Les fleurs rouges : (Oeuvres 1967-1968) de Yoshiharu Tsuge

Sujets sur les dessins animés, films d'animation et les mangas (et diverses BD asiatiques)
Ici sont abordés la japanimation au sens large et les sujets reliés : musiques d'animes, mangakas, etc. Plusieurs univers (ci-dessous) sont mis à l'honneur avec des grosses sections dédiées :
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Les fleurs rouges : (Oeuvres 1967-1968) de Yoshiharu Tsuge

Messagepar Meleor » jeu. juin 04, 2020 4:04 am

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Bon j'ouvre un topic après les deux sur les anthologies de Yoshihiro Tatsumi Cette Ville Te Tuera et Rien ne fera venir le jour, du créateur du gekiga avec des nouvelles très noires et sombres et urbaines caractéristiques du gekiga des origines.

Yoshiharu Tsuge se range dans cette mouvance mais au lieu d'être dans les pures histoires dramatiques lui il va plutôt s'intéresser à nous décrire des instants de vie tout en évocation et en implicite et dans cette anthologie pas mal ancré dans un monde rural du Japon oublié et aussi très emprunt d'auto-fiction, s'inspirant d'un genre de romans célèbre au Japon mais nouveau en manga créant ainsi le watakushi manga, le manga du moi. Le narrateur qui pour un peu la première fois en mangas s'adresse au lecteur, est en fait un avatar de l'auteur, un mélange de lui et d'imaginaire, afin de plus nous immerger dans son récit et de plus nous pousser à nous intéresser à ses personnages dans les recoins les plus enfouis de leurs sentiments, suggérés plus qu'exprimés clairement, le dessin en soi parlant parfois plus que le texte.

En fait c'était pas mal de lire en premier les deux anthologies de Tatsumi pour comprendre l'esprit originel du gekiga pour ensuite pouvoir saisir en quoi Tsuge s'en démarque et ce cheminement m'a permis de me laisser toucher par ses histoires courtes, d'en ressentir l'émotion qu'il voulait nous évoquer, une occasion d'introspection personnelle aussi par résonnance avec ces histoires très intimistes. Bref le youtubeur Au rayon mangas a raison dans ce qu'il nous dit comme quoi il est peu probable qu'on ne finisse pas séduit même si moi j'ai pas acheté ça suite à sa vidéo mais avant, bien avant de l'avoir vue et de savoir que cette vidéo existait! :D :mrgreen: Mais par contre il m'a permis de plus m'y ouvrir en l'ayant regardée en plein milieu de ma lecture.

Description:

Notes des éditions Cornélius:

Au début des années 1960, Yoshiharu Tsuge entame sa collaboration avec la mythique revue Garo, qui donne aux auteurs la possibilité d’expérimenter de nouvelles approches dans un contexte éditorial peu enclin à l’ouverture. Tsuge trouve dans cet endroit la possibilité de se révéler et développe des bandes dessinées d’un genre nouveau, où autobiographie et fiction s’entremêlent pour faire surgir une forme d’authenticité inédite – cette approche avant-gardiste sera appelée watakushi manga, la bande dessinée du moi, et inspirera toute une génération.
Ce volume s’intéresse aux années charnières de Yoshiharu Tsuge. Les douze histoires qui composent Les fleurs rouges témoignent de l’assurance que cet auteur de trente ans est en train d’acquérir et préfigurent l’évolution qui va suivre, à partir de juin 1968, avec la publication de la fameuse nouvelle Neji shiki dans un numéro spécial que Garo consacre à cet auteur aux portes de la notoriété (voir le volume de l’anthologie intitulé La vis, 1968-1972).
Le style de Tsuge est déjà très affirmé et les histoires présentées dans ce volume sont emblématiques du degré de sophistication mis au point par l’auteur pour témoigner de la profondeur des sentiments humains. On le voit étendre son périmètre et affiner une narration construite sur l’implicite et l’étrangeté des points de vue. Yoshiharu Tsuge ferme ici la porte aux héros pour laisser toute sa place à l’indicible. Il fonde une dramaturgie en rupture avec les codes de l’époque et, poursuivant sa quête d’authenticité, il impressionne ses pairs dans une émulation qui va faire de lui la référence incontournable de sa génération.


https://www.franceculture.fr/oeuvre/les-fleurs-rouges




critique de La Croix:

https://www.la-croix.com/Culture/Livres ... 1201008655

« Les Fleurs rouges » de Yoshiharu Tsuge, les rêves d’un évaporé
Critique Bande dessinée. Mêlant onirisme et réalisme, les récits d’un auteur phare du manga moderne dépeignent un peuple ordinaire résistant à la modernité par l’usage de la discrétion.
Stéphane Bataillon, le 14/03/2019 à 06:44

Un homme et une femme contemplent un pêcheur en haut d’une montagne. S’échangent quelques mots face à la mer. Se donnent rendez-vous. S’attendent. Se complimentent avec pudeur et nagent ensemble. Presque rien. Une romance banale entre deux personnages dont on devine une vie sans fard. Aucune chance de devenir des héros. Sauf dans les histoires de Yoshiharu Tsuge, l’un des fondateurs du manga destiné aux adultes dans les années 1960.
Ce récit de quelques pages, « Paysage de bord de mer », est l’une des douze histoires courtes composant Les Fleurs rouges, premier des sept volumes de ses œuvres en français. Cette publication aura mis dix ans à aboutir. Tsuge avait jusqu’ici refusé toute édition de ses mangas à l’étranger. Seule exception : L’Homme sans talent, dernier chef-d’œuvre réalisé en 1985 avant son retrait définitif de la profession, récemment édité chez Atrabile.

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Une ambition littéraire assumée

C’est une grande découverte. Découverte d’un univers, mais plus encore, d’un mode de vie. Car toutes ses histoires nous emportent chez ceux que l’on appelle là-bas des « évaporés » : mendiants, familles muettes, femme indépendante ou ancien marin accidenté et déçu par la vie, ils s’installent discrètement dans une petite maison, une vieille auberge ou une station thermale perdue dans les montagnes. Leur seul désir étant de vivre simplement, au rythme des jours et de quelques rituels. Ils ne veulent pas ou plus se faire remarquer, réfugiés dans des endroits que la modernité n’a pas encore atteints. Il y a bien quelques fils électriques entre les maisons, un poste de télévision que l’on devine à l’entrée d’une pension, mais le Japon dessiné par Tsuge pourrait être celui d’un autre siècle.
Des récits condensés en moins d’une trentaine de pages, une ambition littéraire assumée, une narration toujours en suspension et l’exposition subtile des sentiments en guise d’action, rappelant le cinéma d’Ozu. On est ici très loin des normes de l’industrie du manga : des séries à rallonge, mettant en scène des héros sublimant les valeurs d’efforts, de courage et de sacrifice destinées principalement à la jeunesse. Et pour cause : Tsuge, né en 1937, a fui très tôt ce système. Il réalisait tout seul, sans aucun assistant, et à son rythme ses histoires conçues lors de nombreux voyages dans l’intérieur du pays, nourries de ses rencontres et de sa passion pour la mythologie chinoise et japonaise.

Simplicité, solitude et beauté de l’imperfection

Dès le milieu des années 1960, il commence à publier son travail dans le mythique magazine Garo, fer de lance d’un nouveau genre de manga enfin destiné aux adultes, le gekika, qui aborde les conditions de vie d’une population vivant parfois difficilement le coût de la reconstruction et de l’hyper-industrialisation du pays.

Tsuge pousse ce genre à ses limites, privilégiant à la peinture sociale l’anatomie des sentiments, loin des contraintes extérieures, et y introduit un élément totalement nouveau : l’autofiction. Il se met en scène dans plusieurs de ses histoires sous les traits d’un improbable pêcheur-voyageur sans but précis, et brouille la limite entre son œuvre, aux intrigues purement fictives, et son existence. Dépressif durant la majeure partie de sa vie, comme beaucoup de ses héros minuscules, il désirait d’ailleurs plus que tout devenir un « évaporé » et vit depuis de nombreuses années loin de toute médiatisation.
À plus de 80 ans, Yoshiharu Tsuge, plus serein, a donc enfin accepté l’offre des éditions Cornélius de faire découvrir son travail en Occident. Une importante exposition lors du prochain Festival d’Angoulême y contribuera également. Une chance immense tant ses planches explorent de manière singulière comment peuvent vivre les hommes, sans éclats particuliers mais avec la charge émotionnelle de ces choses transmises en l’état, témoins de cette esthétique typiquement japonaise du wabi-sabi mêlant simplicité, solitude et beauté de l’imperfection : un bas-relief en plâtre, une vieille épuisette, ou ce kimono de fleurs rouges gardant sa fraîcheur dans un monde rongé par la rouille.



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https://www.franceculture.fr/emissions/ ... n-du-manga

Lien vers un podcast de France Culture à l'occasion de l'exposition en son honneur lors du dernier festival d'Angoulême consacré à l'œuvre de Yoshiharu Tsuge présenté ainsi sur leur site:

Figure de proue de la bande dessinée japonaise, Yoshiharu Tsuge a reçu cette année un Fauve d'honneur au Festival d'Angoulême pour l'ensemble de sa carrière. Alors que son œuvre est exposée pour la première fois en France, visite avec le commissaire Xavier Guilbert et l'éditeur Jean-Louis Gauthey.

"Certaines personnes disent que dans la bande dessinée japonaise il y a deux montagnes, Osamu Tezuka et Yoshiharu Tsuge. Pour résumer, j’aime bien dire que Tsuge est à la bande dessinée, ce que Jean-Luc Godard est au cinéma français. C’est un auteur qui a un moment a ouvert pour les auteurs de manga, un nouvel éventail de possibles, notamment en explorant les territoires de l’intime, du rêve avec des approches quasi surréalistes. C’est un auteur riche et fondamental. Xavier Guilbert

Premier retour sur le Festival International de la bande dessinée d’Angoulême qui s’est achevé le 2 février, pour (re)découvrir les auteur.es et les œuvres mis à l’honneur ou récompensé.es. Alors qu'il vient de recevoir un Prix d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, à l'âge de 83 ans, le Rayon BD vous entraîne dans l’exposition consacrée au monument de la bande dessinée japonaise, Yoshiharu Tsuge (dont Cornélius publie depuis 2019 les œuvres en français).

Fondateur du Watakushi Manga

Né en 1937 à Tokyo, Yoshiharu Tsuge est devenu au milieu des années 1960 une des figures de proue de la bande dessinée japonaise, et l'initiateur du Watakushi Manga (le manga du moi). Pour définir les contours et les spécificités de son œuvre, visite guidée en compagnie du commissaire Xavier Guilbert et de son éditeur français Jean-Louis Gauthey.
Yoshiharu Tsuge se lance dans la bande dessinée au milieu des années 1950, en publiant des récits pour les réseaux de librairies de prêt. La bande dessinée japonaise, dominée alors par Osamu Tezuka, était essentiellement tournée vers la jeunesse et la distraction. A partir de son entrée dans la jeune revue Garo en 1965, Tsuge devient véritablement lui-même, en inventant un nouveau vocabulaire, en rupture totale avec le récit classique : narration éclatée, fin ouverte, et grande place laissée à la libre interprétation du lecteur. Maître de l'autofiction, Tsuge choisit la nouvelle comme format de prédilection. Ses récits touchent essentiellement à l'intime et au voyage. Du Marais à l'Homme sans talent, en passant par Fleurs rouges ou La Vis, son œuvre, en partie marquée par la noirceur, l’amertume, et l'introspection, fascine encore aujourd'hui.

"La Vis" est une détonation dans le milieu du manga. C'est le seul récit inédit, qui figure dans le premier hors-série de la revue Garo en 1968. Il a un impact énorme sur les lecteurs, sur les autres artistes, et même les philosophes, les sociologues, etc. Et très rapidement sont produits des commentaires sur cette œuvre. Tsuge se détache totalement du fait qu’il doit se conformer à un seul vocabulaire de la bande dessinée. Il avait habitué les lecteurs à les déstabiliser. Mais là, il les a totalement pris par surprise, c’était l’ouverture d’une porte vers autre chose. Jean-Louis Gauthey

L'exposition rétrospective Yoshiharu Tsuge, être sans exister est à voir au Musée d'Angoulême jusqu'au 15 mars. Les trois premiers tomes de son anthologie ont paru aux éditions Cornélius et L'homme sans talent est édité chez Atrabile. Le catalogue de l'exposition est quant à lui disponible sur le site officiel du FIBD.





Yoshiharu Tsuge : Un manga d’auteur | Festival d'Angoulême 2020 | VANITY FAIR
625 vues•30 janv. 2020

Vanity Fair France

Cet auteur de manga est sans doute l’un des plus importants du genre, dans son pays et au-delà. Tsuge, connu pour son roman graphique L’Homme sans talent, est aussi l’auteur d’une œuvre riche, multiple, qui a été en partie construite sur l’intime, l’observation, le récit métaphorique, la retranscription de rêves et la description crue d’un monde en train de s’évaporer - le Japon en continuelle métamorphose de la toute fin du XXème siècle. Depuis 2019, les éditions Cornélius s’évertuent à éditer l’intégrale de ses bandes dessinées, à raison d’au moins deux volumes par an. Une lecture indispensable, même pour ceux qui n’ont jamais lu ni manga, ni BD, ni roman graphique : Tsuge est l’égal des grands maîtres de la littérature, quelque part entre Mishima et Kerouac, Antonin Artaud et Joseph Conrad.

Dans une série de vidéos réalisées à l’occasion du festival d’Angoulême 2020 - l’année de la BD, Vanity Fair explore, au plus près des planches, les motifs, les obsessions et les méthodes de six auteurs essentiels.

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Re: Les fleurs rouges : (Oeuvres 1967-1968) de Yoshiharu Tsuge

Messagepar yoko » jeu. juin 04, 2020 10:45 am

Merci de nous faire découvrir cet auteur que je connais aussi grâce à la vidéo de Au rayon manga, j'ai emprunté quelques tomes à la bibliothèque, ce qui m'a donné envie de les acheter par la suite.

A noter qu'il existe un très beau catalogue imprimé spécialement pour le festival d'Angoulême.

https://www.bdangouleme.shop/les-catalo ... ister.html
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Re: Les fleurs rouges : (Oeuvres 1967-1968) de Yoshiharu Tsuge

Messagepar phoenlx » jeu. juin 04, 2020 11:05 am

Merci en effet
je note tout ça, je doute d'acheter ces mangas pour le moment car je suis un peu dans le rouge (dans tous les sens du terme :lol: ) mais ce sont des titres qui m'attirent pas mal pour le futur. je verrai si je les trouve quand je retourne à la fnac ou en salon, ça a l'air bien.

il faut aussi que je creuse un peu le gekiga moi
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
Qu'importe la destination c'est le voyage qui compte
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Re: Les fleurs rouges : (Oeuvres 1967-1968) de Yoshiharu Tsuge

Messagepar Meleor » ven. juin 05, 2020 1:43 am

Je le connais pas grâce à la vidéo d'Au Rayons Mangas cet auteur je l'ai vue bien un an après avoir acheté le livre, au milieu de ma lecture et en fait il synthétise ce que j'avais déjà lu dans la postface, mais il m'a permis un peu plus de me permettre de m'ouvrir au style de ces nouvelles et aussi de ce que peut créer comme sentiments une BD comme je débute pour apprécier cet art, je suis plus audiovisuel.

Je l'ai achetée car je voulais commencer Tsuge par le début, sachant que j'ai commandé avec L'Homme sans Talent car dans le premier numéro d'Atom Inio Asano nous disait qu'il avait voulu devenir mangaka à la lecture de ce livre.

Mais je voulais lire du Tatsumi avant pour commencer le gekiga par son créateur mais aussi du Tezuka encore avant, du Ishinomori et commencer Ashita no Joe.

Oui j'ai vu ça pour le catalogue ils le mettent dans les articles que j'ai mis en lien, j'ai envie de le prendre mais avant je veux acheter Le Marais et la Vis et faut que je commande un par un vu la taille pour que ça tienne dans la boite alors ça va me ralentir, d'autant que j'ai fais des folies à commander plein de trucs cette semaine, du Tezuka, du Ishinomori mais que le tome 2 de Cyborg 009 pour l'instant. Je voulais commencer une autre série de lui mais comme c'est un pavé pour l'histoire de la boite c'est un peu reporté et d'autant que j'ai pris plein d'autres trucs chez le même vendeur. Et j'ai craqué sur un autre pavé en achat impulsif car c'est un truc très rare et que c'était une aubaine à pas louper.


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