J'ai eu l'occasion de lire le tome sur Rasgado pendant les vacances. Quel plaisir de retrouver les Gaiden de Lost Canvas, et particulièrement celui-ci.
Plusieurs bonnes choses au menu. Tout d'abord voir Ténéo en tant que nouveau chevalier d'or du Taureau !!! Il a bien la classe et est un digne représentant de la lignée des "Aldébaran" ; Bon nombre de belles scènes parsèment ce tome, le petit dialogue avec Shion / grand pope, la scène avec Selinsa au cimetierre qui fait échos à l'émouvante scène de l'anime Lost Canvas (après la mort de Rasgado) et bien évidemment, la rencontre avec le géant en fin de tome même si c'est peut-être le tout petit bémol : c'est un peu rapide et expédié (alors qu'à l'inverse la rencontre Rasgado / Encelade dure plus longtemps et est plus prenante, mais ce tome est particulièrement épais et Shiori a sans doute été contrainte d'expédier un peu la fin, c'est compréhensible mais une division en deux tomes n'aurait sans doute pas été de trop.
Autre bonne chose, toutes les scènes avec Rasgado bien évidemment, et l'automate géant (Cor Tauri, le "coeur du taureau") ce personnage est très intéressant, très émouvant, de part son character design, de part sa relation aux enfants, et la complicité qui se crée peu à peu avec Rasgado. Très intéressante création. J'ai d'ailleurs pris aussi beaucoup de plaisir à découvrir la première rencontre entre Rasgado et Selinsa, et voir comment leur complicité se crée petit à petit (alors que c'était paradoxalement pas gagné au début !! )
Au menu des réjouissances de ce tome on a aussi les nombreuses allusions fort subtiles et bien vues à la mythologie, que ce soit le labyrinthe de Dédale en Crète, le fameux labyrinthe de Minos censé abriter le minotaure, j'ai trouvé intéressant de relier ce lieu mythique au chevalier d'or du taureau, dont l'armure est d'ailleurs censé représenter le Taureau de Crète vaincu par Héraklès ... on y découvre d'ailleurs aussi le passé tragique de Selinsa et des autres enfants, jetés en pâture dans ce lieu sinistre et abandonnés par leurs parents, avant d'être fort heureusement sauvés par Cor Tauri. On a là une belle allusion aux enfants abandonnés au minotaure dans la mythologie.
Allusions à la Gigantomachie aussi, et là encore belle petite surprise (à travers Typhon, le géant scellé sous l'Etna en Sicile, et Encelade) Le design des géants est d'ailleurs intéressant et rend bien hommage à l'un des dessins un peu sommaire qu'on trouve dans l'Hypermythe il me semble. Je trouve très intéressant que Shiori exploite cette part de la mythologie Saint Seiya encore largement couverte (à part ses références assez succintes dans l'Hypermythe et dans le roman Gigantomachia) Très très bon point. D'ailleurs moi qui cherchais des images de certais des géants pour illustrer ma vidéo sur l'Hypermythe (passage sur la Gigantomachie), on a dans ce tome quelques belles captures à faire

Toujours au menu des allusions mythologiques on retrouve les petits clin d'oeil à Europe (la fille dont zeus était amoureux dans la mythologie grecque, et qui l'entraina à se transformer en taureau pour la séduire)
Là encore, superbe idée de la mettre en scène, sous forme de petits flashbacks, et de la relier à ce personnage émouvant de Cor Tauri que rencontre Rasgado. On peut aussi rappeler que Europe est le nom de la petite fille qu'on voit donner une fleur à Aldébaran (le Aldébaran moderne) dans le chapitre Hadès Junikyu (lorsqu'il se fait surprendre par Niobe de Deep) Cette fille est d'ailleurs comme ceci est rappelé dans ce tome celle qui donne son nom au continent européen

J'ai bien aimé les allusions à Europe dans ce tome, tout ceci donne plus de consistance à la mythologie des chevaliers du taureau et ça inscrit ces derniers dans une espèce de cohérence intemporelle, tous héritant de leurs ancêtres, de leur histoire, de leurs amitiés, on sent que Rasgado hérite beaucoup de choses de Cor Tauri (ce dernier n'est pas vraiment un chevalier du taureau mais il en a la corpulence, il en a le charisme, il a un nom relié à la constellation du taureau, c'est un peu comme un deuxième maître pour Rasgado, en quelque sorte et il hérite de lui les enfants qu'il protège. Ensuite on a bien évidemment Ténéo qui hérite d'Aldébaran, de tout ce qu'il symbolise en terme de force, de courage, et on peut facilement imaginer après Ténéo d'autres chevaliers du Taureau jusqu'à l'Aldébaran moderne. Si bien que même si ce dernier n'est pas cité, ce Gaiden lui donne aussi plus de profondeur, il suffit d'imaginer que lui aussi doit abriter en sa mémoire une histoire secrète, probablement un combat dantesque et émouvant face à un adversaire de la trempe d'un géant comme Encelade ou Typhon, et qu'il a fait exploser son cosmos à cette occasion, se remémorant comme Ténéo les paroles d'un maitre mystérieux et plus ancien ..
D'ailleurs toujours par rapport à l'impression de continuité je trouve que la petite Europe qui donne une fleur à Aldébaran moderne rappelle un peu Selinsa ( ou plutôt est-ce l'inverse ^^ )
Graphiquement, ce tome est superbe (comme la plupart des Gaiden et des tomes du Lost Canvas "normal") J'ai toujours eu un faible pour Rasgado et il a rarement eu autant de prestance qu'ici. Son premier adversaire (Cor Tauri) est digne de lui, et Ténéo ne dépareille pas, on prend d'ailleurs du plaisir à découvrir une nouvelle attaque du taureau (à moins que je me trompe mais il me semble qu'un d'elles est inédite) et de nouvelles allusions astronomiques à l'explosion de supernovae ... Il est décidément beaucoup question de grosses étoiles en fin de vie dans les histoires autour des chevaliers du Taureau de LC. J'aime beaucoup le symbole de la supernova qui rejète d'un coup toute sa matière avant de s'éteindre. Beau symbole du chevalier qui fait exploser son cosmos (cette expression métaphorique rejoint d'ailleurs la réalité concrete astronomique ! )
Il est aussi clairement dit dans ce tome que les chevaliers du taureau ont tendance à mourir rapidement, c'est comme leur destin. Tout ceci éclaire d'un jour nouveau le destin de l'Aldébaran moderne (souvent moqué injustement, je trouve) et là encore, on peut y voir un petit parallèle avec certaines étoiles du ciel qui finissent leur vie en supernovae, ce sont souvent des étoiles très lumineuses et grosses mais qui ont durée de vie assez courte. Les étoiles de durée de vie moyenne comme notre Soleil finissent leur vie plus calmement et non dans des cataclysmes brusques. Ceci est à mettre en parallèle avec le fait que les Gold Saints de taurus sont particulièrement ardants et puissants, mais à durée de vie souvent courte et finissant de manière violente et tragique. plutôt émouvant et bien vu pour le parallèle astronomique, d'ailleurs on comprend plus que jamais en quoi le nom de Aldébaran est approprié. On comprend aussi en quoi ce nom, ou ce pseudo plutôt, se mérite, il faut quasiment un deuxième grand rite initiatique pour le mériter, après le rite de l'obtention de l'armure d'or.
Tout ceci donne beaucoup d'élégance à ce volume, qui de plus est bien narré, par un subtil jeu d'aller et retour dans le temps et dans l'espace. On commence le récit en Grèce après la guerre sainte, alors que Ténéo est devenu chevalier du Taureau, et que le sanctuaire désormais dirigé par Shion est en pleine reconstruction, avant de revenir dans le passé de la guerre sainte pour retrouver Rasgado et Cor Tauri en Crète, d'abord adversaires puis alliés dans un nouveau lieu, la Sicile, pour affronter Encelade, avant de retourner dans le futur de la guerre sainte pour retrouver Ténéo affrontant à son tour un géant en Sicile.
Ce que j'aime particulièrement dans les Gaiden Lost Canvas c'est que ce sont tous de charmantes petites histoires, denses, complètes. On aimerait presque voir des versions longues. On aimerait voir des adaptations en anime !!
Imaginez quel plaisir aurait procuré l'anime Lost Canvas et quelle longueur il aurait eu si au fil des épisodes on avait eu toutes les allusions aux Gaiden en flashbacks afin de creuser les différents chevaliers d'or rencontrés.
J'ai toujours trouvé Shiori Teshirogi un peu "brouillone" dans le manga Lost Canvas de base. Je trouve que malgré d'indéniables qualités (profondeur de certains personnages, graphismes, allusions mythologiques, et l'héritage kurumadien souvent fort bien assimilé) elle avait du mal à construire son récit de manière fluide et cohérente. Ceci est un avis évidemment subjectif mais je lui reproche par exemple de souvent commencer une trame, de bien creuser le début, puis de l'abandonner de manière un peu téléphonée pour repartir sur tout autre chose, c'est parfois très troublant, un peu énervant, et ça gâche un peu tout le reste.
Dans les Gaiden en revanche, je trouve que tout est maîtrisé niveau construction scénaristique, dosage des scènes, des flashbacks, allers retours dans le temps et l'espace. C'est équilibré, fluide, tout s'enchaine à merveille, c'est dense (pour un espace petit, un tome c'est peu) En bref, là où je veux en venir c'est qu'à mon sens, Shiori Teshirogi semble beaucoup plus douée pour les one shot. Après c'est mon avis évidemment (je sais que certains adorent Lost Canvas et sa construction, moi pas, mais j'adore quand même plein de choses dans cette histoire)