Rien ne fera venir le jour par Yoshihiro Tatsumi

Sujets sur les dessins animés, films d'animation et les mangas (et diverses BD asiatiques)
Ici sont abordés la japanimation au sens large et les sujets reliés : musiques d'animes, mangakas, etc. Plusieurs univers (ci-dessous) sont mis à l'honneur avec des grosses sections dédiées :
Meleor
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Rien ne fera venir le jour par Yoshihiro Tatsumi

Messagepar Meleor » dim. mai 31, 2020 7:51 am

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Deuxième volet de l'anthologie Tatsumi parue chez Cornélius présentée ainsi par Manga-News:

Résumé

Après cette ville te tuera, voici le deuxième volume d’une copieuse anthologie consacrée à l’œuvre de Yoshihiro Tatsumi !

Yoshihiro Tatsumi se détache, à la fin des années 1950, des récits d’aventures utopistes pour enfants et invente un genre uniquement destiné aux adultes: le gekiga («images dramatiques ou théâtrales»). Forme d’écriture nouvelle, autant sur le plan thématique que graphique, le gekiga apparaît, rétrospectivement, comme la première tentative de théorisation de la bande dessinée japonaise.

À cette époque, Yoshihiro Tatsumi cherche une grammaire pour dénoncer, nouvelle après nouvelle, l’envers de la modernité japonaise.
Il préfère aux séquences dynamiques les images sombres, cruelles et urbaines ; aux longs dialogues, le mutisme des hommes et le bruit des machines.
Sous l’occupation américaine, l’archipel connaît de grandes transformations sociales, à commencer par un exode rural massif et une explosion des mégalopoles. Et face à l’euphorie et à l’éloge de la modernité véhiculées par le manga pour la jeunesse, Tatsumi oppose les exclus et les victimes de cette transformation sociale.
Père de la bande dessinée adulte et d’une nouvelle manière de raconter en images, Yoshihiro Tatsumi se fait également le portraitiste terriblement juste d’un monde bouleversé.


La critique de BDZoom:

http://bdzoom.com/132539/mangas/«-rien-ne-fera-venir-le-jour-»-par-yoshihiro-tatsumi/

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« Rien ne fera venir le jour » par Yoshihiro Tatsumi
26 août 2018
Par Gwenaël Jacquet

Second volume de l’anthologie d’un des plus anciens mangakas ayant été publiés légalement en France (1). Précurseur du Gekiga, cette branche du manga plus adulte qui traite de sujets de société graves de manière réaliste, il est aujourd’hui reconnu en France comme un auteur qui compte. Les éditions Cornélius continuent inlassablement de perpétuer sa mémoire en nous abreuvant de ses histoires courtes. Les sujets abordés sont forcément pessimistes. À l’image du titre de ce recueil qui n’ouvre guère la porte à de doux rêves : « Rien ne fera venir le jour ».
Quand il lança le mouvement Gekiga, Yoshihiro Tatsumi voulait simplement avoir le loisir d’aborder des thèmes qui lui étaient chers et ignorés par la production de mangas enfantins. Sortir du sempiternel combat du bien contre le mal et du dépassement de soi : leitmotiv omniprésent dans les illustrés, à même d’encourager la jeunesse d’un pays qui se relevait avec douleur d’une guerre qui, pour une fois, il n’avait pas été gagnée. Dans ces histoires courtes, Tatsumi parle de sujets graves comme la mort, le suicide, l’avortement, le chômage, l’alcool, la prostitution et bien d’autres traits immoraux qui font que l’être humain est un être imparfait. Ses chroniques sont comme un porte-voix de toutes ces personnes que la société moderne délaisse. De tous ces gens qui cherchent à s’en sortir sans forcément entrer dans le conformisme du moule social japonais. Tatsumi est à leur image, ses mangas sont clairement anticonformistes, mais ils font indéniablement réfléchir. Le trait est lourd, le pinceau glisse sur le papier et noircit le fond des cases alors que la plume du mangaka hachure certain visages pour marquer la souffrance de ses acteurs. En ce sens, Tatsumi est un artisan, il n’utilise pas de trames mécaniques comme la plupart de ses collègues. Les gris sont obtenus par des séries de traits alignés plus ou moins aérés et surtout irréguliers. Ce sont ces petits accidents qui font que le dessin du maître accompagne le sens donné aux récits.
Le propos de Tatsumi joue énormément sur la dualité des sentiments. Ainsi, dans le premier des treize récits que comporte ce recueil, le lecteur découvre un jeune homme dégoûté du sang qui coule dans ses veines. Il a en effet découvert que son propre père, médecin réputé, pratiquait l’avortement. Pourtant, ce sang va lui-même le sauver plus tard, mais ça, son père sait qu’il ne doit pas lui dire, de peur d’un rejet plus grand mettant sa vie en péril. Où se situe le bien, où se situe le mal, où se situe la morale ? La frontière est toujours ténue dans ces cas-là, comme dans la plupart des fables qui nous sont contées au fil des pages.

À noter qu'une des histoires est ici reproduite en bichromie comme elle le fut à l'origine.

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Tatsumi évoque ainsi la survie d’hommes et de femmes finalement prêts à tout pour faire corps avec ce monde qui les rejette. La reconstruction du pays, réalisée à grands coups de sacrifices, a laissé de coté une partie de la population qui n’a pas su être rentable en s’adaptant à cette vie effrénée. Mais il ne faut pas s’y tromper, Tatsumi ne parle pas ici de politique politicienne, il parle exclusivement de politique sociale. Il met un visage sur ses contemporains, il montre ce qu’il connaît. Les bas-fonds de la ville, la pauvreté de la campagne, la déchéance liée à l’alcool, la déprime, le mal-être, etc. Il n’hésite pas à aborder les sujets les plus crus, mais de manière réaliste. Ainsi, quand un enfant de dix ans tue son beau père, il n’élude pas le sujet, la cruauté n’a pas d’âge, elle a juste ses raisons que d’autres ne comprennent pas.

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Second opus de l’anthologie de Tatsumi en français, « Rien ne fera venir le jour » mérite une place de choix dans toutes les bibliothèques au milieu des autres romans graphiques ou, comme on les appelle au Japon depuis plus de cinquante ans, au milieu des meilleurs gekigas.
Gwenaël JACQUET


« Rien ne fera venir le jour » par Yoshihiro Tatsumi
Éditions Cornélius (31,50 €) – ISBN : 978 2 36081 152 6
(1) : « Hiroshima » par Yoshihiro Tatsumi est un recueil d’histoires courtes sur le thème de la guerre qui a été publié en 1983 par les éditions Artefact. Passé totalement inaperçu à l’époque, c’est pourtant le premier album cartonné d’un auteur japonais à être publié en français (« Le Vent du Nord est comme le hennissement d’un cheval noir » par Shotaro Ishinomori publié en 1979 avait un format étrangement grand et une couverture souple). Dans l’introduction de ce second livre, les éditions Cornélius précisent bien que tous les récits présents dans l’album « Hiroshima » seront repris dans un futur numéro de cette anthologie consacrée à Yoshihiro Tatsumi. Ces histoires ayant déjà été publiées en France par Vertige Graphic en 2005 dans « Good-Bye » et par Cornélius en 2008 dans « L’Enfer », deux livres aujourd’hui épuisés.


critique de Comixtrip:

https://www.comixtrip.fr/bibliotheque/r ... r-le-jour/

Celle d'ActuaBD:

https://www.actuabd.com/Rien-ne-fera-ve ... -Cornelius

Critique de Bodoi:

https://www.bodoi.info/rien-ne-fera-venir-le-jour

Trois ans après Cette ville te tuera, les éditions Cornélius publient un deuxième volume de l’anthologie consacrée à Yoshihiro Tatsumi. Ce mangaka est connu pour avoir inventé le gekiga, un genre éloigné des canons du manga de divertissement de l’époque (au tournant des années 1950-60) et qui privilégie les histoires réalistes à la tournure souvent bien sombre. Comme à son habitude, l’auteur centre ses récits sur l’humain, la société et ses travers. Il y aborde des questions sociétales comme l’avortement, la famille, l’abandon, l’amour, le genre, le monde du travail… Ses protagonistes vivent dans les marges et se fichent bien de rentrer dans le conformisme ambiant.
Les 13 histoires courtes qui composent ce recueil de quelque 300 pages ont été publiées entre avril et décembre 1970. Outre l’impressionnant nombre de pages produites en si peu de temps, le plus étonnant est qu’elles furent pour la plupart prépubliées dans des magazines shônen (9 histoires sur 13). Certes, la violence n’est pas toujours frontale dans les récits de Yoshihiro Tatsumi, mais c’est aussi ce qui leur donne toute leur puissance. Devenu maître des mangas courts bien ciselés, l’auteur a réussi à créer des histoires qui fonctionnent toujours aussi bien, près de 50 ans après leur sortie. Si certaines marquent plus que d’autres, elles déroulent toutes des destins noirs et tragiques. Tout comme le dessin qui les dévoile. Épais et net, il se pare de hachures plutôt que de trames et adpote un aspect réaliste et sans chichi.
Après L’Enfer et Une vie dans les marges, on ne peut qu’une nouvelle fois saluer le travail précieux des éditions Cornélius. L’éditeur édite un ouvrage impeccable, s’appuyant autant que possible sur les planches originales d’époque et le soin du détail. Un bel écrin pour ce qui représente les récits les plus aboutis de cette époque. Yoshihiro Tatsumi est l’un des premiers auteurs à traiter de sujets adultes à la manière de ce qu’on appelle aujourd’hui les « romans graphiques » ou mangas / BD « d’auteur ». Faites-lui donc la place qu’il mérite dans votre bibliothèque.


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Brrrrrrrrrr la page d'intro de la Nouvelle Le Démon qui fait froid dans le dos! :o :shock: :shock: :shock: :shock:

phoenlx
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Re: Rien ne fera venir le jour par Yoshihiro Tatsumi

Messagepar phoenlx » dim. mai 31, 2020 8:53 am

Ah j'aimerais bien lire plus de gekiga, c'est un genre qui m'attire pas mal, merci pour la présentation de cet auteur, je ne savais pas que c'était lui qui avait inventé le genre
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
Qu'importe la destination c'est le voyage qui compte
Notre histoire deviendra légende
Force et honneur !


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