Je suis un peu en train de faire des recherches sur les origines de cette convention et j'ai trouvé cet article assez édifiant et triste. Bon c'et vachement long, mais ça vaut le coup de le lire :
Fermeture de Shi Fu Mi à Strasbourg : La fin du début et le début de la fin.
J’ai toujours regretté de ne pas avoir eu l’occasion de m’intégrer dans des communautés sur le manga et l’animation à Strasbourg, j’aurais vraiment aimé trouver une quelconque association qui donne la 1ère place à l’animation et au manga, chose qui semble impossible dans le paysage strasbourgeois. Et c’est avec une petite tristesse que j’ai appris la perte de la librairie Shi Fu Mi dans ma ville, signant ainsi la fin d’une des premières librairies spécialisées dans le japon et du manga dans la capitale européenne. Bien que je « connaisse » la librairie depuis maintenant 10 ans (enfin du moins les différentes librairies qui se sont succédées au cours de cette période), je n’ai jamais été vraiment proche de ses responsables, ni des gens qui y allaient, c’est donc avec une parfaite inexactitude que je vais en parler, mais surtout avec un point de vue personnel que je me suis fait aux cours de mes visites.
J’aurais quand même connu la librairie à trois emplacements et deux noms différents. De son ancienne enseigne Kao Bang, la librairie vendait alors quelques mangas, le magasin était vraiment petit et les gestionnaires se caractérisaient par une volonté constante de modifier l’arrangement de leur espace (c’était vraiment assez drôle de voir les étagères bouger toutes les semaines). C’était une ambiance très sympa, la librairie était plus un magasin sur le japon qui avait un espace dédié aux mangas, et donc sans pour autant lester sur d’autres aspects de la culture japonaise. Je me souviens y avoir acheté mon premier manga, Monster, à l’âge de 12 ans. La librairie évolua doucement en agrandissant progressivement son espace dédié à la bande dessinée japonaise, le manga était aux prémices de son futur succès commercial qu’il connaîtra et n’avait alors qu’une faible, voire inexistante exposition, dans les grandes surfaces. C’est franchement le meilleur souvenir que j’ai d’une librairie sur le manga, il y avait une ambiance conviviale autour de la culture japonaise et du manga. Bien que je n’avais même pas atteint l’adolescence, j’avais déjà l’impression de rentrer dans un univers de passionnés et quelque peu éclectique. Situation assez étrange car étant trop jeune d’à peine quelques années pour n’avoir pas été marqué par le club Do (ça c’est vraiment joué à 3 ans près), j’y suis pourtant rentré dedans très jeune.
Au début de mes années de lycée (ou fin du collège, j’en sais plus grand chose) la libraire a déménagé dans un endroit plus grand, assez bien exposé et a clairement laissé la place libre aux mangas. Elle n’avait alors plus vraiment l’ambiance japon/manga mais je m’en foutais bien à l’époque, tant que je pouvais acheter mes tomes de Hunter X Hunter ou Shaman King. Kao Bang était alors l’un des endroits phares des jeunes entre les pauses de lycée, on retrouvait des potes qu’on n’avait pas vu depuis quelques années et qui venaient lire le dernier tome de FMA ou je ne sais quoi, des écrans proposaient des séries en japonais, on captait rien mais y’avait une ambiance bonne enfant. Pourtant c’est aussi dans ces quelques années que j’ai trouvé que la librairie a commencé son déclin, tout d’abord par une initiative parfaitement compréhensible des manageurs mais à laquelle je n’ai vraiment jamais adhéré : la glissade vers la vente de carte magic or like et la possibilité de jouer aux jeux vidéos.
Bien que j’apprécie bien les jeux vidéos et pour être même venu à Kao Bang quelques fois pour y jouer, je n’adhère juste pas à l’ambiance qu’une telle salle impose. La vente des cartes à jouer, le jeux vidéos et ce que je vais appeler la nouvelle génération « yaoi ! Je crie plus fort que toi » qui a progressivement eu comme idée de faire de la librairie leur nouveau salon à coup de grand renfort sonore à donner mal au crâne, m’a progressivement donné envie d’acheter mes mangas à Virgin. Les rayons de manga dans le magasin bénéficiaient d’une bonne exposition, contrairement à Kao Bang il y avait un apport régulier de nouveautés, l’ambiance y était peut-être complètement « stérile » mais au moins je pouvais éviter certaines personnes, et puis il faut dire que le choix des mangas entre les deux magasins n’avait plus vraiment d’écart significative en terme de diversité. Je me souviens en fin de lycée d’avoir vraiment regretté la boutique que j’avais connu enfant, où l’on avait l’impression que les vendeurs tentaient de proposer une culture qu’ils aimaient. Je ne sais pas si mon jeune âge avait alors embelli les choses, mais la chose sûre était l’évolution constante de la malléabilité des vendeurs de Kao Bang qui en avait juste plus rien à foutre des gens qui rentraient dans leur boutique, pour peu que tu n’étais pas fiché comme potentiel voleur.
C’est d’ailleurs là que l’on a signé la fin du manga à Strasbourg dans la librairie spécialisée, le vol est devenu le fléau de la librairie et a fini par causer purement et simplement sa perte. Je ne donne par raison aux voleurs, très loin de là, mais il faut avouer que la librairie avait un talent de folie pour ne se protéger en aucune manière, je pense qu’ils ne l’ont tout simplement pas venu venir avec peut-être une petite naïveté. Le portail magnétique sonnait quand on avait rien fait, il ne sonnait pas quand certaines personnes volaient des mangas, c’était incroyable. Pour avoir connu certaines personnes participant à la chose, enfin très rapidement, ça semblait d’une facilité déconcertante de prendre des mangas dans la libraire sans débourser un centime. Les gens se passaient tout simplement les mangas à travers les fenêtres, sans aucune gêne, d’autres en prenaient quelques uns dans leur sac et sortaient tranquillement dans l’indifférence générale de la sonnerie du portail, pour peu qu’il sonnait. On assistait à un commerce parallèle dans les lycées des gens qui volaient des mangas, c’était d’autant plus pitoyable et rageant que de savoir que c’était le plus souvent des petits bourges qui se traînaient en costard à 16 ans dans le lycée (privée), et qui trouvaient là juste un moyen d’avoir encore plus de thunes. On sentait la librairie en difficulté rien que quand on rentrait dans le magasin et c’est au bout d’un moment que l’on apprend que la librairie ferme après la vol d’un nombre vraiment phénoménal de manga (entre septembre 2007 et juin 2008, on avait volé 2134 mangas, soit 10x plus qu’une année normale). Face à un effet de mode qui donne aux banques que peu d’envie d’investir dans la librairie et un faible retour d’une demande don en 2008, la librairie ferme en 2009.
On apprend un peu plus tard dans la même année et de manière bien plus discrète de l’habitude que l’on avait de la librairie qu’une nouvelle boutique fait surface, avec les mêmes gérants (enfin je crois que sur le point administratif c’était tout de même différent) : Shi Fu Mi. L’emplacement était catastrophique, bien que l’on peut facilement imaginer qu’ils n’avaient pas le choix, et se retrouvent dans un espace tellement peu fréquenté que j’ai dû m’y prendre à pas moins de trois fois pour la trouver. La boutique est clairement plus petite, j’ai d’abord eu l’impression de me retrouver dans un magasin qui sera aux premiers abords plus convivial sur le coup et donc plus attractif, mais j’avais vraiment sous-estimé l’emplacement qui m’a découragé bien des fois à y aller. La chute de la culture manga dans le magasin a continué progressivement, encore et encore, avec déjà l’arrêt complet de la vente de dvd (bien amorcé déjà dans la fin de Kao Bang), laissé au profit des grandes surface qui peuvent se permettre plus de marge. Puis avec une régression du rayon manga qui est devenu à en pleurer, j’avais sérieusement l’impression d’être la seule foutu personne à acheter des mangas qui n’étaient ni nekketsu ou yaoi like (pas du tout de généralité sur ces mangas là). Des cartons de rangement étaient emmagasinés devant l’étagère de mangas vintages, c’était pitoyable de devoir les déplacer soi-même pour voir s’ils n’avaient pas un quelconque tome de Nausicaa ou Akira. On voyait que les dirigeants de la boutique semblaient lutter à réduire les frais et ne pouvaient tout simplement plus se permettre de faire plaisir à tout le monde.
Mais ce qui m’a vraiment fait fuir boutique, c’était les clients habituels. Oui je sais, les à priori, tout ça, mais franchement c’était à vouloir se tuer de se rendre compte que la communauté manga en était réduite à ressembler à ça. Des ado de 16 ans qui se baladent en gothic lolita non stop et qui semblent plus montrer un malaise sociale qu’une véritable passion pour le manga, à se bourrer de yaoi ou autre chose avec toujours les mêmes codes (attention j’attaque pas le yaoi ici, mais bien ce que font certains du yaoi), comme pour justifier un besoin malsain de vouloir s’enfoncer dans leur propre communauté. Des garçons qui ne sont pas mieux, à hurler avec aucune gêne qu’ils ont des hentaïs sur le nintendo DS, à utiliser constamment un vocabulaire limité du genre kawaï ou autres uniquement pour se donner l’impression d’être in alors qu’ils n’ont au fond aucune culture du manga, à courir, sauter, à se faire des concours de bizoux (true fact). Le manga n’était pas là comme intérêt principal de leur attention mais juste comme un pont pour regrouper des ado en manque de repères qui ne savent pas quoi faire et qui attirent l’attention comme ils le peuvent. J’ai fui. Je suis revenu. J’ai refui. J’ai parlé à un des responsables et bien qu’il était loin de les traîner dans la boue, j’avais un peu l’impression que ce n’était pas non plus la communauté qu’il avait idéalisé, et avait laissé quelque peu une volonté de maintenir une communauté plus qu’autre chose, idée que je comprends parfaitement. A cela s’ajoutait que 50% des revenus du magasin revenait à la vente de cartes, seul marché qui marche encore assez bien en librairie spécialisée dû à l’incapacité des grandes surfaces de gérer une telle idée (échange, revente, etc), et un rayon manga que l’on voyait en difficulté.
C’est donc hier que j’ai appris la fermeture de la boutique, sans volonté de la reconduire une énième fois autre part, chose assez compréhensible. La librairie était en complet déstockage et signe ainsi la fin d’une ligne qui a commencé il y a maintenant plus de dix ans. D’autres boutiques ont vu le jour entre temps, comme Vent divin, un peu mieux situé, avec une ambiance qui semble plus mature mais aussi bien plus tournée sur le warhammer et compagnie, toujours le même problème. Pourtant ce n’est pas vraiment la fin de l’histoire lancée par la communauté de l’ancienne boutique, car j’ai aussi appris que la fin de cet espace va permettre une meilleur organisation dans l’association lancée par Fabrice, l’un des gérant et qui organise chaque année la japan addict. Plus d’activités, des festivités, semblent être au programme et c’est peut-être ce qui aurait pu arriver de mieux après cette fin. En attendant c’est avec une petite larme, qui doit ressembler à celle lâcher par certains à la fin de la boutique Tonkam, bien que celle-ci fût plus vieille que Kao Bang, que je vois la fin d’une boutique qui a été tout de même emblématique dans ma passion.
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