnosticisme


Je rappelle pour ceux qui veulent éventuellement lire ce que j'avais écris récemment que j'ai créé un topic spécialement dédié au rapport de Matrix à la Gnose !!! Cliquez ici

Je ne vais pas recopier tout ici, je vous renvoie vers l'autre topic pour ceux qui veulent en débattre, mais je l'indique ici pour la complétude de cette petite synthèse (qui sera complétée plus tard, il y a énormément à dire encore sur ces films ... )

Aries Phoenix
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Re: Matrix - Réflexions, rapports à la philosophie, à la science et paraboles

Messagepar Aries Phoenix » jeu. nov. 03, 2016 9:44 am

Oui... Si je me rappelle (en bref), la gnose est la prise de conscience de Dieu à travers soi, c'est ça ?
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Re: Matrix - Réflexions, rapports à la philosophie, à la science et paraboles

Messagepar phoenlx » jeu. nov. 03, 2016 10:28 am

c'est un peu ça oui (comme expliqué dans l'autre topic)
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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