yoko a écrit :Pour soutenir l'auteur de BD Dany pour l'ensemble de sa carrière parce que je ne pense pas qu'il mérite la mort public pour un album de BD que la plupart des connards qui le dénoncent n'ont pas lu et pour la liberté d'expression dans son ensemble dans un pays qui doit rester libre de penser et parce que j'emmerde les woke, vous pouvez signer la pétition !!!
https://www.leslignesbougent.org/petiti ... _rRjRXxt6Q
Interview de DANY dans "La Libre Belgique" de ce 1er février 2025
Interview de DANY, un "Dinosaure" (c'est lui qui le dit ) du Journal Tintin dans "La Libre Belgique" de ce 1er février.
Dany se confie à La Libre : "Les gens veulent brûler une BD sans même l'avoir lue, c'est d'une violence inouïe"Une plaque de rue verte "Allée Olivier Rameau" apposée sur la façade blanche de la maison : pas de doute, nous y sommes. C'est Marcy, la Colombe Tiredaile de Dany, qui nous accueille. Le dessinateur, qui vient tout juste de fêter ses 82 ans, a récemment été au cœur d'une polémique visant certains de ses dessins publiés dans l'album Spirou et la Gorgone bleue. Pour la première fois, il revient sur cette séquence et se confie à "La Libre". Dans son antre, entre les bandes dessinées des copains et les planches crayonnées de sa prochaine pépite, il nous reçoit.
En novembre dernier, à la suite d'une vague d'indignation sur les réseaux sociaux visant Spirou et la Gorgone bleue, les éditions Dupuis ont décidé de retirer de la vente l'album sorti en septembre 2023. À l'origine de cette polémique, une influenceuse qui vous accuse de racisme dans certains de vos dessins. Que répondez-vous ?L'accusation vient en effet d'une tiktokeuse qui a admis dans une vidéo ne pas avoir lu l'album. Elle l'a trouvé, dit-elle, dans la chambre de sa sœur et l'a d'emblée désigné "l'album le plus raciste de l'année", estimant que je dessine les "noirs comme des singes" tandis que les blancs sont jolis. Je vous avoue que je reste complètement sonné par cet épisode. Spirou et la Gorgone bleue est sorti en septembre 2023, il a été vendu à plus de 30 000 exemplaires et il n'y a pas eu l'ombre d'une plainte d'une association ou autre. C'est un ouvrage humoristique : il y a donc des caricatures… de tous les personnages !
Que cette personne n'aime pas l'album est sa liberté la plus stricte. En revanche, que cela mène sous la pression de la meute à la suppression du catalogue me laisse K.O. Et quoi ? Si demain quelqu'un trouve qu'il y a trop de vert dans l'album, on le supprime de la même manière ? Les gens veulent brûler un livre, une BD sans même savoir de quoi il retourne (on y parle notamment de la pollution plastique des océans, de la malbouffe et des dérives de l'industrie agroalimentaire, NdlR). Une phrase que j'ai souvent entendue à l'époque, c'était : "Je n'ai pas lu l'album mais c'est inadmissible". La prochaine étape, est-ce de brûler les auteurs ? Seules les dictatures font cela. C'est d'une violence inouïe.
Le retrait de l'album de la vente est une décision qui a été prise par l'éditeur éditorial de la série Spirou. Vous a-t-il informé de sa décision avant de la prendre ?Non. Yann, le scénariste, et moi-même avons découvert la décision des éditions Dupuis dans la presse. Nous étions tous les deux très choqués. J'aurais aimé être informé de cette décision au préalable.
Vous avez subi un dommage du fait de ce retrait de la vente. Envisagez-vous de faire valoir vos droits d'une manière ou d'une autre auprès des éditions Dupuis ?
Il y a des arrangements qui m'ont été proposés en guise de dédommagement – une sorte de réparation – que j'ai acceptés.
Ce dédommagement est-il à la mesure du dommage subi ?Je n'en sais rien. Vous savez, la vie d'un album, et surtout d'un Spirou, cela peut durer vingt ans. Il y a des albums que j'ai réalisés dans les années 1970, qui sont réédités et qui me rapportent encore de l'argent aujourd'hui. Il est donc difficile d'évaluer l'ampleur de dommage.
Par ailleurs, il m'a été proposé de remettre l'album au catalogue moyennant des corrections (des personnages, des visages) de certaines vignettes. Cela me paraît compliqué car le seul fait d'accepter de faire cela serait perçu comme une forme d'aveu de culpabilité par rapport à ces dessins accusés de racisme. En revanche, nous planchons sur une autre idée, qui me plaît, qui consisterait à ressortir l'album tel qu'il est, mais avec un cahier supplémentaire où les images incriminées seraient redessinées non pas par moi, mais par mes copains dessinateurs.
Certains vous reprochent également de représenter les femmes de manière "hypersexualisées"…J'ai toujours dessiné les filles de cette manière. Quand on ouvre la première page d'un Spirou, on sait d'ailleurs immédiatement qu'on est dans un Spirou de Dany. J'ai également réalisé des albums coquins avec des blagues qu'on ne pourrait plus faire aujourd'hui, je le reconnais.
Quelles sont vos sources d'inspiration ?Ma femme. Colombe Tiredaile par exemple (personnage emblématique de Dany dans Olivier Rameau, NdlR), c'est ma femme. Et toutes les filles des blagues coquines, ce sont mes copines (sourire). J'ai connu des périodes de grande liberté. Dans les années 1970, on se permettait énormément de choses. Je crois que des gens comme Coluche, Le Luron ou Desproges seraient en prison aujourd'hui. Néanmoins, j'ai également connu des censures, comme en 1966. Il avait les censures catholiques, il y avait aussi la loi pour la protection de la jeunesse. Dans des publications comme un Spirou ou un Tintin, on ne pouvait pas montrer d'armes par exemple. Ce qui fait que parfois, des personnages de BD pointaient un doigt plutôt qu'un revolver sur celui qui levait les mains en l'air. Et puis il y a eu Mai 68, la libération des mœurs et parfois des excès de l'autre sens. Dans certaines bandes dessinées plus classiques, je trouvais qu'une jolie fille dénudée n'y avait pas sa place. Tout changement s'accompagne de quelques excès.
Vous voyagez beaucoup. Est-ce une nécessité pour votre documentation ?Oui, c'est une passion qui m'est venue après l'adolescence. J'ai notamment réalisé un carnet de voyage Croquis d'Afrique. J'ai aussi fait un album avec Denis Lapière, qui est photographe, Un homme qui passe. À sa demande, j'ai fait la liste des pays que j'ai visités : je suis arrivé à 126 ! Mais j'ai besoin de cela. Sur le net, on peut trouver des images de tel ou tel lieu, mais la BD, c'est champ/contre-champ, et si vous n'allez pas sur place, vous ne savez pas ce qu'il y a de l'autre côté de la rue.
Comment voyez-vous la situation des jeunes dessinateurs après l'épisode que vous avez vécu en novembre dernier ?Parmi les 25000 signataires de la pétition qui a circulé dernièrement et qui défend mon travail, beaucoup de dessinateurs m'ont dit que ce qui m'était arrivé leur faisait peur. Ceux âgés de 35 ou 40 ans m'ont confirmé qu'ils n'étaient pas certains de poursuivre ce métier jusqu'au bout, voyant qu'à tout moment, quelqu'un peut décider pour une raison X ou Y, de virer un album du catalogue. Clairement, les rapports avec l'éditeur ont changé. Auparavant, ce dernier était le maître : il acceptait ou non un projet, le peaufinait avec l'auteur puis allait trouver les commerciaux en leur disant qu'ils avaient à vendre "des camions de cet album". Maintenant, un jeune auteur présente un projet, puis attend l'appel de l'éditeur qui lui dira : "J'ai vu les commerciaux, et ils ne croient pas trop à ce projet".
Le rapport de force a donc changé…Oui, et cela a un effet négatif sur la production. En plus, lorsque j'ai commencé en 1970, on était 350 dessinateurs franco-belges ; aujourd'hui, on est plus de 5000. Autre évolution : jusque dans les années 80, il y avait les magazines. On était donc payé pour la prépublication. Ce qu'on touchait permettait de bien vivre. L'album, broché, venait éventuellement après. Et si la série était plébiscitée par les lecteurs, on avait droit à l'album cartonné. L'auteur touchait les droits en plein, qui venaient en plus de ce qu'il avait été payé pour la prépublication. Désormais, les jeunes auteurs ont des avances sur droits. En festival, entre "dinosaures", nous évoquons nos droits d'auteur. Les jeunes dessinateurs se demandent de quoi nous parlons.
Y a-t-il des jeunes dessinateurs que vous appréciez ?Je suis touché quand certains me disent qu'Olivier Rameau leur a donné envie de dessiner. Mais je ne les connais pas tous, et c'est réciproque : eux ne connaissent pas toujours les grands anciens. Quand ils évoquent les Spirou qui les ont marqués, ils pensent à Tome et Janry, excellents d'ailleurs, et pas du tout à Franquin et encore moins à Jijé ou Rob-Vel.
Les jeunes auteurs que j'apprécie : ceux qui m'apportent de l'émotion, critère d'autant plus important que j'ai parfois du mal avec cette nouvelle manière de dessiner très minimaliste. Avec Impénétrable, Alix Garin m'a ainsi touché. On est loin du dessin virtuose d'un François Boucq, mais Alix est extrêmement expressive ; en peu de traits, elle exprime exactement les sentiments et les ambiances. La longue marche des dindes de Léonie Bischoff, tirée du roman de Kathleen Karr, est aussi un album formidable. Mais à côté de ces merveilles, je trouve que beaucoup d'auteurs ne racontent pas grand-chose, même si le texte est bon. La bande dessinée, c'est du texte ET du dessin. Ce dernier peut être simple, voire simpliste, mais il doit me procurer de l'émotion ou m'apprendre quelque chose.
Quelles ont été vos idoles ?Franquin évidemment. Et Maurice Tillieux ; quand je déprime un peu, je me replonge dans un Gil Jourdan et je vais tout de suite mieux.
En 2025, quel regard portez-vous sur la société ?Il y a des choses très positives dans l'évolution des mœurs et de la pensée générale, de la manière de considérer les gens. Et là, je suis à 200 % pour l'égalité homme-femme. Quand j'étais tout petit, déjà, je ne comprenais pas pourquoi, à compétences égales, les salaires n'étaient pas égaux entre les femmes et les hommes. En revanche, ce qui gâche tout, ce sont les extrémistes. Et ils sont partout. Suite à la Gorgone bleue, a été taxée de raciste une illustration que j'avais réalisée auparavant pour une organisation antiraciste, vendue aux enchères au profit d'associations luttant contre le racisme. C'est dingue !
(Interview d'Alice Dive et Jean Bernard)
Garçon.
il nous faut devenir adultes pour comprendre que les adultes n'existent pas et que nous avons été élevés par des enfants que l'armure de nos rires rendaient faussement invulnérables.(Christian Bobin)